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Une nouvelle grande noirceur ?

Difficile de ne pas avoir peur quand on voit que le Québec a élu un PQ qui propose une réduction importante de l’immigration et qui a adopté dans son programme ou défendu plusieurs positions inquiétantes concernant les personnes trans. Ou quand on constate que 86,2 % des votes sont allés aux différentes déclinaisons de la droite. Heureusement, quelques sources d’espoir pointent à l’horizon.


Malgré ce que Paul Saint-Pierre Plamondon et les ténors du Parti québécois affirment depuis des mois, le parti fondé par René Lévesque n’est plus tout à fait ce qu’il était. Adieu la gauche et le centre gauche, les clignotants du parti ont clairement tourné à droite. D’abord, en empruntant une partie de la stratégie identitaire de la CAQ qui consiste à multiplier les discours sur ce qu’il « faudrait protéger » : la langue, la culture, les valeurs, l’identité québécoise. Chacun de ces enjeux mérite notre attention et des échanges constructifs. Toutefois, leur accumulation finit par tracer les contours d’un Québec où certaines personnes peuvent avoir l’impression d’appartenir davantage que d’autres à la « majorité légitime ».

À l’inverse, les personnes qui ne sont pas blanches, francophones de naissance, catholiques et cisgenres n’ont pas le sentiment d’être aussi bien défendues et protégées. Dans un monde où tout va trop vite, les gens perdent leurs repères et cherchent à protéger leur vision du monde en démonisant trop souvent ceux qui ne leur ressemblent pas. Quand la CAQ et le PQ se présentent comme les défenseurs de « l’identité québécoise menacée », ce discours trouve nécessairement un écho auprès d’une partie de l’électorat.

Dès qu’il est question d’immigration, les péquistes se rabattent sur les capacités de la société à accueillir correctement les nouveaux arrivants. C’est un argument qui mérite certainement un dialogue. Mais quand le PQ propose une réduction importante des seuils d’immigration, en établissant régulièrement un lien entre leur niveau actuel et la pression exercée sur le logement, les services publics et le français, il contribue à transformer les nouveaux arrivants en boucs émissaires. Et ce, même si les spécialistes du logement, de l’éducation, de la santé, de l’itinérance et des infrastructures leur fournissent des preuves attestant que les problèmes ont d’autres causes fondamentales. Même si les immigrants enrichissent notre terre d’accueil. Même s’ils donnent un second souffle aux entreprises qui en ont besoin de façon criante.

Le PQ a déjà fait beaucoup pour les droits LGBTQ+. Néanmoins, il a aussi adopté ou défendu récemment une série de positions concernant les personnes trans qui marquent une rupture inquiétante avec son héritage progressiste. Certaines font partie des orientations adoptées par le parti; d’autres proviennent de déclarations faites par Paul Saint-Pierre Plamondon au fil des dernières années. Par exemple, le parti veut distinguer plus clairement le sexe de l’identité de genre et réserver certains espaces et activités non mixtes sur la base du sexe biologique. Une telle approche pourrait avoir comme conséquence d’exclure les femmes trans de certains espaces prévus pour les femmes, notamment des toilettes, des vestiaires, des compétitions sportives ou certains organismes et services destinés aux femmes.

En 2023, le PQ appelait à « réfléchir à la protection des mineurs ». Dans un débat où circulent énormément d’informations trompeuses sur les soins d’affirmation de genre offerts aux jeunes, sur leur accessibilité et sur leur encadrement médical, il faut faire preuve d’une grande vigilance lorsque la « protection des enfants » devient l’argument autour duquel s’organise le débat sur les jeunes trans.

Le PQ souhaite également revoir les contenus d’éducation à la sexualité, afin qu’ils reposent notamment sur « la science et la biologie ». Dans le contexte actuel, et considérant les autres positions prises par le parti sur la distinction entre sexe et identité de genre, il est légitime de se demander ce que cela signifiera concrètement pour l’enseignement des réalités trans et non binaires. Par ailleurs, le PQ a approuvé la mesure de la CAQ menant à l’interdiction du pronom « iel » et des néologismes tels que le mot « toustes » dans les communications gouvernementales : PSPP s’est dit en accord avec l’annonce de ce décret par le ministre de la Langue française en septembre 2025.

Le PQ associe les toilettes non-genrées à une « idéologie de la gauche radicale ». Et le PQ a été le seul parti à s’abstenir de condamner la montée de l’homophobie et de la transphobie, lorsque Québec Solidaire a déposé une motion à l’Assemblée nationale pour dénoncer le recul observé chez les jeunes et réaffirmer la pertinence des cours d’éducation à la sexualité. Pourquoi je décortique uniquement les positions du PQ? Parce que c’est lui qui vient de prendre le pouvoir.

