Dès sa première saison, Rivals a frappé fort en proposant une entrée en matière audacieuse, où scandales, trahisons et élans passionnels s’entrelaçaient sur fond de rivalité entre deux chaînes de télévision, dans une Angleterre des années 1980 aussi conservatrice que savoureusement kitsch. Un plaisir instantané et… absolument pas coupable.
La saison s’est terminée alors que Lord Tony Baddingham (David Tennant, délicieusement perfide) gisait au sol, la tête défoncée par Cameron (Nafessa Williams), sa productrice et amante à temps partiel. Fuyant la scène, Cameron est venue se blottir contre le torse musclé de Rupert Campbell-Black (un Alex Hassell plus voluptueux que jamais), qui s’est aussitôt éclipsé avec elle, laissant derrière lui une ultime conquête à qui il venait pourtant de jurer un amour éternel. Meurtre ? Non, puisque le premier épisode révèle d’emblée que Tony a survécu à ses blessures et reprend aussitôt ses manœuvres pour ramener Cameron dans ses filets.
Si la première saison de cette série Hulu regorgeait déjà de trahisons, de scènes épousant les mouvements de fesses musclées et d’hommes se dénudant pour un oui ou pour un non, la seconde n’est pas en reste ! C’est ainsi que, dès le premier épisode, trois athlètes se dévoilent dans leur plus simple appareil, scène suivie par une vue imprenable sur un slip bien rembourré, le tout se concluant par une double trahison. Les rivalités deviennent plus violentes, les relations sentimentales se complexifient, et les intrigues se multiplient dans une esthétique rococo-kitch où les conflits d’ego, de classe et de désir s’entremêlent allègrement.
Le bras de fer entre les deux empires télévisuels, Corinium et Venturer, vire à la guerre ouverte lorsqu’une vendetta féroce s’acharne à faire tomber Rupert Campbell-Black, pendant que celui-ci aiguise ses crocs aux côtés de ses fidèles complices, le journaliste Declan O’Hara (Aidan Turner) et l’homme d’affaires Freddie Jones (Danny Dyer). Un monde d’hommes ? Assurément, et la série ne fait pas semblant de l’ignorer. Elle aligne, tout au contraire, des figures féminines qui refusent de se laisser écraser, cognent à leur façon contre l’ordre établi et exposent, au passage, les mécaniques de domination toxique qui gangrènent ce petit théâtre absurde du pouvoir. Cette tension entre les codes sexistes des années 1980 et notre regard moderne constitue d’ailleurs un des points d’intérêt de la série, qui oscille constamment entre la satire et l’hommage, pilonnant à gros boulets les hiérarchies de classe et les structures de pouvoir.
Deux personnages gais alimentent par ailleurs cette critique sociale : Charles Fairburn (Gary Lamont), directeur des programmes chez Corinium, et Gerald Middleton (Hubert Burton), assistant parlementaire de Rupert. Les deux hommes sont en amour, mais ils ont conscience du carcan politique et social dont ils sont victimes. C’est ainsi que, au milieu d’une partie de jambes en l’air, l’échange suivant se déroule, non pas comme une accusation, mais comme une simple évidence mentionnée entre deux coups de hanche : « — Tu sais que je veux devenir député. — Oui, et c’est pour ça que tu vas épouser une femme que tu n’aimes pas et mettre tous tes principes de côté pour un parti politique qui prive les homosexuels du droit d’être considéré comme des êtres humains. »
La série carbure à un rythme effréné, enchaînant les répliques assassines et les saillies mémorables avec une efficacité comique redoutable. C’est ainsi que, lorsque l’ex-femme de Rupert surprend ce dernier en train de culbuter Cameron contre le grand miroir du salon, elle lance : « Tu es conscient que c’est une antiquité ? Et le miroir aussi est ancien ! »
Le scénario montre un côté vaudevillesque pleinement assumé, que l’on peut voir à l’œuvre notamment lors de la scène qui multiplie le concept d’amants dans le garde-robe avec une efficacité redoutable.
À l’encontre des productions aseptisées, la série revendique également une approche frontale de la sexualité, qu’elle filme sans détour. Les corps y sont tour à tour magnifiés ou désenchantés : athlétiques, désirables, presque iconiques — notamment celui d’Alex Hassell, qui est à décrocher la mâchoire — ou révélateurs d’une sexualité d’un vide abyssal que ni le pouvoir ni la réussite ne parviennent à combler. De réelles passions du cœur sont également à l’honneur, notamment chez Freddie et Lizzie qui, malgré le carcan de leur couple respectif, frémissent (et nous également) à chaque regard échangé. À la croisée de la satire sociale, du drame romantique et du pur spectacle, la série mêle la nostalgie des années 1980 — qui n’est pas sans évoquer un Dynastie sous stéroïde — à un regard contemporain, avec une écriture qui assume pleinement son goût pour le charnel, le kitsch et le spectaculaire. À l’image de la première saison, chaque épisode s’impose comme un véritable tourbillon de plaisir où excès, tensions et coups d’éclat s’enchaînent sans répit. Une chose est sûre : une troisième saison semble déjà se dessiner à l’horizon !
INFOS | Les 12 épisodes de la saison 2 de Rivals sont disponibles, en anglais et dans un excellent doublage français, sur Disney+.

