En Floride, un couple lesbien de Key West poursuit sa municipalité après avoir été menacé d’amendes quotidiennes pour avoir peint une clôture aux couleurs de l’arc-en-ciel en guise de protestation contre la disparition des passages piétons de la Fierté dans l’État.
Coley Sohn et Linda Bagley-Sohn avaient transformé plusieurs lattes de leur clôture extérieure en bande arc-en-ciel à la suite d’une décision de la ville de se conformer aux directives émises le 30 juin 2025 par le gouverneur Ron DeSantis. Celui-ci exigeait le retrait des passages piétons décorés et des trottoirs peints, affirmant qu’ils représentaient un risque pour la sécurité publique.
Selon la poursuite déposée devant les tribunaux, plus d’une cinquantaine de résident·e·s de Key West auraient eux aussi peint leurs clôtures en solidarité. Or, le couple Bagley-Sohn affirme avoir été spécifiquement ciblé par les autorités municipales après la plainte d’un voisin.
La Ville leur aurait imposé des amendes pouvant atteindre 250 dollars par jour tant que la clôture ne serait pas repeinte en blanc. Le couple avait pourtant demandé un permis afin de conserver les couleurs arc-en-ciel en décembre 2025, mais la requête a été rejetée en février dernier au motif que les couleurs utilisées contrevenaient au règlement municipal.
Afin d’éviter l’accumulation des pénalités financières, les deux femmes ont finalement repeint leur clôture en blanc le 26 mars.
Soutenue par l’American Civil Liberties Union (ACLU) de Floride, la poursuite soutient que la Ville a appliqué son règlement de manière sélective en raison du message véhiculé par les couleurs de la clôture.
« Personne ne devrait perdre son droit de s’exprimer simplement parce que les autorités n’aiment pas le message transmis », a déclaré Coley Sohn au magazine The Advocate. « C’est précisément ce contre quoi le Premier Amendement nous protège. »
La plainte souligne également que plusieurs maisons colorées de Key West n’ont jamais fait l’objet d’interventions de la part des inspecteurs municipaux. Selon les plaignantes, c’est l’association directe du motif arc-en-ciel avec la fierté LGBTQ+ qui aurait motivé l’intervention de la Ville.
« Le gouvernement ne peut pas appliquer une loi uniquement contre des personnes exprimant certaines idées ou opinions, tout en ignorant des infractions comparables associées à d’autres messages », a affirmé Nicholas Warren, avocat de l’ACLU.
La poursuite accuse ainsi la municipalité de discrimination fondée sur les opinions exprimées ainsi que de censure politique, dans une Floride où les tensions entourant les symboles LGBTQ+ demeurent particulièrement vives sous l’administration DeSantis.
L’affaire pourrait désormais devenir un nouveau test judiciaire concernant la liberté d’expression et l’utilisation des symboles de la Fierté dans l’espace public américain.

