Mercredi, 20 mai 2026
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    Dua Saleh affronte la réalité avec son deuxième album

    Peut-être reconnaissez-vous le visage de Dua Saleh. L’artiste soudano-américain.e a interprété le rôle de Cal dans la populaire série britannique Sex Education, diffusée sur Netflix. Mais si Dua Saleh porte parfois le chapeau d’acteur.rice, iel baigne principalement dans le monde de la musique rap et R&B. À la mi-mai, Dua Saleh a dévoilé un deuxième album, Of Earth & Wires, qui inclut, entre autres, non pas une, mais deux collaborations avec Bon Iver. Après un passage au festival Osheaga l’année dernière, l’artiste sera de retour à Montréal le 19 septembre au Ritz PDB.

    Qu’est-ce qui a mené à la création de ce nouvel album?
    Dua Saleh : Pour ce nouvel album, j’ai beaucoup pensé au Soudan. J’étais en quelque sorte en plein processus de deuil, de manière générale. Je pensais beaucoup à la maison, à ma ville natale au Soudan, mais aussi à ma vie et à mon exil en Érythrée, et au fait d’avoir dû vivre tout cela. Une grande partie de l’album s’inspire donc — du moins visuellement — de cette esthétique désertique. Les photos ont été prises à Los Angeles, qui est aussi une maison pour moi. Une grande partie de l’album s’articule autour de ça, en faisant référence à tous les endroits où j’ai vécu. J’ai aussi été inspiré.e par mon séjour au pays de Galles, notamment dans le simple « Flood » (avec Bon Iver).

    Comment s’est passée la création de « Flood », collaboration avec Bon Iver?
    Dua Saleh : [Ça s’est fait], je crois, vers 2019-2020, quand tout a en quelque sorte éclaté en même temps : la guerre au Soudan, la pandémie de coronavirus, la prolifération de la guerre technologique via l’IA, les bombardements par drones… Tout ça se passait. D’un point de vue thématique, ça avait aussi du sens que « Flood » (inondation) porte ce titre-là. Je pensais à l’environnement et à toute cette destruction de cette belle planète. J’ai l’air d’un.e artiste indie qui râle, qui parle de capitalisme et tout ça, mais c’est en gros juste mon grand album du : « Oh mon Dieu, j’ai vraiment trop peur de tout ». Littéralement. [D’ailleurs, pendant la création de « Flood »], je ne voulais pas aborder ce qui se passait au Soudan ni le décès de ma grand-mère causé par la violence institutionnelle. Nous essayions de la convaincre de venir ici, mais elle ne voulait pas partir parce que, je ne sais pas, j’ai l’impression qu’elle ne voulait tout simplement pas se couper de sa culture. Ça a été très difficile à vivre. Ma famille est politiquement active au Soudan, surtout mon père, pour une raison ou une autre. J’en suis fier.ère, mais ça fait aussi de ta famille une cible. C’était très difficile à gérer dans l’ensemble. Plusieurs personnes te connaissent pour ta participation à la série Sex Education.

    Cela t’agace-t-il qu’on t’associe toujours à ce projet?
    Dua Saleh : Pour être honnête, j’en suis très reconnaissant.e. Ça ne me pose aucun problème. Mais ça rend tout le monde un peu plus effronté. Les gens sont tellement obsédés et incroyablement bizarres, et je ne sais tout simplement pas comment gérer ça. J’ai reçu des menaces de mort, ça aussi c’est assez intense. Et puis, les gens sont très intenses et confus à propos de mon genre, assez souvent je trouve. Peu importe. À part ça, c’est plutôt cool.

    Sens-tu que l’interprétation — l’« acting » — t’aide dans ton processus créatif musical?
    Dua Saleh : J’ai l’impression que ça m’a peut-être aidé.e à faire le tri parmi toutes sortes de sentiments et de prises de conscience concernant mon propre traumatisme lié au genre, tant dans le passé qu’aujourd’hui. Je pense que ça m’aide aussi pour les clips musicaux. Avant, je me faisais critiquer par des haters britanniques — sans doute des transphobes, soyons francs — pour mon jeu dans Sex Education. Mais je me suis amélioré.e, et j’ai attrapé la piqûre du métier sans même m’en rendre compte.

    Tu as été de passage à Osheaga l’année dernière. Que te rappelles-tu de ton passage à Montréal?
    Dua Saleh : Osheaga a été mon festival préféré parmi tous ceux où j’ai joué. J’avais vraiment l’impression de voir le public surgir de nulle part. C’était un silence de mort, on aurait dit qu’il n’y avait personne, c’était plutôt désert. Et puis tout à coup [quand la musique a commencé], tout le monde était là. Je me suis dit : « Holy shit, what the fuck? »

    J’ai l’impression qu’ils ont tout simplement compris, qu’ils ont saisi l’ambiance. C’est tout.

    INFOS | Of Earth & Wires, de Dua Saleh, qui sera de retour à Montréal le 19 septembre au Ritz PDB.

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