On l’attendait depuis un bon moment, et la voilà enfin : la traduction française du roman qui a inspiré le phénomène télévisuel Heated Rivalry est arrivée en librairie au cours de l’été. Pour celles et ceux qui ont déjà vu la série, une question s’impose : la lecture du roman se résume-t-elle à une simple redite? La réponse est simple : absolument pas! Le roman de Rachel Reid est le deuxième de sa série Game Changers, qui nous entraîne dans le sillage de Shane Hollander, jeune vedette canadienne des Voyageurs de Montréal, une équipe de hockey professionnel, et d’Ilya Rozanov, son grand rival russe évoluant au sein d’une équipe américaine, les Boston Bears.
Repêchés la même année, puis sans cesse comparés — et opposés — par les médias comme par les amateurs, les deux joueurs développent une relation secrète qui évolue peu à peu d’une attirance physique fulgurante vers un véritable attachement amoureux. Évidemment, rien n’est simple : on leur a attribué le rôle de rivaux viscéralement opposés, ce qui rend tout rapprochement presque impossible. À cela s’ajoute un milieu sportif encore loin de pouvoir accueillir ouvertement une relation amoureuse entre deux hommes. À la lecture du roman, on remarque rapidement que la série télévisée en respecte la trame originale : les mêmes moments clés s’y retrouvent, parfois jusque dans certains dialogues. Les deux médiums n’en demeurent pas moins très différents. Là où l’adaptation audiovisuelle mise sur les non-dits, les silences et les échanges de regards, le roman nous plonge directement dans l’esprit des protagonistes.
Cette proximité avec leurs pensées réduit évidemment la part de mystère que la série entretient autour de leurs émotions et de leurs motivations, mais permet en revanche de pénétrer plus profondément dans leurs angoisses. À titre d’exemple, la scène où Ilya se confie en russe est bien présente dans le roman, mais n’occupe que deux courts paragraphes. L’écrit ne peut reproduire avec la même intensité le contraste entre la douleur exprimée par les visages, le rythme du discours et les sous-titres révélant ce qu’Ilya refuse de verbaliser; son impact émotionnel s’en trouve forcément atténué. En revanche, le roman multiplie les réflexions intérieures et permet d’aller au-delà de ce qui est simplement exprimé. Lorsqu’Ilya est hospitalisé, par exemple, on saisit mieux ce qui habite Shane : « Shane est totalement amoureux de lui. Il se cognerait la tête encore une fois juste pour être seul dans cette chambre d’hôpital silencieuse avec ses doigts délicats et ses yeux inquiets. Il est amoureux de lui et il ne pourra jamais, jamais le lui dire ».
Comme dans le volume précédent, Game Changer, Rachel Reid aborde habilement et sans détour la sexualité des deux hommes, à travers des scènes explicites qui demeurent pleinement crédibles. Le roman fait aussi ressortir avec force les rapports de pouvoir et la rivalité qui nourrissent leur relation. Dès le départ, Shane se sent humilié par l’impatience qu’il éprouve à l’idée de goûter à nouveau la peau d’Ilya, ce qui ne fait qu’attiser son esprit combatif : « il sait ce qu’il veut. Il veut faire jouir Rozanov. Il veut l’anéantir ». Même constat du côté d’Ilya : le roman permet de mieux comprendre ses tourments, qu’il s’agisse de son rapport conflictuel à la Russie et à sa famille ou de la jalousie qu’il éprouve devant l’arrivée de Rose. Il se demande alors s’il réagit simplement « de façon très puérile au fait de partager son jouet préféré » ou si une « autre raison réclame son attention à grands cris ». La lecture du roman se révèle un grand plaisir, portée par un rythme qui ne faiblit jamais. L’édition canadienne de la traduction, réalisée par Pascal Raud en collaboration avec Éléonore Kempler, se distingue une fois de plus par son respect du contexte culturel québécois. On ne se heurte jamais à une terminologie inadéquate, et le traducteur passe avec adresse d’un registre de langue à l’autre selon les personnages et les situations. Les deux prochains titres de la série seront disponibles en français cet automne : Tough Guy, le 8 octobre, et Common Goal, le 12 novembre 2026. À noter que les plateformes de vente en ligne s’adaptent au marché ciblé. Ainsi, Amazon.ca vend la version destinée au Canada et Amazon.fr, celle destinée à la France. Afin d’éviter toute confusion, la mention « Version Canada » ou « Version France » est généralement indiquée à la suite du titre en ligne ou en quatrième de couverture.
INFOS | Heated Rivalry (version française, Québec) / Rachel Reid. Paris : Chatterley, 2026, 462 p.

