Un rapport historique du Synode donne la parole à des catholiques gais qui affirment que ces pratiques dangereuses ont aggravé leur honte, leur isolement et leur détresse spirituelle.
Quelques semaines seulement après que la Cour suprême des États-Unis eut invalidé l’interdiction des thérapies de conversion pour mineurs au Colorado, dans une décision 8 contre 1 qui fragilise des lois similaires à travers le pays, un rapport publié par l’Église catholique reconnaît que les soi-disant « thérapies réparatrices » ont causé une « profonde souffrance » et des blessures spirituelles chez les catholiques LGBTQ+.
Le document émane d’un groupe de théologiens réunis dans le cadre du Synode des évêques lancé sous le pontificat du défunt pape François. Fait remarquable, le rapport inclut les témoignages de deux hommes catholiques gais mariés à des partenaires de même sexe, tous deux ayant subi des thérapies de conversion. Une première saluée par plusieurs militants.
« C’est la première fois qu’un rapport du Vatican inclut les histoires de catholiques LGBTQ. À ce titre, il s’agit d’un pas important dans la relation entre l’Église et la communauté LGBTQ », a écrit le père James Martin, fondateur du groupe catholique LGBTQ+ Outreach, sur le site de son organisation.
Le rapport provient d’un groupe d’étude du Synode chargé de réfléchir à une plus grande participation au sein de l’Église. Le document soulève notamment des inquiétudes quant aux effets négatifs des tentatives visant à modifier l’orientation sexuelle des croyants sur leur cheminement spirituel.
Les témoignages d’un homme gai américain et d’un autre portugais ont été recueillis dans le cadre du processus « d’écoute » au cœur du Synode. L’Américain raconte notamment son passage au sein de Courage, un organisme catholique encourageant la chasteté chez les personnes attirées par des personnes du même sexe. Le rapport qualifie d’ailleurs l’adhésion à ce groupe de « problématique ».
Le document ne va toutefois pas jusqu’à condamner entièrement ce type de ministère et reconnaît que ces groupes tentent d’offrir un accompagnement pastoral à des catholiques souvent marginalisés.
« Toutefois, cela met aussi en lumière les nombreux malentendus présents dans la communauté chrétienne, enracinés dans des attitudes homophobes et transphobes », peut-on lire dans le rapport.
Le témoignage du participant portugais décrit également les « effets dévastateurs des thérapies réparatrices visant à retrouver l’hétérosexualité ». Selon lui, on lui avait conseillé de « trouver la paix » en épousant une femme — une démarche qui n’a fait qu’accentuer son isolement.
Il affirme que sa relation avec la foi ne s’est améliorée qu’après avoir découvert une communauté chrétienne inspirée de la spiritualité ignatienne, qui encourage les croyants à trouver Dieu dans tous les aspects de leur vie.
« Ce témoignage révèle la découverte que le péché ne réside pas fondamentalement dans la relation de couple entre personnes du même sexe, mais plutôt dans le manque de foi envers un Dieu qui désire notre épanouissement », indique le rapport.
En définitive, le document soutient que l’Église doit créer un environnement plus inclusif plutôt que d’éloigner les catholiques LGBTQ+ de la foi. Il affirme que la condamnation de l’attirance envers les personnes du même sexe et les tentatives de « réparer » l’orientation sexuelle ont contribué à une « profonde souffrance, à des blessures personnelles ainsi qu’à des expériences de marginalisation ou de “double vie” chez les croyants attirés par des personnes du même sexe ».
Le rapport reconnaît également l’existence d’un clivage persistant au sein de l’Église entre les partisans d’une approche pastorale plus inclusive et ceux qui privilégient ce qu’il appelle la « fermeté doctrinale ».
Le document ne modifie toutefois pas la doctrine catholique concernant l’homosexualité ou le mariage entre personnes de même sexe. Il rappelle à plusieurs reprises que l’accompagnement pastoral doit demeurer « pleinement conforme à l’enseignement de l’Église ».
Malgré ces limites, plusieurs défenseurs des droits LGBTQ+ au sein du catholicisme considèrent ce rapport comme une avancée importante, puisqu’il cesse de présenter principalement les personnes LGBTQ+ comme des sujets de condamnation.
« C’est un très bon document — je dirais même historique », a déclaré Yunuen Trujillo, ministre laïque lesbienne de Los Angeles, au Religion News Service. « Il invite encore tous les catholiques à participer à un processus de discernement respectueux des expériences vécues des personnes. »

