En devenant l’an dernier le premier membre ouvertement gai d’un groupe masculin de K-pop toujours en activité, BAIN a marqué l’histoire de la musique populaire coréenne. Douze mois plus tard, le chanteur de JUST B affirme ne rien regretter. Mais il estime que l’industrie continue d’entretenir un double discours : elle célèbre les artistes LGBTQ+… tant qu’ils demeurent discrets.
Lorsque BAIN a révélé publiquement son homosexualité, en pleine tournée nord-américaine de JUST B, plusieurs observateurs y ont vu un tournant historique pour la K-pop. Dans une industrie réputée pour son contrôle rigoureux de l’image de ses vedettes, où les relations amoureuses elles-mêmes sont souvent découragées par les agences, le coming out d’un membre d’un groupe masculin en pleine activité semblait impensable il y a encore quelques années. Aujourd’hui, le chanteur affirme avoir trouvé une liberté qu’il ne soupçonnait plus.
« Cette fois, je montais sur scène en étant simplement moi-même »
Dans une récente entrevue accordée à Pop Base, BAIN est revenu sur la différence entre sa dernière tournée avant son coming out et celle qu’il vient de terminer. « L’an dernier, je montais sur scène avec un secret plus lourd que je ne voulais l’admettre. Cette année, je montais sur scène en portant simplement qui je suis. Quand on passe une grande partie de sa vie à censurer sa propre existence pour mettre les autres à l’aise, on finit par oublier à quoi ressemble sa véritable voix. Cette tournée a été la première où je l’ai entendue clairement. Pas une version soigneusement contrôlée. Simplement moi. »
Des propos qui résonnent bien au-delà du monde de la K-pop et qui rappellent l’expérience de nombreuses personnes LGBTQ+, pour qui le coming out ne représente pas une transformation, mais plutôt la fin d’un rôle imposé.

Les artistes queer ont toujours existé
BAIN estime également que les mentalités commencent lentement à évoluer. Interrogé sur l’émergence de nouveaux artistes ouvertement LGBTQ+, comme Cocona, du groupe XG, l’ancien membre transgenre de JWiiver Ryujin, ou encore le groupe non genré XLOV, il refuse toutefois de parler de révolution. « Les artistes queer ont toujours existé », rappelle-t-il. « Ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas leur existence, mais leur possibilité d’être visibles sans devoir vivre dans la peur ou s’excuser d’être eux-mêmes. »
Selon lui, les plus jeunes découvrent aujourd’hui des possibilités que sa génération n’avait jamais imaginées. Pour plusieurs admirateurs LGBTQ+, cette visibilité nouvelle ne crée pas une communauté : elle révèle enfin une réalité longtemps maintenue dans l’ombre.
Une visibilité encore très fragile
Si BAIN se montre optimiste, il reconnaît que l’industrie demeure profondément ambivalente. Après son coming out, une grande chaîne de télévision coréenne lui a demandé une entrevue exclusive. L’entretien a bien été enregistré. Toutes les questions ont reçu une réponse. Puis… plus rien. À ce jour, l’émission n’a jamais été diffusée. « Cette expérience m’a fait réfléchir », explique-t-il. « J’ai parfois l’impression que la société célèbre le courage des personnes LGBTQ+ en théorie, mais devient beaucoup plus silencieuse lorsqu’il s’agit de leur accorder une véritable place dans l’espace public. »
Loin d’exprimer de l’amertume, BAIN préfère y voir un signe que beaucoup de chemin reste encore à parcourir. « Reconnaître ce silence est souvent la première étape pour le faire disparaître. »
Une industrie en pleine contradiction
Ces propos mettent en lumière le paradoxe de la K-pop. Jamais les groupes coréens n’ont bénéficié d’une aussi grande visibilité internationale, ni attiré un public aussi diversifié. Les communautés LGBTQ+ comptent d’ailleurs parmi les plus fidèles admirateurs de nombreux groupes de K-pop.
Pourtant, en Corée du Sud, très peu d’idoles osent encore faire leur coming out. Les artistes LGBTQ+ demeurent extrêmement rares dans l’industrie, où les agences de gestion exercent un contrôle serré sur la vie privée de leurs vedettes et où les questions liées à la diversité sexuelle restent souvent considérées comme sensibles.
Même si la Corée du Sud n’interdit pas l’homosexualité, le mariage entre personnes de même sexe n’y est toujours pas reconnu, et les débats sur les droits LGBTQ+ continuent de diviser l’opinion publique.
Une nouvelle génération plus visible
Pour BAIN, le changement est néanmoins amorcé. Les artistes queer ne demandent pas un traitement particulier, dit-il. Ils souhaitent simplement pouvoir exercer leur métier sans avoir à cacher une partie de leur identité.
Son propre parcours démontre que cette évolution est possible. Il y a un an, son coming out faisait la manchette partout dans le monde. Aujourd’hui, il espère que la véritable nouvelle ne sera plus qu’un artiste LGBTQ+ ose être lui-même, mais que cela cesse enfin d’être un événement exceptionnel.
À mesure que de nouvelles voix queer trouvent leur place dans la K-pop, le véritable défi ne consiste plus à prouver qu’elles existent. Il est désormais de leur permettre d’occuper pleinement la scène, sans compromis, ni censure.

