Dimanche, 10 mai 2026
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    Rachel Reid, de l’ombre au phénomène 

    Il y a encore un an, Rachel Reid écrivait dans une relative discrétion, ses romans étant principalement diffusés en format numérique auprès d’un public de niche. Aujourd’hui, la romancière canadienne voit son œuvre propulsée sur le devant de la scène internationale avec l’adaptation télévisée de Heated Rivalry, devenue un véritable phénomène. Dans une entrevue accordée à la journaliste Anna-Lena Malter de PinkNews, l’autrice revient sur la genèse de ses personnages emblématiques, sur sa collaboration inattendue avec les acteurs de la série, et sur l’évolution fulgurante de la littérature queer au cours des dernières années.

    Des personnages en transformation
    Au cœur de Heated Rivalry se trouvent Shane Hollander et Ilya Rozanov, deux joueurs de hockey dont la relation complexe a conquis lecteurs et spectateurs. Rachel Reid explique que ces personnages ne se sont pas construits de manière figée.

    Si Shane est demeuré relativement fidèle à l’idée initiale qu’elle s’en faisait — un protagoniste stable, réfléchi et central dès les premières ébauches — Ilya, lui, a connu une transformation majeure au fil de l’écriture. D’abord imaginé comme un personnage plus dur, presque caricatural dans son rôle de « mauvais garçon », il a été progressivement nuancé. En approfondissant sa psychologie, Reid a adouci ses traits pour en faire un personnage plus complexe et attachant.

    « Ilya a beaucoup changé », résume-t-elle, soulignant l’importance du processus d’écriture dans cette évolution.

    Une représentation assumée de l’autisme
    L’entrevue permet aussi de mieux comprendre la construction du personnage de Shane, que Reid confirme aujourd’hui comme étant autiste. Si cette dimension était initialement implicite, elle s’est précisée avec le temps, notamment à la lumière de l’expérience personnelle de l’autrice, dont l’enfant a été évalué pour des troubles neurodéveloppementaux.

    Cette prise de conscience a influencé son écriture, notamment dans le second roman de la série, The Long Game. Reid insiste sur le fait que certains comportements de Shane — parfois perçus comme brusques ou maladroits — doivent être compris à travers ce prisme : difficulté à décoder les signaux sociaux, anxiété intériorisée, sensibilité accrue à certains stimuli.

    Fait notable, cette lecture du personnage a été spontanément adoptée par les acteurs de la série. Sans même qu’elle ait à l’expliciter, ceux-ci ont intégré cette dimension dans leur interprétation, ce que Reid accueille avec satisfaction.

    Une complicité inattendue avec les acteurs
    L’adaptation télévisée a donné lieu à une collaboration étroite entre Rachel Reid et les comédiens incarnant Shane et Ilya, Hudson Williams et Connor Storrie. Tous trois entretiennent même un groupe de discussion informel, où se mêlent échanges professionnels et plaisanteries.

    L’autrice évoque avec amusement la dynamique légère et taquine qui s’est installée entre eux, malgré un emploi du temps désormais chargé. Elle se dit particulièrement reconnaissante envers les acteurs, non seulement pour leur implication dans le projet, mais aussi pour leur respect envers son travail — une reconnaissance qu’elle souligne comme étant loin d’être acquise dans l’industrie.

    Du marginal au grand public
    Au-delà de son parcours personnel, Rachel Reid s’inscrit dans une transformation plus large : celle de la littérature queer, passée en quelques années d’un marché confidentiel à un segment pleinement intégré à l’édition grand public.

    Elle identifie un moment charnière autour de la publication de Red, White & Royal Blue en 2019, qui a contribué à donner une visibilité sans précédent aux romances entre personnes de même sexe. Avant cela, explique-t-elle, ce type de récits circulait surtout en ligne, souvent autoédité, et demeurait largement absent des librairies traditionnelles.

    Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé : les œuvres queer occupent désormais des espaces visibles en magasin, et bénéficient de stratégies de mise en marché comparables à celles des romances hétérosexuelles.

    Le parcours de Reid illustre cette évolution. Ses romans, longtemps limités au format numérique, ne sont parus en version imprimée que récemment, avant de connaître un nouvel essor grâce à leur adaptation à l’écran.

    Une nouvelle ère pour les récits queer ?
    Pour Rachel Reid, cette transformation est porteuse d’espoir. Elle marque la fin d’une époque où les personnages queer étaient relégués à des rôles secondaires, souvent tragiques, et l’émergence d’histoires où ils peuvent enfin être au centre du récit — et aspirer, eux aussi, à des fins heureuses.

    Avec Heated Rivalry, elle contribue à redéfinir les codes d’un genre longtemps marginalisé, tout en offrant une représentation nuancée et profondément humaine de ses personnages.

    Et au vu de l’engouement actuel, son univers n’a pas fini de faire parler de lui.

    Pour lire l’entrevue complète (en anglais) visitez le site britannique PinkNews  

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