Une historienne française a consacré les deux dernières années de sa vie à documenter les expériences de vie des aînées lesbiennes au Québec. Le résultat est la balado Histoires lesbiennes. À travers 18 épisodes, on entend une trentaine d’aînées raconter des tranches de vie intimes mais universelles – leurs premiers amours, leurs premières virées dans les bars lesbiens du Plateau ou au « centre culturel » de l’ancienne École Gilford, leurs sorties du placard et leurs premières expériences d’engagement politique et communautaire.
Les quatre premiers épisodes sont actuellement disponibles sur la plateforme Acast. o. « Pourquoi je fais ça ? C’est ma passion pour les lesbiennes, pour les aînées, pour le Québec. » Basée à Angers, elle explique en entrevue qu’elle rêvait de venir au Québec depuis longtemps – au moins depuis la première fois qu’elle a ouvert une copie de la revue lesbienne québécoise Amazones d’hier, lesbiennes d’aujourd’hui : « Mon lesbianisme est devenu politique à ce moment-là, grâce à cette revue québécoise. »
Spécialiste de l’histoire orale des mouvements féministes français des années 70 et 80, elle voulait se focaliser sur la même période au Québec. « Ce n’était pas tout rose, mais il y avait un certain espoir qu’on pouvait faire quelque chose de nouveau, de révolutionnaire… que je ne trouve plus vraiment aujourd’hui. C’était le collectif d’abord. »
Elle contacte Line Chamberland, du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ), en 2023, avec l’idée initiale du balado. « Je lui ai dit : Moi, ce que je sais faire dans la vie, c’est de collecter des témoignages. Est-ce que ça serait intéressant de faire cette démarche-là au Québec ? Et elle m’a dit qu’elle m’hébergerait pour que je puisse le faire. J’avais déjà pris mes billets d’avion avant de prendre contact. » Avec l’aide du RLQ et des Archives lesbiennes du Québec, elle lance un appel initial aux témoignages fin 2023 et conduit ses premières entrevues à Montréal quelques mois plus tard.

« Quand je suis venue pour la première fois à Montréal en 2024, je suis tombée en amour », relate l’historienne, gros sourire aux lèvres. « Je me suis sentie tellement bien, mais je ne pourrais pas dire pourquoi. J’ai marché énormément – les rues sont tellement longues, c’est incroyable ! Il faisait -16. Je mangeais une part de pizza toute froide que j’avais réchauffée la veille, assise dans la neige au Jardin botanique, mais je trouvais ça trop cool ! »
Une fois les entrevues commencées, elle a mené de longues discussions, d’environ deux heures en moyenne, avec une trentaine de femmes âgées de la région de Montréal, dont les plus âgées – de 60 à 83 ans – peuvent être entendues dans le balado. Les enregistrements intégraux seront déposés aux Archives lesbiennes du Québec ; Marine Gilis a choisi de faire le balado parce que « tout le monde n’y va pas, aux archives ».
Les premiers épisodes ont été écoutés un peu partout dans la francophonie. La réalisatrice espère que les auditrices et auditeurs enverront « beaucoup d’amour » aux intervenantes et feront de belles découvertes. « Je trouve que les expériences des lesbiennes aînées sont tellement enrichissantes que je voudrais que plein, plein, plein de personnes les entendent », s’enthousiasme l’historienne. Elle veut partager leurs histoires avec le public, particulièrement avec de jeunes lesbiennes qui pourraient être en train de vivre certaines des mêmes expériences. « Elles ont fait des erreurs, elles ont fait toutes sortes de choses, elles ont eu beaucoup de doutes. Elles ont traversé et elles traversent encore ce que nous, on traverse plus jeunes. Et donc, des fois, je me dis : Là, je me reconnais dans telle expérience…
Et ça fait du bien. »
INFOS | Un nouvel épisode de Histoires lesbiennes sera mis en ligne chaque mois autour du 15. Découvrez-les à : https://shows.acast.com

