Après la victoire de Dara à l’Eurovision 2026 avec la chanson Bangaranga, la Bulgarie semble bien partie pour accueillir le concours en 2027 — une perspective qui enthousiasme déjà des milliers de fans à travers l’Europe.
De retour dans la compétition après trois ans d’absence, le pays a marqué les esprits avec une performance spectaculaire, au point où plusieurs observateur·trice·s considèrent déjà cette édition comme l’un des grands retours récents de l’Eurovision.
Reste maintenant à savoir quelle ville accueillera l’événement. Lors de la conférence de presse suivant la victoire, Milena Milotinova, directrice générale du diffuseur public bulgare BNT, a laissé entendre que Sofia serait l’hôte privilégiée. « Bienvenue à Sofia l’année prochaine! », a-t-elle lancé devant les médias internationaux.
Comme chaque année, l’Eurovision attire des centaines de milliers de visiteur·euse·s, dont une importante partie issue des communautés LGBTQ+. Entre l’ambiance festive, les performances flamboyantes et la culture camp qui fait partie intégrante du concours, plusieurs commencent déjà à planifier leur voyage.
Mais une question revient rapidement : la Bulgarie est-elle réellement un endroit sécuritaire pour les personnes LGBTQ+?
Des droits LGBTQ+ encore fragiles
Selon le classement 2026 de la Rainbow Map de l’organisme ILGA-Europe — qui évalue les droits LGBTQ+ dans 49 pays européens — la Bulgarie occupe le 40e rang avec un score de seulement 20 %.
Les relations entre personnes du même sexe y sont légales et les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle sont interdites depuis 2004. Depuis 2023, les crimes haineux motivés par l’orientation sexuelle peuvent également entraîner des peines plus sévères.
Mais malgré certaines avancées, la situation demeure préoccupante sur plusieurs fronts. Les droits des personnes trans ont notamment subi un important recul ces dernières années. Bien qu’il ait déjà été possible de modifier légalement son genre dans le pays, la Cour suprême bulgare a statué en 2023 que « le seul sens du terme sexe devait être biologique ».
En 2024, une nouvelle loi sur l’éducation a aussi interdit toute « propagande », « promotion » ou « incitation » liée aux orientations sexuelles dites « non traditionnelles » ou aux identités de genre différentes du sexe biologique dans le système scolaire.
Une formulation qui rappelle fortement les lois anti-LGBTQ+ adoptées ailleurs en Europe de l’Est et en Russie. Concrètement, la loi définit l’orientation sexuelle « non traditionnelle » comme toute attirance autre qu’entre personnes de sexes opposés.
Même si l’Eurovision ne relève évidemment pas du système éducatif, plusieurs observateur·trice·s se demandent déjà comment les autorités bulgares réagiraient à certaines performances très queer du concours, comme celle d’Olly Alexander en 2024.
Sofia plus ouverte… mais prudence recommandée
Sur le plan touristique, la Bulgarie demeure généralement sécuritaire pour les voyageurs LGBTQ+, particulièrement dans la capitale Sofia, qui compte plusieurs bars et établissements LGBTQ+ ainsi qu’une marche annuelle de la Fierté. Cependant, des incidents d’intimidation verbale et des comportements hostiles y ont déjà été rapportés, y compris envers des touristes étrangers participant à Sofia Pride.
À l’extérieur de la capitale, les mentalités demeurent souvent beaucoup plus conservatrices. Pour plusieurs personnes LGBTQ+, cela signifie qu’il est généralement préférable d’éviter certaines démonstrations publiques d’affection, particulièrement dans les régions plus rurales.
L’Eurovision comme test culturel
L’arrivée potentielle de l’Eurovision en Bulgarie représente donc un moment particulièrement symbolique. Historiquement, le concours agit souvent comme une vitrine culturelle majeure pour les pays hôtes, mais aussi comme un espace fortement associé aux communautés queer et à la visibilité LGBTQ+.
Dans un contexte où plusieurs pays européens connaissent actuellement des tensions politiques autour des enjeux LGBTQ+, la tenue de l’Eurovision à Sofia pourrait devenir autant un événement musical qu’un véritable test social et culturel.
Pour les fans québécois·es qui envisagent le voyage, la Bulgarie ne représente pas nécessairement une destination dangereuse, mais elle demande probablement davantage de vigilance que certains pays d’Europe occidentale plus progressistes sur les questions LGBTQ+. D’ailleurs, le gouvernement canadien, dans ses recommandations officielles aux voyageur·euse·s, indique que la communauté LGBT+ devrait garder un profil discret dans le pays.

