Mercredi, 20 mai 2026
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    Guadalajara, une ville très mexicaine à la fois traditionnelle et avant-gardiste

    Je suis allé découvrir Guadalajara, qui accueillera en juin prochain certaines rencontres disputées en sol mexicain lors de la Coupe du monde de football (soccer). Deuxième plus grande ville du pays, elle se distingue aussi par une particularité étonnante : c’est celle qui compte la plus forte proportion de personnes s’identifiant comme LGBTQ+, devant même Ciudad de México. Et pourtant, au premier regard, rien ne saute aux yeux — du moins, selon mon expérience. Pas de forêt de drapeaux arc-en-ciel ni d’autocollants colorés à l’entrée des bars et des boutiques. Mais en y regardant de plus près, on remarque souvent, à l’entrée d’établissements en apparence plus « straights », des messages clairs : ici, on ne discrimine pas. Une ouverture également assumée, bien souvent, dans les hôtels.

    En fait, ce qui m’a le plus marqué lors de cette visite, c’est la fascinante dualité de la ville. C’est une cité tentaculaire, formée de secteurs très différents, où il y a ce que l’on voit… et toujours une autre facette derrière. Une ville industrielle, et pourtant très artistique en même temps. Elle a un peu un air de Montréal, une ville où les gens vivent pleinement.

    Guadalajara est remplie de complexes industriels et de murales dans les rues, de musées et de galeries, de cafés et de restaurants; il y a des raves clandestines et des squares où se produisent des groupes de mariachi. Chaque nuit, on entend le klaxon long et mélancolique d’un train de marchandises qui la traverse à deux heures du matin. Et, parallèlement à tout ça, c’est aussi le fief du cartel de Guadalajara, dont le chef a été assassiné en février. On voit sur certains murs, ainsi que sur le monument des Niños Héroes, des affiches déchirantes montrant des jeunes disparus que des familles recherchent toujours. Mais il y a aussi un sentiment de résilience tranquille chez les gens qu’on croise. Le quotidien se déroule plutôt paisiblement. Malgré la circulation assez intense des voitures et des gens, il n’y a quasiment aucun signe d’impatience. Personne ne crie et les voitures klaxonnent très peu. C’est impressionnant pour un pays latin!

    Les distances entre les différents quartiers sont plus ou moins grandes, mais il est très facile de se déplacer. Il y a énormément de bus, un métro (les wagons sont toujours bondés : attention à vos poches!), des services comme Uber et Didi, plutôt bon marché, et surprise : Bixi y a conçu un réseau de location de vélos, MiBici! Bon, il faut vraiment vérifier l’état de son vélo, mais le cœur de la ville est quadrillé de pistes cyclables très pratiques.

    Le premier quartier qu’on visite, c’est le Centro Histórico, avec ses églises (la cathédrale, mais aussi le Templo Expiatorio), ses musées (le sobre Hospicio Cabañas, un ancien hospice qui présente des murales incroyables du peintre politique José Clemente Orozco, le MUSA de l’Université de Guadalajara, et l’Ex Convento del Carmen, un cloître où au moins un mois entier est dédié aux œuvres d’artistes de la communauté LGBTQ+), et bien sûr le gros marché San Juan de Dios, un genre de marché aux puces avec trois étages de dédales de boutiques et d’étals de cuisine de rue. C’est étourdissant, mais c’est une expérience. Il y a aussi un coin plus alternatif : quelques rues avec des vêtements de seconde main, surtout noirs, et de la lingerie féminine. On retrouve également dans ce quartier plusieurs bars, clubs et saunas gais ou mixtes.

    Ensuite, il y a la Colonia Americana et la Zona Rosa, avec la très vivante avenue Chapultepec (tout le monde l’appelle Chapu). Des quartiers voisins considérés comme un peu plus jeunes et branchés, mais où la gentrification a commencé sa conquête. Il y a des galeries d’art moderne, des cafés et des restaurants très animés, et plein de monde qui fait du jogging ou promène son chien, de jour comme de soir.

    On y trouve, dans une rue, une cour à l’entrée discrète qui abrite un des bars de drag les plus
    fréquentés : le fameux Peligro al Fondo (Danger au fond). On peut y manger, certains soirs, une pizza cuite au four à pierre, boire des cocktails et se faire niaiser par les colorées drag queens à la langue acerbe, aux costumes minimalistes, qui font des death drops sur le terrazzo en se promenant entre les tables. C’est toujours plein! Il y a aussi plein de petits restos branchés où tout le monde va déjeuner et savourer des plats locaux. Le déjeuner est probablement le plus gros repas de la journée : c’est copieux, et vraiment pas léger. D’autres quartiers sont aussi gay-friendly et plus huppés, mais je ne les ai pas visités cette fois-ci.

