Vendredi, 3 Décembre 2021
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    Ah! que la neige va neiger…

    Novembre. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai deux coups de blues par année. Le premier, vers janvier-février, quand il faut digérer le temps des Fêtes et le fait que l’hiver ne se terminera pas avant plusieurs mois. L’autre, en novembre, à la saison des morts, quand on sort dehors et que ça commence à «sentir» la neige…

    Là, sans crier gare, «ma vitre est un jardin de givre», pour reprendre le vers de Nelligan, alors que mes pneus d’hiver ne sont même pas posés! En deux temps trois mouvements de pelles, le Québec constate : «Ah! comme la neige a neigé!». Pas très poétique… Je ne haïs pas l’hiver, mais je n’aime pas l’hiver montréalais. Comme je suis une fille de la ville, les pentes enneigées des Laurentides m’appellent à l’occasion pour skier. Sauf pour le Festival Montréal en Lumière, qui me propose une séance de luminothérapie lors de mon second coup de blues, il faut dire que pour le mois de novembre, c’est mort.

    Parlant de mort : j’ai récemment effectué la visite guidée du Village gai de Montréal, créée à partir des collections des Archives gaies du Québec et élaborée en partenariat avec Fierté Montréal et l’entreprise de guidage touristique Spade & Palacio. Notre charismatique guide, Thom, nous a donc proposé de revisiter des lieux marquants pour les communautés LGBTQ+ de Montréal. Vous pourrez d’ailleurs repérer certains de ces endroits marqués de panneaux informatifs : la boutique Priape, le parc de l’Espoir et même la station de métro Beaudry qui a été, à ma grande surprise, pionnière – en 1999, l’édicule de la station de métro est devenu la première infrastructure publique du genre au monde à intégrer le design arc-en-ciel de Gilbert Baker en hommage à la communauté LGBTQ+.

    Tsé, Montréal, ville ouverte! Certes, ces temps-ci, le Village gai semble davantage ouvert à l’immobilier et aux condos… De mon point de vue, on est loin du Village gai que j’ai connu, avec le gigantisme du Complexe Bourbon, le Club Sandwich ouvert 24 heures, le Kilo au coin avec ses bons gâteaux et le Drugstore, toujours inégalé d’ailleurs, tant en termes d’architecture opulente que de vaste lieu de rencontre «pour femmes» et pour toute la communauté. Désolée, mais je trouve que le Village gai de Montréal fait dur! La COVID n’a pas aidé les commerçants, certes : c’est souvent désert, gris, morne et sale, et ça s’accentue avec la grisaille de novembre. Sans parler de la pauvreté et de l’itinérance. Bref, le paysage n’est pas très rose. Nous sommes loin de l’euphorie des «boules roses» et de celles aux couleurs irisées (ces 180 000 boules de l’œuvre « 8 nuances de gai» de l’architecte paysagiste Claude Cormier). Il est bien loin le Village gai de mes souvenirs…

    D’ailleurs, dites-vous «Village gai» ou «Village»?
    À priori, dans les années 80-90, les pionniers l’ont appelé «Village gai», terme générique pour revendiquer leurs droits et rendre hommage aux combats menés par les communautés LGBTQ+. Ensuite, peu à peu, le terme «gai» est devenu implicite. Puis, cette année, au nom de l’inclusivité, la SDC du Village, qui ne s’est jamais fait appeler historiquement «la SDC du Village gai», a décidé d’utiliser l’appellation «SDC Village Montréal». «Tu as peut-être l’habitude de m’appeler le “Village gai”. Mais en 2021, j’aimerais ça que ça change. Parce que l’inclusion et la diversité sexuelle et de genre, c’est très important pour moi. Me voici donc, je suis le Village de Montréal, le plus grand village 2SLGBTQ+ au MONDE!», a publié Village Montréal en mars dernier sur ses médias sociaux comme s’il était une personne en soi, infantilisant quelque peu son public – tout en l’éduquant, bien sûr, avec une définition de chacune des lettres de l’acronyme…

    Bref, pour être certain de ne froisser personne, on a enlevé le mot «gai». Clairement, ç’a dû froisser quelques gais… et gaies, etc. Pas très joyeux. Qui plus est, on n’a pas ajouté l’acronyme dans le nom, même si on s’est empressé de le définir. On a juste gardé «Village». On en est rendu là. À force de ne pas vouloir nommer les choses pour ne froisser personne, on n’est plus personne et les choses ne veulent plus rien dire. Sans compter que ça génère des confusions. L’ex-directeur général de la SDC Village Montréal, Yannick Brouillette, expliquait toujours en mars que «ça ne s’inscrit pas dans une campagne, ce n’est pas un changement de nom [pour tout le quartier] et on ne demande pas aux gens de dire : ‘‘Je m’en vais dans le Village 2SLGBTQ+ prendre un verre ce soir!’’». J’espère… Ceci dit, ces jeux de mots n’ont rien de concret. Et la confusion persiste…

    Le dialogue de cons*
    À savoir que le terme con est ici utilisé en toute inclusivité, sans égard au genre, à l’orientation sexuelle, etc. de la personne (en d’autres termes, tout le monde peut être con!)

    • On se rencontre dans le Village?
    • Lequel? À Saint-Donat ou à Sainte-Agathe?
    • Non non, le Village à Montréal.
    • Montréal, c’pas un village, c’t’une ville!
    • Oui, mais non, mais tsé, celui où il y a des personnes 2SLGBTQ+…
    • Ah! le Village gai?
    • Non. C’est JUSTE le Village!
    • Juste-le-Village?
    • Non non. On n’est pas dans Le diner de cons, là! «Juste» ce n’est pas un nom comme dans les villages français, mais c’est juste le Village, dans le sens de «uniquement».
    • «Uniquement»? Ah! donc le Village 2SLGBTQ+!
    • Non, juste le VILLAGE, c’est pas compliqué!
    • …Un peu, quand même.

    Et juste question d’en rajouter une couche. C’est appelé à changer, mais c’est dans les villages où j’ai eu le plus de difficulté à m’afficher, à tenir la main de ma blonde par insécurité. Faisons en sorte que le Village ne perde pas son caractère gai…

    Bref, comme le soulignait à juste titre mon collègue André C. Passiour, ce qui nous concerne tous, peu importe notre auto-identification, c’est «la concentration de la pauvreté, de la misère et de l’itinérance dans ce secteur qui est plus apparente que jamais.

    Sans compter que la sécurité est bien plus préoccupante que de retourner la question du Village gai, ou pas, qui est en train de se transformer en Village »d’insécurité » pour les commerçants, les résidants, les visiteurs, etc.» Mais faut croire qu’on s’occupe encore une fois davantage à jouer sur les mots qu’à poser des actions concrètes.

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