Mercredi, 10 juin 2026
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    Olivier et Marc-André se choisissent chaque jour depuis 12 ans

    On vous souhaite de rencontrer quelqu’un qui vous regarde, comme Olivier Corneau et Marc-André Poliquin se regardent en entrevue. Investis, passionnés et amoureux, le peintre et le comédien célèbrent cette année le douzième anniversaire de leur première rencontre.

    Quand vous êtes-vous rencontrés?
    MA : On s’est vus, mais à peine parlé, le 11 février 2014 au lancement d’un album d’Alexandre Désilets. On s’est ajoutés sur les médias sociaux. On a discuté un peu. On s’est recroisés à la Nocturne du MAC. Il y avait des regards entre nous. Lors du lancement du EP de Jaco, Oli faisait une performance artistique et je suis allé volontairement pour le revoir. Pour faire une histoire courte, on s’est frenchés dans le portique du Nacho Libre et on ne s’est jamais lâchés depuis.

    Oli : Je le trouvais tellement beau et en dehors de ma ligue. Je me sentais jeune et conquérant, mais je doutais que ça soit possible. Je le trouvais trop hot.

    MA : Je trouvais qu’il dégageait beaucoup de confiance !

    À quel moment avez-vous senti qu’il y avait quelque chose de spécial?
    Oli : Tout de suite ! Le lendemain du french, je voulais le texter et le revoir rapidement. Finalement, on s’est revus après deux jours et le lendemain encore.

    MA : Sur deux semaines, on s’est vus quatre ou cinq fois.

    Oli : À la quatrième date, je lui ai demandé si on pouvait sortir ensemble, parce que ça me gossait, une fréquentation.

    MA : J’attendais juste ça. J’étais célibataire depuis quatre ans. Pourtant, lors de notre rencontre, je ne me sentais pas particulièrement hop la vie et plein d’espoirs. Ça m’a surpris ce qui nous est arrivé. Après deux semaines, on est virés fous.

    Oli : Je l’ai présenté à mes parents à ce moment-là. Tout est allé très vite. Après cinq mois, on échangeait des joncs de fiançailles.

    Expliquez-nous ce qui vous charme chez l’autre.
    Oli : Physiquement, il m’allume encore énormément, après 12 ans. Mais ce que j’aime le plus, c’est son écoute et sa présence rassurante. Ma vie est très chaotique. Donc, ma stabilité, c’est de retrouver Marc-An à la maison. Je sais que ça va toujours être confortable et agréable. C’est ma sécurité.

    MA : Ce qui me charme encore, c’est son intensité. Oli a besoin de parler et d’être en relation. Ça me fait du bien, parce qu’on est toujours dans un échange. Pour lui, c’est tellement naturel. Ça nous a amenés à communiquer très tôt d’absolument tout. Il s’exprime sans filtre et dans une vérité absolue. Oli, c’est un spécimen rare. On ne rencontre pas souvent des gens comme lui et je me sens vraiment chanceux de l’avoir dans ma vie.

    Quelle est votre posture sur l’exclusivité?
    Oli : On s’est rapidement attribué une belle liberté. Pour nous, l’idée de posséder l’autre ne nous intéressait pas. On est des êtres indépendants qui se choisissent continuellement. Ça a un impact sur plusieurs aspects de notre vie : la sexualité, la possibilité de voyager seul ou de suivre une formation de deux mois à l’étranger sans demander la permission à l’autre. Ça nous a permis de rester en croissance individuelle constante.

    MA : C’est une discussion ouverte dans laquelle on évalue si la liberté de l’un a des répercussions sur l’autre et comment on s’adapte. On échange sur jusqu’où on peut aller et comment on vit tout ça.

    Oli : Ça a amené des moments très difficiles, parce qu’on teste toujours les limites ensemble. On se met souvent en danger et on se réajuste.

    Avez-vous cohabité tôt?
    MA : À nos débuts, j’habitais avec plusieurs personnes depuis cinq ans et je me sentais prêt pour vivre avec moins de monde. Oli vivait dans un studio où je ne voulais pas déménager pour mille raisons, mais il devait rester dans Saint-Henri. Je lui ai proposé de déménager ensemble dans le quartier, un peu plus d’un an après nos débuts. On a le même appartement depuis. Il est grand et il a beaucoup évolué avec le temps : Oli a eu son studio ici et on a déjà loué une petite chambre.

    Oli : On a galéré pour avoir le confort qu’on a aujourd’hui. Je crois qu’un des secrets de notre longévité, c’est de s’être rencontrés à des périodes similaires de nos carrières. On était à nos débuts, on s’accrochait à des petits succès et on a monté l’escalier peu à peu. On a été pauvres ensemble et on est mieux ensemble maintenant.

    Quels sont les avantages et les inconvénients d’être deux artistes en couple?
    MA : Le premier avantage, c’est qu’on se comprend et qu’on se questionne. Oli me challenge sur qui je suis, parce qu’en tant que comédien, je suis le produit que je vends. Il me rappelle que je mérite des choses. Moi, je l’ai questionné en profondeur sur sa démarche artistique, qui est toujours en mouvement. Le désavantage, c’est quand ça va « mal » pour les deux en même temps et quand on a des creux en même temps, on ne peut pas se remonter financièrement ou moralement.

    Oli : On a vécu beaucoup d’années de pauvreté. J’ai failli faire une faillite personnelle en 2016, car je prenais des risques avec mon métier et les clients n’étaient pas au rendez-vous. J’étais au plus bas. Je n’avais plus d’espoir. On avait de la misère à se tirer vers le haut.

    Marc-André, corrige-moi si je me trompe, mais je crois qu’Olivier est ton premier amoureux. Comment avez-vous vécu les premiers pas auprès de tes amis et de ta famille?
    MA : Je n’avais jamais été en amour avec un homme avant Oli. C’est le premier que j’ai présenté à mes amis et à ma famille. Ça ne me faisait pas peur, car je savais que tout le monde allait l’aimer. Oli, c’est facile pour lui d’entrer en contact avec les autres.

    Oli : Même chose pour Marc-An. On est des caméléons sociaux. À nos débuts, dans les deux familles, il y avait une chose similaire dans le discours : « Les homosexuels, on n’est pas encore sûrs, mais Oli on l’aime ou Marc-An, on l’aime. » Tranquillement, on a amené nos environnements à « normaliser » l’homosexualité de façon saine.

    MA : Après ma blonde, je savais que je ne ferais pas de retour en arrière et que je devais faire un coming out. Comme il y a beaucoup de monde dans ma famille, c’était long comme processus. J’avais hâte que ça finisse. Quand est venu le temps de présenter Oli, j’étais fébrile, mais j’étais confiant dans qui j’étais et avec les gens qui m’aimaient.

    Oli : Moi, c’est un peu le contraire. J’évoluais dans un contexte familial conservateur qui me demandait soit de m’éteindre à jamais ou de sortir avec violence en les confrontant dans un quitte ou double. J’ai choisi la deuxième option et ça a été très tumultueux durant presque quatre ans. Ce n’était pas par rapport à Marc-An, mais face à qui je suis. Je ne pouvais pas vraiment être un artiste et un homosexuel. Ça a demandé beaucoup de force face à mon environnement pour devenir moi.

    INFOS : Oliver Corneau : instagram.com
    Marc-ANdré Poliuin instagram.com

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