Jeudi, 20 août 2026
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    L’échange entre Claudine Metcalfe et Xémia Gould que nous n’avons pas pu voir en intégral durant le Show du 20e…

    Cette intervention de Xénia et Claudine devait être présentée dans son intégralité lors du Show du 20e de Fierté Montréal. Une alerte météo est toutefois venue interrompre la soirée et, avec elle, ce moment de scène. Car ce spectacle se voulait bien davantage qu’une rétrospective des 20 ans de Fierté Montréal : il souhaitait rendre hommage à près de 50 ans de militantisme LGBTQ+ au Québec, aux personnes qui ont marché, manifesté, pris la parole, aimé au grand jour et occupé l’espace public pour que les générations suivantes puissent, à leur tour, exister haut et fort. Nous publions donc ici cette intervention dans son intégralité, avec toute son oralité, son humour, sa mémoire et son appel à poursuivre les luttes.

    Nous l’avons laissé tel qu’il avait été pensé pour être dit oralement….

    CLAUDINE :

    Xénia, je regarde le monde pi je nous trouve beaux.

    Différents ET magnifiques.

    Nous avons touSte une personnalité qui nous est propre.

    Tous distincts, il faut le comprendre.

    Mon premier contact avec la communauté lesbienne a été en 1984. Je me cherchais. Je me pensais seule. J’ai travaillé au Bar Lilith sur la rue St-Denis. Le Plateau-Mont-Royal était le spot pour les lesbiennes à cette époque!

    Une des missions du bar était de donner de la place aux artistes, aux poétesses, aux militantes. Aussi, de nous affranchir du patriarcat. Rien de moins.

    Lesbiennes politiques.

    Lesbiennes séparatistes.

    Donc quand le camion de bière arrivait, les livreurs laissaient les caisses devant la porte! Je devais les descendre au sous-sol par la trappe! Ça me faisait peur!

    Tu vois, il y avait des féministes radicales qui ne côtoyaient pas les hommes, dont les gais.

    Moi je préfère la solidarité.

    Mais il faut de tout! Le militantisme a plusieurs facettes, il y a de la place pour tout le monde, pour toutes les gangs!

    XÉNIA :

    la fierté

    c’est maintenant

    c’est aujourd’hui

    c’est hier

    c’est demain

    c’est un paquet de gens qui se rassemblent

    à des places

    à des temps

    avec des étiquettes

    différentes que les tiennes

    pareilles que les tiennes

    vibrantes face aux tiennes

    c’est une semaine pleine de

    hey!

    c’est quoi ton nom toi? (contente)

    hey!

    c’est quoi ton nom déjà!? (famous)

    hey!

    … c’est quoi ton nom toi? (flirty)

    des moments de rencontre

    nouvelle

    vieille

    on repeat

    comme d’la famille

    celle que tu peux choisir

    autour d’une grosse table

    qui bouge

    qui groove

    qui shine

    en trinquant nos verres

    c’est comme un gros souper de famille

    avec des gens d’ici

    de là-bas

    de là-bas qui sont maintenant ici

    d’ici qui sont maintenant là-bas mais reviennent pour dire

    « yassss »

    « GO QUEEN »

    « happy pride »

    « slay mama boot down diva »

    « we’re here

    we’re queer

    and we’re not going anywhere! »

    c’est comme un party de cuisine avec des gens qui te font feeler

    happy

    excité

    écouté

    inspiré

    mobilisé

    enveloppé

    encouragé

    mouvementé

    élégancé

    fierce

    fabulous

    strong

    importante

    incroyable

    extraordinaire

    royale

    ridicule

    vue

    tenue

    pis 100 % uniquement TOI

    la fierté c’est aussi

    une catastrophe d’histoires

    plurielles

    qui se rencontrent

    s’impactent une à l’autre

    ce n’est pas qu’une gang de monde libre vivant leur utopie temporairement

    mais une gang de monde gay

    qui se rencontre

    se raconte

    se réconforte

    des gens qui se voient

    qui se veulent

    qui se disent : j’peux pas croire que ça t’est arrivé ça

    c’est pas fair comment ça s’est passé

    c’est pas right comment t’as été traité

    c’est pas comme ça qu’on doit t’aimer

    aimer

    lover

    pis moi je love

    avec des actions

    avec des bouquets de fleurs

    avec des arcs-en-ciel

    avec des oreilles

    qui écoutent

    les confessions

    les chansons

    les artistes

    les militants

    les familles queer

    les enfants trans

    les lesbians —

    toi Claudine, est-ce que tu LOVE les lesbians?

