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A LONG WINTER — Andrew Haigh : le désir sous la neige

Après Weekend, Looking et All of Us Strangers, Andrew Haigh revient avec A Long Winter, adaptation d’une nouvelle de l’écrivain gai irlandais Colm Tóibín. Haigh renoue ici avec l’un des grands fils conducteurs de son cinéma : l’éveil du désir homosexuel dans un monde où il demeure difficile, sinon impossible, de le nommer.

Dans les Rocheuses, au début des années 1950, Louise (Caitríona Balfe) quitte la maison après une dispute avec son mari Lester (Ebon Moss-Bachrach). Accompagnée de son chien, elle entreprend à pied le long trajet vers la demeure de son frère. Lorsqu’une tempête de neige s’abat sur la région et qu’elle ne donne plus signe de vie, Lester et son fils Mike (Fred Hechinger) partent à sa recherche.

Mais tandis que la disparition de sa mère fait progressivement éclater l’équilibre familial, Mike traverse un autre bouleversement, beaucoup plus intime. Le jeune homme est gai et vit encore sa sexualité dans le secret. Quelques regards furtifs vers un jeune policier venu participer aux recherches suffisent d’abord à laisser entrevoir son désir. Puis celui-ci prend davantage de place avec l’arrivée de Jimmy (D’Pharaoh Woon-A-Tai), que Lester engage pour effectuer les tâches domestiques depuis la disparition de Louise.

Dans cet univers rural des années 1950, la découverte du désir ne peut évidemment être dissociée du monde masculin dans lequel Mike a grandi. Son père est rigide et homophobe, prisonnier d’une conception de la virilité où les hommes travaillent, commandent et taisent leurs émotions. Affirmer qui il est, signifie donc pour Mike bien davantage que reconnaître son attirance pour les hommes : il doit remettre en question le modèle paternel et tout l’ordre social qu’il représente.

Le grand hiver du titre devient alors aussi intérieur. La disparition de Louise ouvre paradoxalement un espace où son fils commence à entrevoir une autre façon de vivre. Le deuil, le désir et l’émancipation se répondent dans ce paysage immense où les sentiments semblent aussi difficiles à exprimer que la neige est difficile à traverser.

On retrouve là un territoire profondément familier chez Andrew Haigh. Dès Greek Pete (2009), consacré à un travailleur du sexe gai londonien, puis avec Weekend (2011), il s’est imposé comme l’un des observateurs les plus sensibles de l’intimité masculine queer. Il a ensuite créé la série Looking pour HBO avant de signer All of Us Strangers, bouleversante histoire d’amour entre les personnages d’Andrew Scott et Paul Mescal, doublée d’une réflexion sur le deuil, la famille et l’expérience d’avoir grandi gai dans l’Angleterre des années sida.

Le rapprochement avec Colm Tóibín est d’autant plus fascinant que l’œuvre de l’écrivain explore elle aussi régulièrement les désirs tus, les identités contraintes et les existences façonnées par ce qu’une société permet ou interdit de vivre.

Tourné en Alberta et magnifiquement photographié par le Québécois André Turpin, A Long Winter est donc à la fois drame familial, récit de survie et histoire d’éveil homosexuel. Sa présentation à image+nation lui offre un contexte particulièrement naturel : celui d’un festival où le nouveau chapitre du cinéma gai d’Andrew Haigh pourra pleinement résonner.

INFOS | A LONG WINTER d’Andrew Haigh, d’après une nouvelle de l’écrivain gai irlandais Colm Tóibín. Le film sera présenté à Montréal dans le cadre du 39e festival de films LGBT image+nation, le 27 novembre, à 21:00, au Sir George Williams Alumni Auditorium (H110) | de l’Université Concordia, 1455 Boul. de Maisonneuve O. Montréal, QC H3G 1M8 (métro Guy-Concordia). BILLETS

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