Jeudi, 2 Décembre 2021
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    Contre la doctrine du Vatican, le drapeau arc-en-ciel au fronton d’églises autrichiennes

    Ils ont fleuri ces dernières semaines au fronton d’églises autrichiennes: des drapeaux arc-en-ciel s’épanouissent pour Pâques dans le pays alpin de tradition catholique, afin de protester contre l’interdiction de bénir les unions entre homosexuels.

    Le document publié mi-mars par la Congrégation pour la doctrine de la foi, puissante institution du Vatican, a suscité de nombreuses réactions chez les prêtres. «Dieu n’arrête jamais de bénir chacun de ses fils (…). Mais il ne peut bénir le péché», écrivait ce texte, rappelant la doctrine classique de l’Eglise. Erich Baldauf, de la paroisse de Hard aux confins ouest de l’Autriche, fait partie de ceux qui n’ont pas apprécié le message.

    Il a donc décidé de déployer un emblème arc-en-ciel en solidarité avec la communauté LGBT, comme des centaines d’autres membres d’un mouvement réformiste appelé «L’Initiative des prêtres». «Nous voulions montrer que nous n’approuvons pas cette position d’un autre temps», explique-t-il. Peu après, il fut «choqué et affligé» de découvrir le drapeau brûlé. Dans la même province de Vorarlberg, un autre a subi le même sort et un autre a été subtilisé.

    Un «non» profondément blessant
    Des incidents qui ne sauraient toutefois refléter l’opinion des Autrichiens qui sont, dans leur grande majorité, hostiles à la récente prise de position du Vatican (64%), selon un sondage diffusé la semaine dernière. Seuls 13% disent l’accepter, dans un pays qui autorise le mariage entre personnes de même sexe depuis 2019. «Je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse bénir des motos ou des casernes de pompiers mais pas deux personnes amoureuses», a réagi dans la presse Stefan Asböck, un fidèle homosexuel.

    L’Église catholique compte près de 5 millions de fidèles en Autriche, pour 8,9 millions d’habitants. Un chiffre élevé mais en net déclin comparé à l’après-guerre – quand 90% de la population revendiquait son appartenance à cette religion -, sur fond de décalage entre l’évolution des moeurs et la doctrine catholique.

    Pour l’influent archevêque de Vienne Christoph Schönborn, lui aussi monté au créneau, le Vatican a envoyé là un très mauvais signal. « Le message transmis au monde entier à travers les médias est un ‘non’ pur et simple, un ‘non’ à la bénédiction (pour les personnes de même sexe), ce qui blesse de nombreuses personnes au plus profond de leur être », a-t-il déploré dans un entretien au journal catholique Der Sonntag, se disant «mécontent».

    Autre figure emblématique du catholicisme à Vienne, le prêtre de la cathédrale Saint-Etienne a tenu des propos encore plus forts. «Si j’avais pour mission de causer le plus de dommages possibles à l’Église en deux pages de texte, j’écrirais exactement le type de lettre rédigée par la Congrégation», a-t-il asséné dans le magazine Falter. Cette déclaration a «totalement raté son objectif» de «défense des sacrements du mariage», selon l’ecclésiastique. Et de souligner qu’aucun des couples hétérosexuels qu’il marie «ne se sent déprécié» parce qu’il bénit des couples de gays et de lesbiennes.

    Hashtag «désobéissance»
    La «rébellion» d’une partie du clergé autrichien a trouvé un écho dans l’Allemagne voisine, au moment même où l’Église catholique est engagée dans un synode visant à la réformer et à la mettre davantage en phase avec les évolutions de la société. Des prêtres ont porté le débat sur les réseaux sociaux sous le hashtag «désobéissance pastorale» et une pétition a été lancée, signée par des milliers d’entre eux.

    Si des figures conservatrices ont apporté leur soutien à Rome, d’autres, comme le président de l’Assemblée des évêques Georg Bätzing, ont accusé la Congrégation d’avoir voulu étouffer «les réflexions théologiques en cours dans de nombreuses Églises dans le monde».

    Le clergé germanique a «une tradition très particulière d’indépendance» vis-à-vis de la hiérarchie catholique, fait remarquer Bernd Hagenkord, Jésuite qui était auparavant chargé de la section allemande de Radio Vatican.

    Dans la commune de Hard, la paroisse a laissé quelques jours à la vue de tous le drapeau réduit en lambeaux par le feu. «Cela faisait l’effet d’une croix», témoigne Erich Baldauf. Mais juste à temps pour Vendredi Saint, un nouvel insigne arc-en-ciel flottait fièrement sur le parvis de l’église, en signe de bienvenue pour tous les paroissiens en ce week-end de Pâques.

    Rédaction avec AFP

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