Lundi, 24 août 2026
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    Trump prétend avoir ordonné des «chirurgies inverses» aux personnes trans — une affirmation sans fondement

    Donald Trump affirme que des hôpitaux américains pratiquent désormais, « sur son ordre », des « chirurgies inverses » sur des personnes trans. Or, aucun décret présidentiel n’impose de telles interventions et l’expression elle-même ne correspond à aucune procédure médicale standardisée. Au-delà d’une nouvelle déclaration spectaculaire du président américain, l’épisode illustre surtout la place grandissante qu’occupent les personnes trans dans le discours politique républicain — et la confusion entretenue entre décisions médicales, détransition et politiques gouvernementales.

    « En fait, les hôpitaux pratiquent maintenant des chirurgies inverses sur mon ordre », a déclaré Donald Trump vendredi devant ses partisan·e·s réunis au Myrtle Beach Convention Center, en Caroline du Sud. « Ils font des chirurgies inverses. Personne n’avait jamais entendu parler de ça. »

    Le problème est qu’aucun ordre présidentiel ne demande aux hôpitaux américains de pratiquer des interventions chirurgicales pour « inverser » la transition de personnes trans.

    Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a effectivement multiplié les mesures visant à restreindre l’accès aux soins d’affirmation de genre, particulièrement chez les personnes de moins de 19 ans. Mais aucune de ces politiques n’oblige une personne trans à subir une intervention médicale ou chirurgicale pour revenir sur une transition.

    Pour Adrian Shanker, ancien haut responsable du département américain de la Santé sous l’administration Biden, cette déclaration montre justement les dangers de voir des responsables politiques intervenir directement dans les décisions médicales.

    « Je ne sais pas vraiment ce que le président Trump entend par “chirurgies inverses”, mais la réalité est qu’il devrait laisser les décisions médicales au patient et à ses fournisseurs de soins », a-t-il déclaré à The Advocate.

    La détransition existe, mais ce n’est pas une « chirurgie inverse »

    Une partie de la confusion pourrait provenir de récentes ententes conclues entre le département américain de la Justice et de grands réseaux hospitaliers.

    Le Texas Children’s Hospital et la Cleveland Clinic se sont notamment engagés à offrir ou à financer des services aux personnes qui, après avoir reçu certains soins d’affirmation de genre, souhaitent volontairement détransitionner.

    Ces services peuvent comprendre un changement ou l’arrêt d’un traitement hormonal, du soutien psychologique, des soins de fertilité ou, dans certains cas, des interventions reconstructives. Mais il n’existe pas une opération unique appelée « reverse surgery » permettant simplement d’« annuler » une transition.

    La détransition elle-même recouvre des réalités très différentes. Certaines personnes cessent de prendre des hormones, d’autres modifient leur identité sociale ou leur nom, certaines ont recours à des soins médicaux supplémentaires et d’autres n’entreprennent aucune démarche médicale.

    Surtout, les ententes conclues avec les hôpitaux n’obligent aucun patient à détransitionner.

    La Cleveland Clinic, par exemple, s’est engagée à consacrer deux millions de dollars à des services destinés aux personnes ayant reçu des interventions d’affirmation de genre avant l’âge de 19 ans et souhaitant par la suite détransitionner. L’établissement a toutefois précisé qu’il offrait déjà ce type de soins.

    Présenter ces services comme des chirurgies pratiquées « sur ordre » de Donald Trump transforme donc considérablement la réalité.

    Ce que Trump a réellement ordonné

    Les décisions de l’administration Trump vont plutôt dans la direction opposée : elles cherchent à empêcher ou à limiter certains traitements. Un décret signé en janvier 2025 demandait aux agences fédérales de tenter de retirer du financement aux institutions fournissant notamment des bloqueurs de puberté, des hormones ou certaines interventions chirurgicales aux personnes de moins de 19 ans. Certaines dispositions liées au financement ont depuis été contestées et bloquées devant les tribunaux.

    Plus récemment, les Centers for Medicare & Medicaid Services ont adopté une règle mettant fin au financement fédéral, par Medicaid et le Children’s Health Insurance Program, de certains soins d’affirmation de genre destinés aux mineur·e·s. Son entrée en vigueur est prévue le 13 octobre.

    Là encore, rien n’ordonne aux médecins de pratiquer une intervention chirurgicale.

    « Les décisions médicales devraient être prises entre les professionnels de la santé, leurs patients et leurs parents », rappellait cette semaine au magazine Advocate le Dr Demetre Daskalakis, aujourd’hui médecin-chef au Callen-Lorde Community Health Center de New York et ancien responsable des Centers for Disease Control and Prevention sous Joe Biden. « Je ne connais pas de situation où des non-cliniciens, comme le président, ordonnent des interventions cliniques dans les hôpitaux », ajoute-t-il.

    Les personnes trans comme argument électoral

    La déclaration de Trump ne survient toutefois pas dans le vide. Elle a été prononcée lors d’un rassemblement électoral en Caroline du Sud, où le président appuyait la candidate républicaine au Sénat Darline Graham.

    Trump a consacré une partie de son discours aux enjeux trans, attaquant notamment la candidate démocrate Dr Annie Andrews, une pédiatre qu’il a accusée de soutenir « le transgenre pour tout le monde » et d’encourager des enfants « confus » à croire qu’ils sont nés dans le mauvais corps.

    Andrews a pourtant déclaré explicitement qu’elle ne soutenait pas les chirurgies d’affirmation de genre chez les moins de 18 ans. Elle défend plutôt des soins fondés sur les données scientifiques et décidés conjointement par les médecins, les parents et les jeunes concernés.

    Le recours aux enjeux trans apparaît d’autant plus stratégique que Darline Graham venait de connaître un débat télévisé particulièrement difficile. Interrogée sur l’importance de Taïwan et de la mer de Chine méridionale pour la sécurité nationale américaine, elle avait reconnu ne pas être suffisamment informée sur le sujet. Elle avait également affirmé à tort que la Caroline du Sud comptait 50 millions d’habitants, alors que l’État en compte environ 5,5 millions.

    Dans les jours suivants, elle avait cherché à recentrer le débat sur les enjeux économiques et la participation des personnes trans aux compétitions sportives.

    Une stratégie politique désormais familière

    L’épisode dépasse donc la simple vérification d’une affirmation présidentielle manifestement inexacte.

    Depuis plusieurs années, les personnes trans sont devenues un thème récurrent des campagnes électorales républicaines. Sous la deuxième administration Trump, cette rhétorique s’accompagne désormais de mesures gouvernementales concrètes : restrictions au financement des soins, pressions sur des établissements hospitaliers, politiques visant les personnes trans dans les prisons fédérales et multiplication des batailles judiciaires.

    L’expression « chirurgie inverse » utilisée par Trump ajoute une nouvelle couche de confusion à un débat médical déjà fortement politisé.

    Car derrière cette formule spectaculaire se trouve une réalité beaucoup moins sensationnelle : certaines personnes choisissent de détransitionner et peuvent alors avoir besoin de soins médicaux adaptés, tout comme certaines personnes trans ont besoin de soins liés à leur transition.

    Dans les deux cas, la question fondamentale demeure la même : ce sont des décisions médicales individuelles qui devraient être prises entre les personnes concernées et les professionnel·le·s qui les soignent — et non sur ordre d’un président.

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