Mercredi, 19 janvier 2022
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    Décès de Desmond Tutu, défenseur de l’égalité dans tous les domaines

    Dernière des grandes figures de la lutte contre l’apartheid, l’archevêque anglican Desmond Tutu, était la conscience de l’Afrique du Sud mais aussi un défenseur de l’égalité dans tous les domaines, dont les droits LGBT.

    Jusqu’à récemment, le prix Nobel de la paix a imposé sa petite silhouette violette et son franc-parler légendaire pour dénoncer les injustices et écorner tous les pouvoirs. Le président Cyril Ramaphosa a exprimé «sa profonde tristesse» face au décès de ce «patriote sans égal», «intègre et invincible contre les forces de l’apartheid». Cette mort représente «un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu à une génération de Sud-Africains exceptionnels» qui «nous ont légué» un pays «libéré», a-t-il ajouté, un mois après la mort de FW de Klerk, dernier président blanc du pays.

    Après l’avènement de la démocratie en 1994 et l’élection de son ami Nelson Mandela, Desmond Tutu avait inventé le terme de «Nation arc-en-ciel». Il a présidé la Commission vérité et réconciliation (TRC) dont il espérait, grâce à la confrontation des bourreaux et des victimes, qu’elle permettrait de tourner la page de la haine raciale. «The Arch», comme le surnomment affectueusement les Sud-Africains, était affaibli depuis plusieurs mois. Souffrant depuis longtemps d’un cancer de la prostate, il est mort, sans doute de vieillesse, paisiblement dimanche matin, selon des proches.

    Il ne s’exprimait plus en public mais saluait la presse présente à chacun de ses déplacements, d’un regard malicieux, d’un faible geste de la main, comme lors de sa vaccination contre le Covid ou, en octobre, à la cérémonie célébrant ses 90 ans. Une prière a été dite à la cathédrale Saint-Georges du Cap, son ancienne paroisse. C’est là qu’auront lieu ses obsèques samedi, a annoncé sa fondation dans la soirée. D’ici là, les cloches seront sonnées chaque jour dix minutes, pour penser à lui. Et les drapeaux seront en berne dans tout le pays, a ajouté M. Ramaphosa.

    Repère moral
    Les joueurs sud-africains de cricket ont porté dimanche un brassard noir. Et la Montagne de la Table, qui surplombe Le Cap, était illuminée de violet dans la soirée, comme la mairie. Son ami le Dalaï Lama, chef spirituel des Tibétains, avec qui il a partagé des fous rires mémorables, a souligné «le lien spirituel» qui les unissait. L’ancien président américain Barack Obama a évoqué «un ami, un mentor, un repère moral», tandis que l’actuel, Joe Biden, s’est dit «le coeur brisé». La reine Elizabeth II a salué le défenseur «inlassable» des droits humains. «Un géant est tombé», a estimé l’opposant ougandais Bobi Wine. 

    Desmond Tutu s’était fait connaître aux pires heures du régime raciste de l’apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria. Sa robe lui a épargné la prison. Le combat non-violent de Tutu avait été couronné du prix Nobel de la paix en 1984. Après l’apartheid, fidèle à ses engagements, il avait dénoncé les dérives de l’ANC au pouvoir, des errements dans la lutte contre le sida aux scandales de corruption. En 2013, il avait promis de ne plus voter pour le parti fossoyeur de l’apartheid: «Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres».

    Desmond Tutu est publiquement engagé dans la lutte contre l’homophobie, ayant comparé l’homophobie au racisme durant l’apartheid en Afrique du Sud. Et déclare en 2013 être « aussi dévoué envers cette campagne [contre l’homophobie] que lors de celle contre l’apartheid». Il a également indiqué qu’il ne pourrait pas vénérer un Dieu homophobe, et qu’il préférerait aller en enfer que dans un paradis homophobe. 

    En février 2014, il s’insurge contre la ratification par le président ougandais Yoweri Museveni d’une loi qui pénalise les relations homosexuelles dans ce pays et qu’il compare aux lois de Nuremberg (Allemagne nazie) et à l’apartheid.

    En juin 2016, aux Pays-Bas, il bénit le mariage de sa fille, le pasteur anglican Mpho Andrea Tutu, avec une autre femme, Marceline van Furth.

    Rédaction avec AFP

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