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Barbara Forever : filmer le désir lesbien pour sortir de l’invisibilité

Dès les premières images de ce documentaire, la réalisatrice américaine Barbara Hammer n’hésite pas à se mettre à nu, littéralement. « Ma vie a été vécue en film », avoue-t-elle, à l’image de ses nombreux films-performances où elle se met en scène. On suivra ainsi son parcours en images.

Elle commence à faire des films en Super 8 à l’âge de 27 ans, alors qu’elle est mariée à un homme. Dans la Californie des années 70, les expérimentations se déroulent autant dans sa vie réelle que sur pellicule, animées par un désir d’expression artistique. Dans la foulée de la révolution sexuelle et de la deuxième vague du féminisme, elle quittera son mari et découvrira le monde lesbien, qu’elle documentera abondamment. « Je crée une histoire lesbienne dans un monde où nous sommes invisibles », explique-t-elle en dévalant le Walk of Fame, à Hollywood, sa ville natale, où les noms ne renvoient qu’à des hétéros.

Barbara Forever est à l’image du parcours de Barbara : « Un film lesbien ne va pas suivre une histoire traditionnelle », puisqu’il ne se conforme pas au langage qui a jadis réduit les queers au silence. Rapidement, le spectateur comprend que le documentaire biographique qu’il regarde flirte inévitablement avec le cinéma expérimental, à l’image de la pratique de Hammer : surimpressions, fondus enchaînés, montage (récompensé par le prix Jonathan Oppenheim 2026 à Sundance), voix hors champ (celle de Barbara elle-même, à partir de ses journaux audio). Il est d’ailleurs surprenant, ou peut-être pas, de constater que le film a été produit par Kristen Stewart. Sans conteste, Hammer a inspiré la jeune actrice lesbienne qui, aux côtés de Dylan Meyer et Maggie McLean, participe au projet en tant que productrice exécutive par l’entremise de sa société de production Nevermind Pictures. Récipiendaire du prestigieux Teddy Award du meilleur documentaire au Festival du film de Berlin, Barbara Forever, réalisé par Brydie O’Connor, exprime sans pudeur l’univers de Hammer, à l’image de sa pratique : « Toucher le corps d’une femme a changé ma vie; ça devait être montré. » On y retrouve ainsi de nombreux extraits de ses films les plus sexuellement explicites, dont le révolutionnaire Dyketactics (1974), premier film explicite sur la sexualité lesbienne réalisé par une lesbienne, sans oublier son premier long métrage, Nitrate Kisses (1992).

Puisque Barbara Hammer est décédée d’un cancer des ovaires en 2019, Barbara Forever se regarde comme un testament lesbien où la forme et le propos sont en constante corrélation. On y retrouve Barbara qui fait le « ménage » de ses archives personnelles — artefacts, pellicules — avec sa compagne Florrie Burke. C’est aussi l’occasion de témoigner de son art et de réfléchir à son héritage artistique, féministe et lesbien, tout à fait singulier.

INFOS : À voir lors du 39e festival image+nation, qui se déroulera du 19 au 29 novembre
Billetterie : https://image-nation.org

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