Le compte à rebours est commencé ! Dans à peine deux jours, Hailey Well prendra part à la nouvelle édition du Festival M.A.D. (Mode. Arts. Divertissement.), qui se déroulera du 20 au 23 août. Drag queen d’origine française, artiste, créatrice de costumes et passionnée de mode, elle présentera notamment Coven, un spectacle qui réunira plusieurs créatrices et créateurs queers autour d’un univers qui lui ressemble : celui des sorcières, des femmes et de la liberté de repousser les limites.
Mais avant de découvrir Hailey Well sur scène, il faut peut-être comprendre ce nom qui semble tout droit sorti d’un grimoire.
Pourquoi Hailey Well ? La réponse nous ramène à une série télévisée qui a marqué son imaginaire. « Le nom est inspiré de la série de sorcières Charmed. Le nom de famille de ces sorcières était Halliwell. Ma meilleure amie d’enfance et moi étions fascinées par les émissions de sorcières. Pour moi, elles incarnent la puissance : elles étaient toujours chassées et c’étaient toujours des femmes. Cela reflète aussi mon engagement en drag envers les femmes et tout ce qui est différent », explique-t-elle.
Rappelons que Charmed est une télésérie américaine qui raconte l’histoire de trois sœurs sorcières, Prue, Piper et Phoebe Halliwell, qui combattent des démons et des forces maléfiques. Diffusée de 1998 à 2006, la série est devenue une référence de la culture populaire. « Mon personnage drag est donc un mélange de tout ce que j’aime : le monde des sorcières, mes engagements et mes valeurs. Je travaille beaucoup, en conséquence, sur mes techniques de maquillage, mes costumes, etc. »
Une identité qui ne se limite donc pas au maquillage et aux paillettes. Chez Hailey Well, le personnage devient aussi un moyen d’explorer le genre, la mode, les normes sociales et la place accordée à celles et ceux qui sortent des sentiers battus.
De Pride Toronto au Festival M.A.D.
Hailey Well se produit principalement sur la scène du Cabaret Mado. C’est d’ailleurs à Montréal que sa carrière a véritablement pris son envol. « J’ai développé une histoire d’amour avec le Mado. C’est là que j’ai commencé ma carrière à Montréal », dit-elle.
Avec deux amis, elle met également sur pied le concours MIX Mado sous l’étiquette Productions Medusa, dans le but d’encourager les jeunes talents du drag. « Tout était fait de manière 100 % bénévole, dit-elle. S’il y avait des revenus, on les réinvestissait entièrement dans le concours suivant. On ne prenait aucun cachet. Cela reflète, encore là, mon engagement et mes valeurs personnelles. »
« J’ai débuté ma carrière drag en France, en 2019, par essais et erreurs, puis véritablement en 2022, lorsque j’ai commencé à me produire plus régulièrement », raconte-t-elle.
La drag queen a également participé au court métrage Je suis, du jeune réalisateur français Kevin Veynand. Le film a notamment été présenté au Festival de Cannes ainsi qu’à Image+Nation.
Pour Hailey Well, le drag représente toutefois beaucoup plus qu’un spectacle. « Le drag est un art très puissant parce qu’il nous connecte à nous-mêmes. Il nous permet de changer, de critiquer les normes et les codes grâce à toute la diversité qu’il permet. C’est un très bel art. Lorsque je suis en drag, j’ai l’impression que je peux tout faire », lance-t-elle avec enthousiasme.
Dans l’entourage de Nicky Doll
Hailey Well fait également partie de l’entourage de Nicky Doll, célèbre drag queen française de renommée internationale, notamment participante à la saison 12 de RuPaul’s Drag Race, présentatrice de Drag Race France et artiste ayant pris part au spectacle d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024.
Les deux artistes collaborent notamment dans le cadre des La Louche Party, des soirées inspirées des nuits underground parisiennes. Organisées tous les deux ou trois mois à Montréal, ces soirées queers mélangent musique house, performances et liberté artistique. La prochaine édition est prévue en octobre. « En tant que drag queen d’origine française, c’est un grand honneur pour moi de travailler avec la reine des drag queens françaises qu’est Nicky Doll ! »
Si Hailey Well a commencé sa carrière en France, encore timidement, c’est Montréal qui lui a permis de se développer et de sortir de son cocon, un peu comme un papillon. Les spectacles Out of the Closet lui ont notamment servi de tremplin et lui ont permis de travailler avec des artistes trans, BIPOC (Black, Indigenous and People of Color) ainsi qu’avec plusieurs autres artistes issus de communautés différentes.