    CLAUDINE :

    Ouiiiiii!

    Faut que je te raconte : mon premier discours!

    C’était après le défilé en 1994. C’était sur la rue St-Denis à cette époque. Je participais depuis des années avec le centre communautaire puis le magazine Fugues et ensuite Gazelle…

    J’étais une personnalité connue, je participais à des émissions de radio et de télévision pour démystifier notre vécu.

    Pi cette année-là, en 1994, je me présente aux élections municipales de Montréal… je dois faire un beau discours rassembleur! Je suis la première femme au Québec qui se présente en tant que lesbienne! C’était une autre époque où les gens vivaient dans le garde-robe, artistes comme politiciennes.

    Il y a eu un gros orage juste avant le défilé et il faisait froid… soudain! Soleil et chaleur!

    Donc devant 2000 personnes, je commence avec aplomb et je crie : est-ce que je suis la seule lesbienne ici au parc La Fontaine?…

    Personne n’osait me répondre… ça commence mal un discours… j’étais découragée, au bord des larmes!

    XÉNIA :

    Alors on se reprend ce soir?

    CLAUDINE :

    Hé les lesbiennes… Êtes-vous là?

    XÉNIA :

    Je suis fière de voir autant de love…

    on dit que

    love

    is love

    is love

    but moi de t’entendre aujourd’hui, ça me donne envie de lover encore plus ça Claudine

    de lover TOUT LE MONDE

    de lover les personnes gay

    lover les personnes bi

    lover les personnes bispirituelles

    lover les personnes transgenres

    lover les deux genres

    lover les personnes aux deux autres genres

    lover les personnes aux deux millions d’autres genres qu’on n’a pas encore découverts

    lover les personnes asexuelles

    lover les personnes qui questionnent

    lover les personnes cachées

    lover les personnes pas cachées mais qu’on voit pas

    lover les travailleuses du sexe

    lover les…

    être ici me donne envie de célébrer tout ça

    de célébrer

    eux

    elles

    iels

    zeux

    quand moi JE vous crier LOVE

    JE

    LOVE

    JE

    LOVE!

    CLAUDINE :

    C’est beau de voir tout cet amour ici sur l’esplanade du Stade olympique. 50 ans passés, j’étais spectatrice ici, au stade pour les Jeux olympiques.

    XÉNIA :

    j’étais trop jeune en 1976! Je n’ai pas connu cette aventure tu sais.

    CLAUDINE :

    Ici sous la pluie, un déluge… une foule de 65 000 spectateurs en silence! Wow! Greg Joy, notre Canadien, gagne la médaille d’argent au saut en hauteur! Toute la foule crie sa fierté!! Moi aussi!

    Et j’ai pleuré devant la déesse des Jeux!

    XÉNIA :

    Céline Dion?

    CLAUDINE :

    Ben non, Caitlyn Jenner!

    Tu sais pas c’est qui??? Oh là là. Elle a établi un record du monde au décathlon (pas le magasin là, la discipline), c’est pour ça qu’on l’a surnommée « la déesse des Jeux ». Une femme trans qui devient la plus grande athlète au monde! Ici à Montréal!

    J’étais sous le charme, comme tout le monde…

    XÉNIA :

    50 ans des Jeux olympiques… 20 ans de Fierté Montréal…

    20 ans

    pis la fierté est still là

    pis oui comme toute belle chose

    y’a des ups pis des downs

    mais moi je love pareil

    parce que je sais que le monde qu’était là avant moi

    avant toi

    avant Claudine

    avant tous vous autres

    qu’ils, elles, iels, seraient proud

    de tout le travail

    tous les différents mouvements

    tous les différents spectacles

    toutes les différentes formes de représentations qui MATTER

    ces gens-là seraient fiers

    parce que c’est en se pointant

    en se disant je t’aime

    même face au

    fascisme

    aux actes terroristes

    aux génocides

    aux violences micro et macro

    que nous allons être ici un autre 20 ans

    un autre 200

    un autre 2000

    c’est en étant là

    loud

    vibrant

    beautiful

    smarte

    hot

    cool

    bon

    bonnes

    drôles

    wild

    en militant

    pour whatever « ISMES » qui nous touchent

    que ces « ismes » partiront

    c’est en restant, en honorant, pis en vivant

    qu’on peut réellement vivre

    Des fois ça peut feeler comme si tout va mal en ce moment pour nous…

    mais toi t’en es la preuve Claudine que exister, militer et célébrer

    vaut la peine…

    ça fait 30 ans que t’es impliquée,

    peux-tu nous aider à voir comment les temps ont change

    CLAUDINE :

