Alors qu’il comptait passer son été dans les boîtes de nuit parisiennes, Abel affronte la douloureuse agonie de devoir travailler dans l’aquarium de son village natal. Sa rencontre avec Paul vient toutefois bouleverser ses a priori : après une nuit passée ensemble, il se dit que l’été sera peut-être moins pénible que prévu. Le réveil est toutefois brutal : un déluge semble avoir tout englouti, à l’exception de la butte sur laquelle se dresse l’aquarium!
D’abord incrédules, les deux hommes doivent improviser afin de survivre et déterminer ce qui s’est passé, s’il y a un moyen de s’en sortir ou même, si tout cela est bien réel ? Et si ce n’est pas réel, une question tout aussi angoissante s’impose : où sont-ils exactement ? Les deux hommes pourraient difficilement être plus différents. Abel est ouvertement gai et affirme haut et fort se moquer du regard des autres, tandis que Paul, plus timide, demeure préoccupé par le jugement d’autrui.
La disparition du reste du monde agit dès lors comme un catalyseur, créant un espace suspendu où Paul peut affronter ce qu’il est réellement lorsque le regard social cesse de peser sur lui. Chez Abel, le constat est légèrement différent : malgré son tempérament extraverti, il éprouve de la difficulté à nouer des relations réelles avec autrui : toujours en mouvement, il préfère se perdre dans le tourbillon de la ville, des activités et des rencontres. Une stratégie qui se heure maintenant à un os puisqu’ils sont seuls.
Ou du moins, au tout début, puisque d’autres survivants improbables font soudainement leur apparition, axés sur deux groupes polarisés : des enfants turbulents et trois vieilles Bretonnes qui ne mâchent pas leurs mots. Le regard des autres ressurgit donc, mais au cœur d’un microcosme qu’il est dorénavant impossible d’éviter. Le déluge ramène également les choses à l’essentiel : affronter leurs sentiments, faire face à des enjeux de survie et tenter de trouver une solution à cette fin du monde, si loufoque soit-elle.
La bande dessinée de Félix Auvard propose un irrésistible concentré de comédie, de mystère, de fantastique et d’affirmation de soi où la possibilité de s’aimer prend le dessus lorsqu’il ne reste que la possibilité de se regarder soi-même sans passer par le regard des autres.
Summerboy / Félix Auvard. Paris : Dargaud, 2026. 175 p.