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Tough Guy (Game Changer, No. 3), version française : déchiré entre violence et tendresse

Sur la patinoire, l’existence de Ryan Price se résume à un seul rôle : celui du fier-à-bras — le « goon » — chargé de provoquer des bagarres et casser des gueules pour intimider l’équipe adverse. Mais cette fonction, contraire à sa véritable nature, ne fait que nourrir une anxiété envahissante, jusqu’au jour où il retrouve Fabian Salah, un ami d’enfance ouvertement queer.

D’entrée de jeu, l’autrice Rachel Reid présente des enjeux qui diffèrent des deux précédents opus, Game Changer et Heated Rivalry. Tout d’abord, aucun des protagonistes ne cache son orientation sexuelle. Fabian se fout par ailleurs des codes traditionnels masculins et n’hésite pas à arborer tenues flamboyantes, vernis à ongles et fards à paupières. De son côté, même s’il ne le crie pas sur les toits, Ryan habite dans le Village gai de Toronto et rencontre ponctuellement d’autres hommes.

La question de la tension liée à une éventuelle sortie du placard étant complètement évacué, le roman se concentre plutôt sur le paradoxe de deux hommes que tout semble séparer et du souvenir d’un baiser qui ne s’est jamais concrétisé alors qu’ils étaient adolescents : « Fabian, le premier garçon qu’il a failli embrasser ». Ryan est fasciné par sa silhouette et sa sensibilité artistique, mais se refuse à croire que Fabian puisse désirer une brute massive comme lui. De son côté, Fabian oscille entre attirance et répulsion pour ce hockeyeur, qui incarne les codes masculins brutaux qui ont marqué sa jeunesse. Pourtant, Ryan semble paradoxalement si doux et sensible lorsqu’ils sont ensemble.

Ce qu’il ignore cependant, c’est que Ryan est de plus en plus déchiré entre ce qu’il est réellement et ce qu’il doit être sur la glace, ce qui l’amène à suivre une thérapie et à prendre des médicaments pour réduire une anxiété galopante. Un traitement qui lui permet de tenir le coup, mais qui n’est pas sans impact sur sa sexualité, puisqu’il a de plus en plus de difficulté à jouir. Lorsque le roman débute, son image personnelle est donc au plus bas, auquel s’ajoute le poids paradoxal de la sortie publique de Scott Hunter, survenue dans les deux premiers opus.

On aurait pu croire que des portes ainsi défoncées auraient facilité les choses, mais c’est tout le contraire pour lui. Scott Hunter et son copain sont des hommes dont la beauté et le physique baraqué correspondent maintenant au cliché du joueur de hockey gai : viril et rassurant ! Ryan est simplement un gros colosse rouquin de 6’7’’ (2 m) et 260 lb (120 kg) et, même lorsqu’il visionne de la porno, il ne voit que des corps découpés et des queues élégantes. Lorsqu’il examine la sienne, il ne voit qu’une verge épaisse et rouge traversée d’une veine saillante.

Comme tous les autres romans de la série, les thèmes de l’homophobie dans le milieu sportif, de la vulnérabilité masculine et de la possibilité de construire une identité qui ne repose pas sur les attentes des autres traversent le roman. On y fait aussi la rencontre d’un antagoniste profondément détestable qui jouera un rôle de premier plan dans les prochains romans ainsi que dans la saison 2 de la série télé : Dallas Kent (Cody Kent au petit écran), l’incarnation du douchebag dans toute sa répugnante splendeur. Ilian Rozanov effectue également plusieurs apparitions marquées, dont une qui jouera un rôle clé dans la série télé, mais également dans le tome 6, The Long Game.

Le roman se lit d’une traite et se distingue en déconstruisant habilement le paradoxe contenu dans son titre avec un homme que le hockey présente comme un colosse brutal, mais qui découvre que sa véritable force pourrait justement consister à refuser d’être cet homme-là. Encore une fois, on ne peut que saluer la qualité de la traduction de Pascal Raud, réalisé en collaboration avec Éléonore Kempler, qui se distingue par un grand respect du contexte culturel québécois. Le prochain titre annoncé en traduction sera Common Goal qui sera publié le 12 novembre 2026.

À noter que les plateformes de vente en ligne s’adaptent au marché ciblé. Ainsi, amazon.ca vend la version destinée au Canada et amazon.fr, celle pour la France. Afin d’éviter toute confusion, la mention « Édition Québec » ou « Édition France » est généralement indiquée à la suite du titre vendu en ligne ou en quatrième de couverture.

Tough Guy (version française, Québec) / Rachel Reid. Paris : Chatterley, 2026, 462 p.

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