Cher·ère·s lecteur·rice·s, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu cette phrase : « Le Village est mort. » Je la lis sur les réseaux sociaux. Je la lis sous les articles de journaux. Je l’entends dans des conversations. Et, je vais être honnête, il m’arrive même de la lire de la part de personnes qui aiment profondément le Village et qui souffrent de le voir traverser une période plus difficile.
Chaque fois, cette phrase me fait réagir. Pas parce que je crois que tout va bien — ce serait malhonnête de le prétendre. Comme plusieurs quartiers et plusieurs villes du Québec, le Village traverse des défis bien réels. Les enjeux de cohabitation, l’itinérance, les dépendances, la sécurité, les grands chantiers et les difficultés économiques de certains commerces occupent une place importante dans notre quotidien. Les commerçant·e·s les vivent, les résident·e·s les vivent et notre équipe les vit aussi.
Mais dire que « le Village est mort », c’est comme arriver au milieu d’un chantier, regarder les grues, les clôtures et la poussière, puis conclure que le bâtiment n’existera jamais. Moi, je vois exactement le contraire. Je vois un quartier qui est en train de se réinventer. Parce que le Village que je vois chaque matin en arrivant au bureau n’est pas seulement celui dont parlent les manchettes. Je vois les commerçant·e·s qui ouvrent leur porte chaque jour avec optimisme malgré les défis. Je vois les employé·e·s qui accueillent leur clientèle avec le sourire. Je vois les équipes des Allié·e·s du Village qui, beau temps, mauvais temps, prennent soin de notre milieu de vie avant même que plusieurs d’entre nous soient réveillé·e·s. Je vois des artistes qui créent, des bénévoles qui s’impliquent, des organismes qui accompagnent les personnes les plus vulnérables et des milliers de visiteur·euse·s qui repartent convaincu·e·s d’avoir découvert l’un des quartiers les plus accueillants de Montréal.
Je vois surtout une communauté profondément attachée à son quartier. Et c’est ce Village-là que j’aimerais que l’on regarde davantage. Parce que si je prends la plume aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour parler du Village d’aujourd’hui. C’est surtout pour parler du Village de demain.
Au cours des prochaines années, plus de 27 000 nouvelles personnes viendront habiter le Village et ses abords. C’est un chiffre qui peut sembler abstrait jusqu’à ce qu’on réalise qu’il représente l’équivalent d’une petite ville qui viendra progressivement s’ajouter à un quartier déjà dense, déjà vivant et déjà reconnu pour son caractère unique. Pour moi, cette croissance représente probablement la plus grande occasion de transformation que le Village ait connue depuis des décennies. Encore faut-il avoir l’ambition de la saisir.
La vraie question est donc toute simple : quel Village voulons-nous leur léguer?
La réponse commence déjà à prendre forme. Et depuis quelques semaines, je dois vous avouer qu’elle
m’enthousiasme encore davantage. Nous savons maintenant que le grand chantier de réaménagement de la rue Sainte-Catherine Est commencera à l’automne 2027 et qu’en 2030, nous retrouverons une artère complètement transformée, plus verte, plus conviviale, plus accessible et mieux adaptée aux réalités d’un quartier en pleine croissance. Et il y a une autre nouvelle qui m’a particulièrement réjouie : les Boules de Claude Cormier reviendront dans le Village. Elles ont marqué l’imaginaire collectif, fait le tour du monde en photos et sont devenues bien davantage qu’une installation suspendue au-dessus de Sainte-Catherine : elles font partie de notre identité.
Leur retour, accompagné d’une signalétique identitaire forte, est donc loin d’être anecdotique. Dans un monde où tant de rues commerciales finissent par se ressembler, je trouve profondément réjouissant que nous choisissions de faire exactement le contraire : assumer qui nous sommes, célébrer notre histoire et faire de notre différence une force. Et c’est probablement ce qui m’enthousiasme le plus dans ce qui s’en vient. Nous n’avons pas à choisir entre préserver l’âme du Village et le transformer. Nous pouvons faire les deux. Nous pouvons accueillir des dizaines de milliers de nouveaux·elles voisin·e·s, reconstruire complètement notre principale artère commerciale, verdir davantage nos espaces publics et adapter le quartier aux prochaines décennies, tout en conservant ce petit quelque chose qui fait qu’en arrivant dans le Village, on sait qu’on est dans le Village.
En 2030, le Village aura changé. Beaucoup. Mais il sera toujours le Village. Et quand on pense que nous sommes déjà en 2026, 2030, c’est demain. Les décisions qui se prennent aujourd’hui ne concernent donc pas un avenir lointain ou hypothétique. Le chantier est planifié, les investissements sont annoncés, les nouveaux projets résidentiels prennent forme et la transformation est déjà en marche. Cette réflexion prend évidemment un sens particulier alors que le Québec s’apprête à élire un nouveau gouvernement. Au cours des prochaines semaines, les partis politiques parleront de santé, de logement, d’éducation, d’économie, de transport et d’environnement. Toutes ces priorités sont essentielles. J’aimerais toutefois profiter de cette campagne pour adresser un message au prochain gouvernement du Québec, peu importe sa couleur politique. Lorsque viendra le temps de décider où
investir, j’espère que vous regarderez le Village autrement. J’espère que vous ne verrez pas uniquement un quartier qui fait parfois les manchettes pour les mauvaises raisons, mais plutôt l’un des plus importants moteurs économiques, culturels, communautaires et touristiques du Québec.
