Publicité

L’Effet Papillon : quand un petit geste fait une grande différence

Cher·ère·s lecteur·rice·s, cette année, la SDC du Village a remporté le prix ÉDI+ de la Fondation Émergence, dans la catégorie des petites et moyennes organisations. Cette reconnaissance nous fait plaisir, bien sûr, mais elle nous rappelle surtout pourquoi nous faisons ce travail : pour que l’inclusion ne soit pas qu’une valeur affichée, mais une réalité qui se construit au quotidien.

Cette réflexion me revient particulièrement en novembre, alors que nous soulignons le Jour du souvenir trans. Chaque année, cette journée nous force à nous arrêter pour honorer la mémoire des personnes trans et non binaires victimes de violence et pour nous rappeler une réalité beaucoup plus difficile à regarder en face : malgré les avancées des dernières décennies, pouvoir vivre librement et en sécurité n’est toujours pas acquis pour tout le monde.

Dans le Village, cette réalité nous interpelle particulièrement.

Nous aimons dire que notre quartier est inclusif. Nous en sommes fier·ère·s. L’ouverture, la diversité et la liberté d’être soi-même font partie de son histoire et de son identité. Mais porter cet héritage vient aussi avec une responsabilité : celle de continuer à mériter ces mots. Et pour les mériter, il faut passer de la parole aux actes.

C’est exactement ce que nous avons voulu faire avec L’Effet Papillon.

Le projet est né d’une collaboration avec Aide aux trans du Québec et Cossette autour d’un enjeu qui peut sembler tout simple : que se passe-t-il lorsqu’une personne trans ou non binaire doit présenter une pièce d’identité qui ne correspond pas nécessairement à son apparence, à son prénom ou à son identité?

Pour plusieurs d’entre nous, présenter une pièce d’identité est un geste banal. On la sort de son portefeuille, on la montre, on la range et on poursuit sa soirée. Pour d’autres, ce geste banal peut devenir un moment de stress, d’explication, de malaise ou d’humiliation.

Alors, plutôt que de simplement dire aux commerces « soyez inclusifs », nous avons cherché une solution.

L’Effet Papillon propose notamment un petit outil permettant d’indiquer discrètement le pronom à utiliser lors de la vérification d’une pièce d’identité. Autour de cet outil, il y a surtout un travail de sensibilisation auprès des commerces et des personnes qui vérifient ces pièces : apprendre à mieux accueillir, à déconstruire certains réflexes et à éviter qu’une interaction de quelques secondes devienne inutilement blessante.

Ce n’est pas une révolution technologique. C’est un petit papillon. Mais parfois, changer les choses commence exactement comme ça. Par un geste simple qui oblige à regarder une situation différemment.

Et je pense que c’est précisément là que Cossette a compris quelque chose de fondamental dans ce projet. L’inclusion ne devait pas être le sujet d’une campagne. Elle devait devenir une expérience concrète, utilisable dans la vraie vie, dans nos commerces, entre deux personnes qui ne se connaissent pas.

« L’Effet Papillon est né d’une conviction simple : les grandes transformations commencent souvent par de petits gestes. La créativité peut faire plus que sensibiliser; elle peut donner aux gens des outils concrets pour changer une interaction, puis une habitude et, éventuellement, un milieu », souligne Chris Bergeron, vice-présidente, contenu de marque et conseillère spéciale, diversité, tendances et culture chez Cossette

Lorsque Cossette nous a présenté cette idée, nous n’avons pas hésité à embarquer. Parce que notre rôle, comme SDC, c’est aussi de faire en sorte que les bonnes idées trouvent leur place dans la vraie vie. Et de démontrer que nos commerces peuvent devenir de véritables moteurs de changement.

Aujourd’hui, ce petit papillon a dépassé les frontières du Village et inspiré son utilisation dans d’autres milieux, notamment dans certaines installations du réseau de la santé. Voilà ce que signifie, pour moi, passer de la parole aux actes.

Vous souhaitez contribuer à faire connaître L’effet papillon et distribuer des cartes dans votre milieu? Écrivez-nous à [email protected] pour recevoir plus d’information et vous joindre au mouvement! Crédit photo : Laetitia Clouzot

Et L’Effet Papillon n’est pas le seul exemple. Je pense évidemment à nos Allié·e·s du Village.

Depuis le début de ce projet, nous avons volontairement créé des équipes composées de personnes aux parcours, aux identités et aux réalités extrêmement différents. Sur le terrain, une femme trans peut travailler en duo avec un homme ayant vécu la marginalisation. Une personne non binaire peut partager ses journées avec quelqu’un qui n’avait peut-être jamais rencontré ouvertement une personne non binaire auparavant.

