Dans le cadre de Danse Danse, (La) Horde s’installe à Montréal du 27 février au 7 mars prochain au Théâtre Maisonneuve avec sa dernière création Age of Content. À la tête de la compagnie, un collectif, Marine Brutti, Jonathan Debrower et Arthur Arel, qui signent Age of Content. Un spectacle qui ose dans tous les sens du terme. De la danse bien sûr, mais on brise tous les carcans et codes traditionnels. On pioche allègrement dans des styles actuels, comme le post-punk. On s’inspire de de la culture des clubs. Et on fait appel à d’autres formes d’expression comme le cinéma, avec les films d’action, les comédies musicales, ou encore les jeux vidéo. En phase avec ce que nous vivons aujourd’hui où les frontières entre le réel et le virtuel tendent à s’effacer. Rencontre.

Vos chorégraphies ont l’air de faire feu de tout bois… Que recherchez-vous ? Que souhaitez-vous laisser surgir ?
Collectif (La) Horde : Notre point de départ, c’est le monde tel qu’il est aujourd’hui. On s’inspire du contemporain, de ses tensions, de ses circulations, de ses contradictions. On voit le présent comme un continuum où le réel et le virtuel ne s’opposent plus. Internet n’est pas un ailleurs, mais une extension de nos corps, de nos imaginaires et de nos manières d’être ensemble, et cela traverse naturellement nos chorégraphies.
On pense aussi notre travail comme inscrit dans un paysage artistique partagé en mouvement permanent. Les interactions et les résonances avec d’autres visions nous façonnent et contribuent à faire émerger des discours, des esthétiques et des récits collectifs.
Dans notre processus de création, on prépare les pièces sur un mode participatif et toujours multi-référentiel : rien n’est laissé au hasard, parce qu’on travaille autant avec l’image, la musique, la lumière ou la scénographie qu’avec le mouvement. On vient de sensibilités plurielles, donc on aime s’interroger et déconstruire, pour ne pas produire un objet “fermé ».
Et puis il y a ce paradoxe qu’on revendique : un storytelling rigoureux qui pose des fondations, mais une exploration qui permet de faire émerger des formes imprévues : souvent, on trouve ce qu’on ne pensait pas chercher.

Vous êtes un trio à l’origine de chaque création). Comment se dessine un projet à trois ? Et comment vous vous retrouvez en accord à la fin ?
C(L)H : Au départ, ce n’était pas un geste idéologique : c’est venu d’un constat, et de la nécessité de créer une maison de partage, un seul corps créatif. A force de s’entraider, et de faire ensemble, est né le désir de créer quelque chose de plus grand que nous : on avait besoin d’un foyer commun, d’un espace pour exister sans être enfermés dans des cases individuelles.
À trois, on se nourrit énormément : on est critiques sur nos travaux, et ça nous pousse dans des zones où on ne serait jamais allé individuellement, c’est une vraie liberté d’écriture. Très concrètement, chacun explore des endroits différents, puis il y a une mise en commun de ce qu’on a glané ; on doit s’aligner sur ce qui a marqué nos explorations. Et si une proposition devient visible pour le public, c’est qu’elle a forcément été passée en revue par nos trois paires d’yeux.
Comment concilier la liberté de création avec les contraintes d’une grande institution comme le Ballet national de Marseille ?
C(L)H : On le vit d’abord comme une chance : le BNM est une compagnie permanente, et il y a très peu de lieux en France qui disposent de tels outils et d’un grand groupe d’artistes pour créer. Mais travailler avec une compagnie de ballet, c’est aussi hériter d’un langage physique historiquement structuré par la hiérarchie, le genre et la virtuosité. Notre enjeu a été de confronter cet héritage : le questionner, l’étirer, le déplacer.

Notre enjeu, c’est surtout d’ouvrir : ouvrir le lieu, faire évoluer les outils, et donner des clés aussi bien à des artistes confirmé·e·s qu’à celleux qui n’ont pas la possibilité d’écrire pour de grands ensembles. On essaie de garder une conscience très simple : il y avait des personnes avant nous, il y en aura après. Donc on prend soin de l’institution, on en est responsables. Pour nous, c’est un outil d’intérêt collectif à décloisonner et à se réapproprier.
Quand on est à la tête d’un endroit comme ça, il faut être dans le partage et l’invitation : cela passe par résidences, artistes invité·es, ouverture sur la ville, accueil de formes chorégraphiques et de pratiques multiples… pour étendre le champ de la création plutôt que le refermer, et permettre à des corps, des écritures et des communautés encore trop souvent invisibilisé·es dans de telles institutions d’y trouver leur place.
Dans le cadre de Danse Danse, Age of Content de (La) Horde – au Théâtre Maisonneuve, du 27 février au 7 mars 2026
INFOS : dansedanse.ca

