Vendredi, 24 avril 2026
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    Janik Bastien-Charlebois

    Sociologue et militante pour les droits des personnes intersexes

    Comment veux-tu qu’on t’identifie?
    Janik Bastien-Charlebois : Je ne me sens pas particulièrement femme, mais je suis résolument féministe. Je peux dire que je suis agenre, mais ce n’est pas quelque chose que je mets beaucoup de l’avant, parce que je ne veux pas que ça crée de la confusion avec les questions intersexes. Les personnes intersexes ne sont pas toutes non binaires ou agenres.

    Est-ce qu’il y a eu une expérience qui a déclenché ton activisme?
    Janik Bastien-Charlebois : Le début de mon activisme n’était pas comme personne intersexe, mais comme lesbienne. C’était en 1997. J’avais 21 ans et je ne suis pas juste sorti.e du placard, j’ai donné de grands coups de pied dedans! Je me suis impliqué.e dans le GRIS après avoir lu un article de Fugues qui en parlait. Le déclic intersexe, ça a été plus tard.

    Comment ça s’est fait?
    Janik Bastien-Charlebois : Plus jeune, je ne me suis jamais identifié.e comme étant intersexe, mais je disais : « Je suis sensible à cette expérience-là, parce que j’ai moi-même subi une chirurgie à la fin de mon adolescence. » Les récits que j’avais de personnes intersexes étaient plus dramatiques que le mien. Quand j’ai discuté avec [le fondateur d’Organization Intersex International] Curtis Hinkle, il a interprété mon expérience comme étant bel et bien intersexe. J’ai fait : « OK, oui, c’est légitime. » J’avais l’impression qu’un coming out comme personne intersexe, ça me mettrait un projecteur entre les deux jambes; je l’ai fait par petites étapes. Mais c’est crucial de se retourner contre la pathologisation, de dire : il n’y a rien de négatif avec notre corps. Notre corps exprime une diversité des possibles.

    Quels sont les défis de l’activisme intersexe?
    Janik Bastien-Charlebois : On veut l’arrêt des interventions chirurgicales non consenties. Il appartient à chaque personne de décider de son corps. Pour y arriver, on doit convaincre les législateurs. Mais les législateurs écoutent les médecins… et les personnes qui subissent des interventions actuellement ont deux, trois, cinq ans, elles ne peuvent pas militer. Donc, le gros de notre activisme consiste à consulter la littérature médicale, à l’analyser. C’est long, c’est très underground et il y a une question de rapports de pouvoir. Il y a aussi très peu de connaissances sur nos expériences.

    Crois-tu que la communauté LGBTQ+ plus large comprend et soutient les luttes intersexes?
    Janik Bastien-Charlebois : Je vois de plus en plus de sensibilité, mais pour qu’une personne alliée puisse être efficace, elle doit apprendre beaucoup. C’est un activisme extrêmement lourd, parce qu’il y a énormément de travail à faire.

    Qu’est-ce qui te motive?
    Janik Bastien-Charlebois : Je ne sais pas — le feu sacré! Je veux au moins rendre la violence médicale visible — son discours, sa façon de nous traiter. Je pense qu’à moyen ou long terme, ça pourrait être bénéfique pour beaucoup de communautés.

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