Casser les stéréotypes de la mode
Hailey Well a aussi participé à Pride Toronto en 2025, au Festival Juste pour rire en 2025 et 2026 ainsi qu’au Festival M.A.D. en 2024, en 2025 et, bien sûr, cette année.
Son univers s’est progressivement étendu vers la mode et le mannequinat. « J’ai développé cet aspect mode et mannequinat. J’ai participé à la Fashion Week de Toronto en 2026, puis au Bal du MAC [Musée d’art contemporain] ainsi qu’aux Printemps du MAC », ajoute-t-elle.
Pour Hailey Well, investir le monde de la mode représente aussi une façon de remettre en question ses codes. « Le milieu de la mode est très stéréotypé, avec ses codes. C’est pourquoi je voulais développer une personnalité plus androgyne, différente de ce qu’on y présente habituellement. Je voulais faire de la mode, mais autrement. Cette année, il y a une vingtaine de drags au Festival M.A.D. On sent donc qu’il y a une ouverture dans ce festival-là, mais aussi dans le milieu de la mode. »
C’est dans cet esprit qu’elle présente Coven, avec plusieurs créatrices et créateurs queers, autour d’une thématique qui lui est particulièrement chère : les sorcières. « C’est notre show qui va clôturer le festival. C’est tout un honneur de faire ça, souligne celle qui trouve aussi le temps de créer ses propres costumes. On veut raconter ici l’histoire des sorcières et de ces femmes-là. On veut aussi démontrer que, lorsqu’il y a un dialogue, cela peut témoigner d’une certaine ouverture de la part des gens. Je travaille toujours avec une mission et, ici, ma mission était de repousser encore les limites en faveur des personnes queers et des femmes. »
Hailey Well assure également la production et la direction artistique d’un défilé de mode mettant en vedette Alliez Studios, Duchess, Cyntault Créations, Sainte Latex, Maison Desneiges et Camden Realm. « On met de l’avant les talents queers et surtout les femmes dans ce défilé. »
Une douzaine de modèles défileront ainsi sur la passerelle dans les créations de ces designers. La présence de plusieurs drag queens au Festival M.A.D. constitue par ailleurs un autre signe d’ouverture pour Hailey Well. « Il y a aussi les drags Gisèle Lullaby et la renommée Iserena [participante de Drag Race Mexico, saison 1, et de RuPaul’s Drag Race: UK vs The World, saison 3, en 2026] qui participent cette année au Festival M.A.D. C’est une belle avancée. Je suis très contente de voir que les drags prennent de plus en plus de place », note-t-elle avec un large sourire.
Hailey Well a également multiplié les collaborations avec des marques comme la maison française Yves Rocher ainsi qu’avec Jean Coutu, au Québec, notamment dans le domaine du maquillage.
Une petite moustache et beaucoup d’audace
Et puis, il y a ce petit détail qui fait partie intégrante de son personnage : Hailey Well porte une fine moustache. Oui, oui, une moustache !
« Cela fait partie de mon style : je porte une petite moustache fine à la française ! Cela fait aussi partie de mon personnage androgyne, de cette volonté de défendre l’idée de gender fuck, de brouiller les frontières du genre, surtout dans un milieu qui demeure stéréotypé, mais qui change et évolue », explique-t-elle.
Une moustache, des costumes, des sorcières, de la mode, du drag et une bonne dose d’audace : Hailey Well semble avoir trouvé sa propre formule pour brouiller les frontières et faire de la scène un espace de liberté.
Et les Montréalais n’auront pas longtemps à attendre pour la découvrir. Dès le 20 août, Hailey Well sera au Festival M.A.D., où elle participera notamment à la présentation de Coven, qui viendra clôturer cette nouvelle édition.
Une belle occasion de découvrir une artiste qui a traversé l’Atlantique et trouvé à Montréal un terrain fertile pour faire grandir son personnage. Depuis, elle n’hésite pas à mélanger les genres, les styles et les codes pour créer son propre univers.

