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LABRADOR — AUTOPSIE DU SILENCE : Le Grand Nord en territoire de désir, de violence et de non-dits

Avec Labrador — Autopsie du silence, Rodrigue Jean revient avec un film québécois aussi ambitieux dans sa forme que dans les questions qu’il soulève. À partir d’un meurtre commis sur un cargo naviguant vers les communautés inuites du Grand Nord, le cinéaste construit un thriller où l’enquête devient progressivement l’autopsie d’un univers traversé par le colonialisme, les rapports de classe, le racisme, la masculinité et un désir qui ne peut s’exprimer ouvertement.

Un cargo effectue son dernier ravitaillement de l’année vers les communautés inuites du Nord. La mer est hostile, une tempête fait rage et l’équipage vit dans l’espace clos du navire lorsqu’Alex, le cuisinier, est retrouvé assassiné.

Les soupçons se portent rapidement sur Alupa, mécanicien inuk qui entretenait avec la victime une relation clandestine. Ce point de départ pourrait appartenir à un polar classique. Rodrigue Jean choisit pourtant de défaire progressivement les certitudes plutôt que de simplement rechercher un coupable.

En racontant les événements à rebours, le cinéaste remonte vers ce qui précède le crime et révèle peu à peu les tensions qui traversaient le navire. Le meurtre devient ainsi le point d’arrivée d’un ensemble de rapports de force beaucoup plus anciens.

Au centre se trouve évidemment la relation entre Alupa et Alex. Le caractère secret de leur liaison ne relève pas seulement de l’intimité : il prend une autre dimension dans cet environnement essentiellement masculin, hiérarchisé et isolé. La sexualité, le désir et la possibilité même d’une relation entre deux hommes viennent s’inscrire dans un espace où chacun occupe déjà une place déterminée par son travail, son origine et son statut.

Christopher Angatookalook incarne Alupa, tandis qu’Alexandre Landry prête ses traits à Alex. Autour d’eux, le cargo devient presque un microcosme des rapports entre le Nord et le Sud, entre Autochtones et non-Autochtones, entre ceux qui commandent et ceux qui exécutent.

Cette manière de partir des corps et des rapports humains pour rejoindre des questions sociales plus vastes s’inscrit naturellement dans le cinéma de Rodrigue Jean. Depuis Full Blast jusqu’à L’amour au temps de la guerre civile, le réalisateur n’a jamais hésité à regarder là où le cinéma québécois s’aventure moins souvent, particulièrement du côté des marginalités, de la sexualité masculine et des mécanismes d’exclusion.

Avec Labrador — Autopsie du silence, il adopte cette fois les codes du thriller tout en les détournant. La question n’est bientôt plus seulement « qui a tué Alex? », mais ce que son meurtre révèle de tous ceux qui l’entouraient — et de ce qu’ils avaient intérêt à taire.

Le film a connu une première mondiale particulièrement remarquée au Festival de Tribeca, où il a remporté le prix du meilleur long métrage international. Une reconnaissance importante pour une œuvre québécoise qui semble avoir trouvé dans le suspense une manière particulièrement efficace de faire surgir ce que son titre annonce : une autopsie non seulement d’un meurtre, mais du silence qui l’a rendu possible. Voilà assurément l’un des rendez-vous québécois majeurs de cette édition d’Image+nation.

INFOS : À voir lors du 39e festival image+nation, qui se déroulera du 19 au 29 novembre. Le film sera présenté le 21 novembre à 21h00, Sir George Williams Alumni Auditorium (H110) | Concordia University 1455 Boul. de Maisonneuve O. Montréal, QC H3G 1M8 (métro Guy-Concordia). BILLETS
Billetterie : https://image-nation.org

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