Un soir d’août 2024, au coin d’une rue dans le Mile End, une lesbienne de 50 ans a vomi dans la rue après avoir passé la soirée à fumer de l’herbe et boire du vin nature. Elle s’est sentie vivante et libre. Non loin de là, le 13 mai 2005, une lesbienne (âge inconnu) a trouvé un sac plein de bagels en faisant du dumpster diving. Elle les a distribués à un after-party, sauvant l’assistance d’un manque de glucides potentiellement dévastateur.
Ces tranches de vie savoureuses seraient restées des anecdotes entre amies, n’eût été le Lesbian Mapping Project (« projet de cartographie lesbienne »), un projet d’art participatif lancé à Philadelphie l’an dernier par l’artiste multidisciplinaire américaine Beth Schindler. Porté par un réseau informel d’artistes lesbiennes et un gabarit facile à reproduire, le projet a fait des petits à Montréal, New York et Barcelone, entre autres villes.
Beth Schindler est une artiste et galeriste basée à Austin, au Texas. L’an dernier, elle est allée à Philadelphie dans le cadre d’une résidence offerte aux artistes lesbiennes de 40 ans et plus par le Dyke+ ArtHaus, un centre artistique pour la communauté lesbienne, queer, trans et féministe.
Un jour, elle est allée consulter l’archive gaie et lesbienne de la ville. De là, elle est partie faire une visite autoguidée de Philadelphie, à partir des suggestions sur une carte interactive offerte à l’archive.
Les histoires qu’elle découvre en parcourant les sites historiques « ne sont pas toutes tragiques, tristes, traumatisantes, mais elles le sont en bonne partie », raconte-t-elle en entrevue. « Les groupes marginalisés sont souvent représentés, en particulier dans les archives, à travers ces tragédies, ces événements vraiment horribles, alors que, oui, c’est arrivé, mais nous sommes bien plus que ça. » Elle avait envie d’utiliser le format des affiches de sites historiques pour raconter des histoires de légèreté et de joie. Elle a fait appel à ses contacts et aux amies d’amies, et a préparé une grosse batch de colle de farine. Le Lesbian Mapping Project était né.
Elle voulait contrecarrer le stéréotype selon lequel les lesbiennes n’ont pas d’humour, qu’elles sont renfermées, « face de bœuf » (elle apprend l’expression pendant notre conversation) ou réduites à leur sexualité. « J’adore être gaie. Je sais que c’est un privilège de pouvoir dire ça, mais… il y a tellement de joie, de ridicule, de plaisir, d’humour, de sensualité. »
Plus tard le même été, elle rend visite à des amies à Montréal, dont des membres du groupe électro-folk queer Lesbians on Ecstasy, qui font de la joie lesbienne leur marque de commerce depuis plus de 15 ans. Le projet a tout de suite résonné avec Bernadette Houde, restauratrice, artiste multidisciplinaire et cofondatrice du groupe. « Ce sont des histoires drôles, ridicules, c’est vraiment le fun de voir ta culture représentée de cette façon ! » Bien que dans certaines autres villes, les affiches prennent des libertés avec la vérité, Bernadette Houde précise que les histoires montréalaises sont toutes vraies.
Lesbians on Ecstasy remonte sur scène le 21 juin prochain – pour la première fois en plus de dix ans ! – à La Sotteranea, dans le cadre du festival Suoni per il Popolo. Le 22 juin, dans le cadre du même festival, Beth Schindler présentera son installation vidéo 6 Tits and a 12-Pack, une célébration de l’amitié queer. « On va potentiellement en profiter pour faire un événement pour recueillir des histoires, parce que quand les gens nous voient, elles disent : “Oh, oh, j’ai une histoire !” », dit Bernadette Houde. « C’est important pour les gens queers d’avoir du fun, parce qu’on sait que les gens vivent des choses dures en ce moment. »
INFOS | Le Festival Suoni Per Il Popolo https://suoniperilpopolo.org

