Dans l’Allemagne du XVIIe siècle, une femme se fait passer pour un soldat afin de mener une existence qui lui serait autrement interdite. Avec Rose, le cinéaste autrichien Markus Schleinzer signe un drame historique saisissant sur l’identité, les conventions de genre et le prix de la liberté. Porté par une impressionnante Sandra Hüller, récompensée d’un Ours d’argent à la Berlinale 2026, le film sera présenté au festival image+nation.
En 1648, au lendemain de la guerre de Trente Ans, un soldat au visage marqué par une cicatrice arrive dans un village protestant isolé d’Allemagne. Il affirme être l’héritier d’une ferme abandonnée et présente des documents pour appuyer ses prétentions. Les habitants accueillent cet étranger avec méfiance, mais sa détermination, son ardeur au travail et sa piété finissent par lui valoir une certaine reconnaissance.
Ce soldat se nomme Rose. Derrière son uniforme et son apparence masculine se cache une femme qui vit depuis des années sous une identité d’homme. Dans une société où les femmes disposent de très peu de droits, cette transformation lui permet de posséder des terres, de travailler librement et d’occuper une place qui lui aurait été refusée autrement.
Pour consolider sa position au sein de la communauté, Rose entreprend de courtiser Suzanna (Caro Braun), la fille d’un fermier. Leur mariage semble pouvoir lui assurer une existence stable et respectable. Mais cette nouvelle vie repose sur un secret dont la découverte pourrait avoir des conséquences terribles.


Le genre comme condition de la liberté
Inspiré de récits historiques de femmes ayant vécu sous une identité masculine, Rose explore les règles sociales qui déterminaient autrefois les possibilités d’existence selon le sexe assigné à la naissance.
Le personnage de Rose demeure volontairement difficile à définir selon nos catégories contemporaines. Son choix de vivre en homme répond manifestement à une volonté d’indépendance, mais soulève aussi des questions sur son rapport intime à l’identité masculine. Markus Schleinzer laisse au public le soin d’interpréter les motivations de son personnage.
Cette ambiguïté donne au film une résonance particulière pour les publics LGBTQ+. Rose découvre qu’en adoptant les codes masculins, elle obtient une autorité, une liberté de mouvement et une reconnaissance sociale qui lui étaient jusque-là inaccessibles. Mais cette position reste fragile. Le moindre soupçon menace de faire s’effondrer l’existence qu’elle s’est construite.
Le mariage avec Suzanna ajoute une autre dimension au récit. Derrière les apparences d’une union traditionnelle se développe une relation dont les fondements échappent aux conventions du village. Les deux personnages doivent composer avec les attentes d’une communauté profondément religieuse, où la différence peut rapidement devenir une faute à punir.
Sandra Hüller, une interprétation remarquable
Révélée internationalement par Toni Erdmann, puis consacrée avec Anatomie d’une chute et La Zone d’intérêt,Sandra Hüller livre ici une performance d’une grande retenue. Sa démarche, sa voix, ses silences et son regard suffisent à donner vie à ce personnage constamment sur ses gardes.
Le cinéaste Markus Schleinzer, ancien collaborateur de Michael Haneke, privilégie une mise en scène austère, tournée dans un noir et blanc magnifique. Les paysages ruraux, les intérieurs dépouillés et la rigueur des costumes contribuent à recréer une époque où la religion et les traditions régissent presque tous les aspects de la vie.
Présenté en compétition à la Berlinale 2026, Rose a valu à Sandra Hüller l’Ours d’argent de la meilleure interprétation principale. Le film a également été sélectionné au Festival du nouveau cinéma de Montréal.
À travers le destin de Rose, Schleinzer montre jusqu’où une personne peut aller pour échapper à la place que la société lui assigne. Le récit prend progressivement une tournure plus sombre, à mesure que les habitants du village commencent à remettre en question l’identité de celui qu’ils avaient accepté parmi eux.
INFOS | ROSE Film de Markus Schleinzer, Autriche/Allemagne, 2026, 93 minutes. Avec Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt et Godehard Giese. En allemand, sous-titré.
Ce film présenté au 39e festival de films LGBTQ+ image+nation, le dimanche 22 novembre 2026 à 15 h, au Cinéma du Parc, Montréal. BILLETS
Billetterie : https://image-nation.org