Au départ, il peut y avoir des questions. De l’inconnu. Des maladresses aussi. Puis les journées passent. On ramasse des déchets ensemble. On déplace du mobilier. On règle un problème avec un commerçant. On rit. On se raconte nos vies. On apprend à connaître l’autre.

Et quelque chose change. Nous avons vu des collègues qui, quelques mois auparavant, connaissaient très peu les réalités trans, devenir les premiers à intervenir lorsqu’un commentaire transphobe était lancé dans l’espace public.

Pas parce qu’ils avaient lu une politique d’inclusion. Parce que la personne visée était devenue leur collègue. Leur amie. Leur alliée. Pour moi, c’est peut-être l’une des plus belles choses que nous ayons créées avec ce projet. L’inclusion n’est plus théorique. Elle a un visage.

C’est aussi ce que nous voulons encourager chez nos membres. Former les équipes, revoir certaines pratiques, réfléchir à la manière dont on accueille une clientèle, créer des environnements où personne n’a à se demander avant de franchir une porte : est-ce que je vais être respecté·e ici?

Ce ne sont pas toujours de grands projets. Et c’est justement le point.

On peut changer une politique d’embauche. On peut former une équipe. On peut revoir un formulaire. On peut mettre à disposition des toilettes non genrées. On peut apprendre à utiliser les bons pronoms. On peut intervenir lorsqu’on entend une remarque transphobe plutôt que de détourner le regard.

On peut surtout écouter les personnes concernées.

C’est ce que Victoria Legault et toute l’équipe d’Aide aux trans du Québec nous rappellent constamment. Être allié·e ne consiste pas à décider à la place des communautés de ce dont elles ont besoin. Ça commence par leur faire une place à la table, écouter leur expérience et construire avec elles.

« Pour les personnes trans et non binaires, l’inclusion se joue souvent dans des gestes que d’autres considèrent comme minuscules : être appelé·e par le bon prénom, utiliser le bon pronom, pouvoir présenter une pièce d’identité sans avoir à se justifier. Quand ces gestes deviennent naturels, on ne fait pas seulement preuve de respect : on permet aux gens d’exister pleinement dans l’espace public », nous rappelle Victoria Legault, directrice générale d’Aide aux trans du Québec.

En ce mois de novembre, je pense aussi à toutes les personnes dont nous soulignons la mémoire lors du Jour du souvenir trans.

Et je refuse que notre seule réponse soit le souvenir. Se souvenir est essentiel. Mais si nous voulons réellement honorer celles et ceux que la transphobie nous a enlevé·e·s, notre responsabilité est aussi de nous demander ce que nous pouvons faire, ici et maintenant, pour que les prochaines générations grandissent dans un monde différent.

Je n’ai évidemment pas la prétention de croire qu’un petit papillon, une formation ou une équipe inclusive peut régler à lui seul les immenses enjeux auxquels font face les personnes trans et non binaires.

Mais je crois profondément à l’effet cumulatif des gestes.

Un commerce qui change une pratique. Une personne qui apprend. Une interaction qui se passe mieux. Un collègue qui devient un allié. Une organisation qui décide de faire les choses autrement. Puis une autre. Et encore une autre.

C’est peut-être ça, finalement, l’effet papillon qui m’intéresse le plus.

Celui qui commence par une petite action et qui finit par transformer une culture.

Le Village a toujours été un lieu de luttes, de rencontres, de revendications et de liberté. Cet héritage nous rend fier·ère·s, mais il ne nous donne aucun droit de tenir l’inclusion pour acquise. Au contraire, il nous oblige à continuer. À essayer. À apprendre. À nous tromper parfois, à corriger le tir et à faire mieux.

Parce qu’être un quartier inclusif n’est pas quelque chose que l’on peut simplement écrire sur une affiche. C’est quelque chose que l’on doit choisir de faire, chaque jour.

Et si chacune de ces petites actions peut en inspirer une autre, alors oui, je veux croire à l’effet papillon.

Encadré :

Vous souhaitez contribuer à faire connaître L’effet papillon et distribuer des cartes dans votre milieu? Écrivez-nous à [email protected] pour recevoir plus d’information et vous joindre au mouvement!

Crédit photo : Laetitia Clouzot (important de mettre le crédit pour ces deux photos du gala)

Abonnez-vous à notre INFOLETTRE!

Du même auteur

SUR LE MÊME SUJET

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Publicité

Actualités

Les plus consultés cette semaine

Publicité