Le 5 octobre dernier, la population québécoise a accordé 12,4 % de ses voix au seul parti clairement situé à gauche de l’échiquier politique : Québec solidaire. Cette statistique suffirait à faire frémir de nombreux esprits progressistes. Pourtant, on peut déceler un peu de beau en analysant les résultats. Parmi les personnes qui ont voté pour les formations de PSPP, Charles Milliard et Éric Duhaime, plusieurs l’ont fait par désir de changement et pour punir la CAQ, et non parce qu’elles adhéraient pleinement à chacune des propositions de ces trois partis. Des programmes politiques que, soyons francs, une grande partie des électeurs ne lisent jamais au complet. Nous connaissons tous des électeurs qui sont des alliés au quotidien des personnes LGBTQ+ et immigrantes, mais qui votent pour des partis de droite et de centre-droit. Le meilleur exemple : les gens qui s’accrochent au rêve de souveraineté, qui ne cesseront jamais de voter PQ, qui ne voient pas sa dérive à droite et qui lui accordent leurs votes.

Oui, c’est frustrant. On a parfois envie de leur demander : « Mais comment pouvez-vous voter pour un parti dont certaines positions risquent de nous faire reculer? » On peut penser que certains choisissent avant tout les formations qui répondent à leurs préoccupations économiques, identitaires ou constitutionnelles. On peut aussi leur reprocher de ne pas mesurer les conséquences que certaines politiques pourraient avoir sur les communautés marginalisées. Il ne faut surtout pas minimiser le pouvoir d’un gouvernement sur nos vies. Avec les orientations qu’il a défendues, un gouvernement péquiste pourrait très bien proposer des mesures restreignant certains droits ou certains accès pour les personnes trans. Il faudra le surveiller de très près et réagir s’il passe des déclarations aux projets de loi à ce sujet.

Un peu d’espoir
N’oublions jamais que l’être humain est complexe et plein de contradictions. Parmi les électeurs des différentes nuances de droite et de centre droit, on retrouve des centaines de milliers de personnes qui ne veulent aucun mal aux personnes LGBTQ+ ou immigrantes. Plusieurs se battraient probablement pour nous si nos droits étaient directement menacés, même si leur vote peut parfois donner l’impression contraire. Voilà peut-être une première percée de soleil.

Il y en a une autre : le PQ est en situation minoritaire. Avec 59 députés, Paul Saint-Pierre Plamondon n’aura pas les coudées franches. Notre nouveau premier ministre, qui affectionne les rapports de force, devra apprendre à négocier avec les partis d’opposition s’il veut faire adopter ses projets de loi. Puisque le Parti libéral du Québec est souvent perçu comme l’antéchrist par de nombreux péquistes, le PQ pourrait être tenté de se tourner vers le PCQ, à moins que le PQ souhaite encore nous convaincre qu’il n’est pas aussi à droite que le parti de Duhaime, qui est rempli de candidats coucous qui vont bientôt déraper dans l’espace public. Il reste aussi Québec solidaire et ses neuf élus, étant donné que la CAQ a été rayée de la carte.

Dans une Assemblée nationale minoritaire, les neuf députés de QS peuvent soudainement peser beaucoup plus lourd que leur nombre. Le PQ pourrait avoir besoin d’eux pour faire avancer certains dossiers. À condition qu’il se rappelle qu’il a déjà été social-démocrate. Et que les militants de QS, dont plusieurs détestent profondément le PQ, acceptent eux aussi que collaborer ponctuellement ne signifie pas renoncer à leurs convictions. Rappelons-nous également que le PQ n’est pas monolithique. Depuis sa fondation, des gens de gauche et de droite s’y côtoient. Il est possible que des cerveaux plus conservateurs y occupent davantage d’espace aujourd’hui, mais peut-être que de nouveaux visages à l’image de Véronique Hivon et de Sylvain Gaudreault émergeront dans l’espace public au cours des prochains mois.

Plusieurs déclarations de PSPP font craindre le pire aux minorités, mais elles ne se retrouvent pas toutes dans le programme officiel. Maintenant que le parti est au gouvernement, analysons ce qu’il transformera en projets de loi et en politiques. Et n’oublions jamais notre capacité de l’influencer. Les organismes LGBTQ+, les groupes de défense des droits, la société civile, les médias et les partis d’opposition auront leur mot à dire. En tant que gouvernement minoritaire, le PQ ne pourra tout simplement pas faire de toutes ses orientations et de toutes les déclarations de son chef des lois, sans obtenir des appuis à l’Assemblée nationale.

L’inquiétude est réelle, mais tout n’est pas joué. Nous pouvons être extrêmement vigilants face aux orientations qui nous inquiètent sans considérer pour autant que toutes les décisions sont déjà prises et irréversibles. Dans un gouvernement minoritaire, le rapport de force politique et social peut compter. C’est justement une raison supplémentaire pour continuer à documenter, questionner et faire entendre les préoccupations des communautés LGBTQ+. Dans une Assemblée nationale où personne ne peut gouverner seul, c’est peut-être justement de là que viendra la lumière.

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