En octobre 2025, s’ouvrait la première Maison de la Diversité à Lyon pour des aînée.e.s accueillant ainsi une quinzaine de cohabitant.e.s âgé.e.s entre 50 et 75 ans. Un projet fou né en 2017 dans la tête de Stéphane Sauvé qui, après une carrière dans le milieu des aîné.e.s – il a été entre autres à la tête d’un EHPAD en France (équivalent d’un CHSLD ici) -, s’est rendu compte de la mise à l’écart et de l’invisibilité des personnes 2SLGBTQ vieillissantes.
Lors du symposium sur les réalités des aîné.e.s 2SLGBTQ+ organisé par la Fondation Émergence, Stéphane Sauvé, fondateur des Audacieuses & Audacieux a présenté cette Maison de la diversité, les écueils qui l’a dû surmonter pour qu’enfin la maison ouvre ses portes aux premiers habitant.e.s comme il se plaît à les appeler. Plus tard, autour d’un café, Stéphane Sauvé revient sur ce concept qui a mis plus de 13 ans à voir le jour.
D’où t’es venu cette idée de créer un espace pour les aîné.e.s de nos communautés ?
Stéphane Sauvé : En fait, je n’ai jamais été un militant comme on l’entend. J’ai eu une formation d’ingénieur, j’ai travaillé dans la finance et les télécoms et je suis devenu directeur d’EPHAD. C’est peut-être là que j’ai découvert la très faible visibilité des personnes LGBTQ+ parmi les personnes aîné.e.s. J’approchais la cinquantaine et je me demandais si je voulais vieillir comme cela, que l’on m’enlève toute autonomie et peut-être d’être obligé de cacher ce que je suis. Je me suis alors intéressé au vieillissement des personnes LGBTQ+, à regarder ce qui se faisait à l’étranger, entre autres en Allemagne ou dans le nord de l’Europe. J’ai pris contact avec la Fondation Émergence et j’ai eu plusieurs rencontres avec eux à Paris. Je me suis inspiré de la Fondation pour moi-même commencer des formations et réaliser des capsules vidéo sur le vieillissement LGBTQ+. C’est en faisant ce tour de piste que j’ai créé l’organisme les Audacieuses & Audacieux avec une idée simple, rendre les senior.e.s LGBT plus visibles, en offrant de la formation, en créant un lien social avec cette population. L’association regroupe aujourd’hui des adultes, jeunes ou moins jeunes, des LGBTI bien sûr, mais aussi des hétéros que j’appelle allié.e.s à l’échelle de la France et, bien entendu, ce projets d’habitats inclusifs et participatifs.

L’idée habitat inclusif et participatif sur papier semble simple, mais pour arriver à l’ouverture d’une première Maison de la diversité, le parcours a été parsemé d’embûches ?
Stéphane Sauvé : Bien sûr, dans un premier temps, nous avons défini quel type d’habitat nous souhaitions, comment en assurer la gestion pour qu’elle corresponde à nos objectifs de collégialité, de participation de celles et ceux qui s’y installeraient, en fait avec l’objectif que chacun et chacune conserve son autonomie, c’est-à-dire continue d’avoir la possibilité de choisir. On pouvait s’appuyer sur les expériences à l’étranger et, l’on s’entend, qu’elles sont peu nombreuses, et en France, à tous les niveaux qu’ils soient locaux ou nationaux, personne n’avait entendu parler des réalités des aîné.e.s de nos communautés. Il y avait bien quelques études mais qui n’étaient pas tellement sorties des universités ou des cercles plus militants. Je me suis dit : je n’ai jamais vraiment milité pour nos communautés. Si on veut inventer quelque chose pour nous, il faut le faire nous-mêmes. On ne peut pas attendre que les politiques publiques nous sauvent.
Pour arriver à nos fins, nous devions trouver de l’argent nous n’avions de quoi commencer le projet. De plus, contrairement au Québec ou au Canada, il n’y a pas la tradition de financer par des subventions les organismes et encore moins des projets d’immobilisation. J’ai dû donc prendre mon bâton de pèlerin et aller frapper à toutes les portes possibles. Les élu.e.s de la localité, bien évidemment, jusqu’à rencontrer la ministre responsable des Personnes âgées. C’était pour beaucoup une découverte et bien sûr pour ne pas avoir trop à s’engager, on revenait souvent sur le fait qu’une maison pour aîné.e.s LGBTQ serait comme créer un ghetto qui s’opposerait à la vision universaliste de la République versus le communautarisme. Ou encore, on trouvait le dossier intéressant, mais on n’y donnait aucune suite. Mais petit à petit au fil des rencontres, des portes commencent à s’ouvrir. C’est la mairie de Lyon qui s’est montrée la plus ouverte et on a pu trouver le financement et aller de l’avant avec l’aide de la Croix-Rouge-Habitat après l’échec de l’achat d’un premier bâtiment à Paris. C’est donc à Lyon, avec nos partenaires que l’on trouve le bâtiment et que l’on commence les travaux.
La Maison de la Diversité, ce n’est pas un accès à un logement mais presque une philosophie de vie pour celles et ceux qui décident de frapper à sa porte ?
Stéphane Sauvé : Comme je le disais, on veut privilégier la possibilité pour chacun et chacune de vivre dans un endroit sécuritaire où il et elle puisse s’épanouir sans avoir à se cacher ou à se justifier, mais aussi de pouvoir prendre des décisions sur leur propre vie et sur le vivre ensemble. Donc la Maison de la Diversité est avant tout un habitat que l’on veut participatif et inclusif. Je te donne en vrac les objectifs que nous avons atteint : 16 logements, des locations d’appartement entre 300 et 800 Euros, ouvert dès 55 ans, bien sûr la mixité sociale et la mixité générationnelle. Sur les 16 unités, une unité est réservée pour recevoir par exemple des ami.e.s, une autre pour accueillir un.e étudiant.e, le tout en privilégiant l’autogestion. Il faut un certain engagement de la part de celle ou celui qui pose sa candidature et qu’il ou elle se sente à l’aise avec ce type de fonctionnement et les valeurs que nous promouvons.
D’autres villes aujourd’hui semblent intéressées à se doter d’une Maison de la Diversité, Strasbourg et Nancy, s’appuyant sur l’expérience lyonnaise. Stéphane Sauvé n’a pas rangé son bâton de pèlerin pour convaincre des partenaires, des institutions à suivre l’exemple de Lyon, tout comme à faire rayonner l’association des Audacieuses & Audacieux, ayant sûrement fait sienne cette maxime : De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.
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