    Moi, Xénia, j’ai jamais manqué une seule édition. Parce que c’est important pour moi ce rassemblement. À chaque année, au défilé, je comprends pourquoi je me suis déplacée, pourquoi c’est important d’être ainsi rassemblés. J’ai eu peur parfois, j’ai eu chaud aussi (c’est tout le temps en août tsé) mais, j’ai toujours été touchée par la foule qui crie à l’unisson. J’ai fait beaucoup de sensibilisation dans ma vie, auprès de politiciens, de policiers aussi. J’ai jamais lâché.

    Dans mon entourage, j’ai décrété le lendemain du défilé JOURNÉE FÉRIÉE! Les groupes communautaires en congé!

    XÉNIA :

    quelle est la plus impressionnante?

    CLAUDINE :

    Quand on défilait sur la rue St-Denis, puis Berri et, arrivés sous la rue Sherbrooke, des milliers de personnes nous acclamaient! Moment de bonheur!

    Pour les manifs… c’est le sit-in, en juillet 90, devant le poste de police 25… on scandait des slogans et tout à coup, on voit les policiers avec des matraques, des gants, des snipers sur les toits. Non!

    Un militant d’Act Up a crié SIT-IN, puis KISS-IN, KISS-IN… vieux, laids, jeunes, anglos, francos… le monde s’est mis à frencher.

    C’était IN YOUR FACE, on avait plus peur de montrer notre visage, on était là, on était fiers et on s’aimait. On a existé en public pour la première fois!!!

    Puis la police antiémeute a fait sa job de répression. Sous les yeux des médias cette fois. Devant tout le Québec.

    XÉNIA :

    20 ans de fierté

    c’est pas rien

    ÇA VIBRE

    les gens LGBTQIA+ qu’ont été accueillis

    dans cette ville

    downtown

    au Village

    sur l’esplanade olympique

    Le même territoire qui

    à peine 30 ans passés

    nous battait dans la rue

    nous enlevait de la place publique

    nous voulait invisibles

    simplement pour aimer

    aimer!

    love is love is love

    mais is it still love dans la face des masculinistes

    ceux qui grandissent sans souvenir du mouvement Me Too

    nous veulent effacer?

    is it still love si les femmes trans racisées ont still pas…

    is it still love si notre communauté

    celle qui a le pouvoir de se supporter

    pourquoi est-ce qu’on s’autocannibalise

    entre nous

    quand les gens en autos aimeraient mieux nous écraser

    pourquoi est-ce qu’on s’attaque entre nous

    parce qu’une expérience match pas la nôtre?

    pourquoi est-ce que nous sommes pas capables de se réunir dans toutes nos différences

    comme l’ont fait si bien ceux et celles et iels d’avant

    peut-être ce n’est que la perception

    mais pour être libre

    QU’EST-CE QU’IL FAUT QU’ON FASSE?

    CLAUDINE :

    Heille tout le monde!

    la fierté

    c’est maintenant

    c’est aujourd’hui

    c’est hier

    c’est demain

    au défilé

    à vos amis qui ont peur de marcher, dites-leur :

    Les extrémistes veulent nous faire disparaître, nous faire taire

    Pas question de reculer devant l’intolérance

    Il faut continuer, ne jamais lâcher.

    La fierté c’est :

    La visibilité

    L’estime de soi

    La dignité

    Le respect

    C’est la liberté

    Ce soir, pour débuter les festivités, laissez-moi vous rappeler que d’autres se sont battus avant nous pour que nous puissions exister haut et fort. Laissez-moi vous rappeler qu’actuellement des gens se battent pour que leur communauté existe, qu’elle soit en sécurité. Pour tous ces militants indispensables qui se sacrifient, joignez-vous à nous pour une minute de silence.

    Texte fourni par Claudine Metcalfe

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