    En périphérie de la ville, un de mes coups de cœur : Tlaquepaque! C’est à la fois un piège à touristes, mais aussi un endroit visuellement magique. C’est ici qu’est née la culture des mariachis, avec ses chants, ses musiciens et ses danses. Il y a le fameux El Parián, entouré de terrasses avec une scène centrale où vous verrez des numéros folkloriques. Si vous réussissez à trouver un espace libre entre les terrasses, vous pouvez y assister gratuitement; sinon, sortez vos pesos. Il y a aussi une superbe rue pour sortir du quartier, l’avenida Andador Independencia, qui abrite des galeries d’artistes locaux et le musée régional de la céramique. Vous verrez dans la rue les sculptures amusantes de Rodo Padilla, qui rappellent celles de Botero, et il faut visiter la galerie du sculpteur hallucinant Sergio Bustamante, dont les œuvres semblent inspirées des créatures de Clive Barker. Il y a aussi la boutique Nuestros Dulces, un magasin de bonbons… qui vend aussi le plus grand nombre de téquilas au monde!

    Parlant de Tequila, c’est une petite ville située à environ 1 h 30 de Guadalajara, où se trouvent plusieurs distilleries et où vous pouvez voir les grands champs d’agave bleue. C’est hyper touristique et il faut choisir judicieusement son forfait pour ne pas se retrouver dans un autocar rempli de gens complètement saouls. Il y a aussi un train touristique qui vous y amène, mais ça se réserve longtemps d’avance et c’est assez cher. Mieux vaut s’y rendre par soi-même et prendre un tour local, comme avec Destino Agave. Les deux attractions principales sont la visite de José Cuervo, dont la famille a été très influente dans le développement de la ville, et l’expérience Casa Sauza, avec ses bâtiments et jardins
    incroyables. Pas donné non plus, mais ça vaut le coup. En dehors de la ville, le décor des champs d’agaves et du volcan au loin est magnifique.

    De retour à Guadalajara, vous verrez qu’il y a beaucoup d’options de sorties. Comme à Montréal dans le temps, certaines soirées dans les clubs sont dédiés à certaines clientèles, et c’est plein de fêtards. Il y a des soirées bears, des soirées cuir, des karaokés, etc.

    Le samedi, il faut aller au Vaqueros Antro, un club country où locaux et cowboys de la campagne viennent fraterniser, danser, surtout chanter, et baiser dans le darkroom à l’étage. Même les clubs de sexe et les saunas ont des soirées à thème : soirée bobettes, soirée tout nu, soirée bear et diversité corporelle, etc. Mieux vaut s’informer avant de s’y rendre si on veut être en harmonie avec le thème.
    Côté clubs, informez-vous aussi de la clientèle visée selon le soir. Attendez-vous à de la musique pop internationale, mais aussi beaucoup de techno et de reggaeton à certains endroits. Certains clubs ont aussi des darkrooms et des shows de drag et de gogo boys. Le 13 juin, il y a la très populaire Fierté, avec défilé et une foule de partys plus colorés les uns que les autres. Un autre événement auquel participer, c’est la soirée de Lucha Libre Glamour, le mardi soir. Ce n’est pas un événement gai en soi, mais l’esthétique des costumes, le côté très coloré et exagéré du combat, et l’ambiance de la foule qui invective les participants, c’est très amusant et vraiment typique.

    Côté culinaire, il y a un grand choix de cuisines. L’État de Jalisco est très réputé côté gastronomie. On trouve aussi pas mal de restos asiatiques, avec une emphase sur les sushis et les mets coréens, des steakhouses d’inspiration argentine et des restaurants italiens plutôt haut de gamme.

    Les prix ressemblent souvent à ceux de Montréal.
    Côté hébergement, la très grande majorité des hôtels apprécient les dollars roses. Il y a aussi une bonne offre d’hébergement à prix variés sur la plateforme Misterb&b, entre autres. Vérifiez simplement dans quel secteur de la ville vous préférez vous retrouver, et le tour est joué. Air Canada et Air Transat offrent des vols directs de Montréal.

    En résumé, Guadalajara est une grande ville qui se vit autant qu’elle se visite. Elle offre une immersion dans le vrai Mexique, pleine de contrastes colorés, sous un quotidien presque banal. Partir à la découverte de tous ses visages, ça fait une super escapade urbaine.

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