Le Village accueille chaque année des millions de visiteur·euse·s. Il fait vivre des centaines d’entreprises, attire des touristes du monde entier, soutient un écosystème culturel et communautaire unique et contribue au rayonnement international de Montréal. Pour d’innombrables personnes qui visitent notre métropole, il représente aussi un premier contact avec un Québec ouvert, créatif et inclusif. À une époque où les droits des communautés 2SLGBTQIA+ sont remis en question et parfois carrément attaqués dans plusieurs régions du monde, ce rôle prend une importance encore plus grande. Le Village n’est pas simplement une destination touristique. Il est un symbole qui rappelle que l’inclusion, la diversité et la liberté ne se limitent pas à de beaux discours. Elles prennent vie dans des lieux concrets, dans des quartiers où les gens peuvent être eux-mêmes, aimer librement et participer pleinement à la vie collective.
Mais investir dans le Village, ce n’est pas seulement préserver un symbole. C’est aussi faire un choix intelligent. Au cours des dernières années, nous avons vu qu’un même investissement pouvait produire des retombées multiples. Les Allié·e·s du Village en sont un excellent exemple. Ce projet est né d’un objectif simple : améliorer la propreté du quartier. Rapidement, il est devenu beaucoup plus que cela. Il a créé des emplois en réinsertion, renforcé le sentiment de sécurité, amélioré l’accueil des visiteur·euse·s, soutenu les commerçant·e·s et contribué à bâtir des ponts entre des réalités qui, trop souvent, s’ignoraient. C’est exactement ce que permet un investissement réfléchi : générer des
retombées économiques, sociales et humaines à la fois.
Nos vingt dernières années regorgent d’exemples semblables, de la piétonnisation estivale, qui célèbre cette année son vingtième anniversaire, au Festival Fierté Montréal, en passant par les commerces indépendants, les projets culturels et les organismes communautaires. Ces réussites ne sont jamais arrivées par hasard. Elles sont le résultat d’une vision, de collaborations et d’investissements constants.
Cette réalité, nos partenaires la constatent eux aussi. Simon Déry, directeur général de la Caisse Desjardins du Centre-Ville, résume d’ailleurs très bien cette conviction : « Le Village est un moteur économique, culturel et social essentiel pour Montréal. Soutenir sa vitalité, particulièrement pendant la Fierté, c’est investir dans un quartier qui incarne l’ouverture, la créativité et le vivre-ensemble. Nous sommes fier·ère·s d’accompagner la SDC du Village dans cette mission. »
Je suis convaincue que les vingt prochaines années peuvent être encore plus prometteuses que les vingt dernières et, pour une rare fois, nous pouvons déjà entrevoir très concrètement ce Village de demain. Les bases sont là. Les commerces sont là. Les organismes sont là. Les partenaires sont là. Plus de 27 000 résident·e·s sont attendu·e·s dans le secteur. Le réaménagement de Sainte-Catherine commencera à l’automne 2027. Les Boules reviendront. Une nouvelle signature identitaire prendra forme. Et en 2030, nous retrouverons un Village profondément transformé. Le mouvement est lancé.
Ce que je souhaite maintenant, c’est que le prochain gouvernement du Québec choisisse pleinement d’en être partenaire. Parce que les prochaines années ne doivent pas uniquement servir à refaire une rue. Elles doivent nous permettre de saisir cette occasion pour investir dans tout ce qui la fera vivre : nos commerces, notre culture, notre attractivité touristique, nos organismes, la cohabitation sociale, la sécurité et cette identité 2SLGBTQIA+ qui fait du Village un quartier unique au Québec. Parce que nous sommes véritablement à un point de bascule. Les décisions prises aujourd’hui façonneront le quartier pour les décennies à venir, et nous avons l’occasion de créer un Village encore plus inclusif, plus vert, plus prospère, plus sécuritaire et plus vivant. Une occasion comme celle-là ne se présente pas souvent. Depuis maintenant plus de cinq ans, j’ai le privilège de voir le Village dans ses plus grands moments de célébration, mais aussi dans ses journées les plus difficiles. Malgré les défis, je n’ai jamais cessé de croire à son potentiel.
Aujourd’hui, je ne demande pas au prochain gouvernement de sauver le Village. Le Village n’a pas besoin d’être sauvé. Il a besoin qu’on reconnaisse enfin ce qu’il est déjà : un moteur économique, un pôle culturel, un milieu de vie, un symbole d’inclusion et un quartier qui a encore tout son avenir devant lui. Alors, la prochaine fois que je lirai que « le Village est mort », je penserai à 2030. Je penserai à une nouvelle rue Sainte-Catherine remplie de monde, aux terrasses, aux arbres, aux commerces et aux nouvelles personnes qui auront choisi d’y vivre. Je penserai aux Boules qui flotteront de nouveau au-dessus de nos têtes et à cette identité que nous aurons choisi de préserver tout en transformant profondément le quartier. Et je me dirai exactement la même chose qu’aujourd’hui : le Village n’est pas mort. Il est en train de se réinventer. Maintenant, assurons-nous collectivement de lui donner les moyens de réussir cette transformation. Parce qu’investir dans le Village, ce n’est pas simplement investir dans un quartier. C’est choisir le Québec que nous voulons construire.

