Deux ans après avoir offert l’irrésistible Michelin, le comédien, auteur et metteur en scène Michel-Maxime Legault reprend le Québec d’assaut avec Michelines, un hommage aux Michelines de nos vies, en particulier à sa tante et à sa mère, qui partageaient un prénom, une couleur de cheveux et un amour pour les sourcils dessinés au crayon. En librairie depuis peu, le texte sera joué chez Duceppe du 8 au 25 septembre prochain.
Après des mois à jouer dans l’adaptation théâtrale du grand succès Rue Duplessis, écrit par Jean-Philippe Pleau, avais-tu hâte de replonger dans ton univers?
Michel-Maxime Legault : Énormément. Même si j’adore être acteur et me mettre au service d’une œuvre, d’une parole, d’une langue et d’une équipe, comme je le fais aussi en tant que metteur en scène, j’ai également besoin de reprendre ma parole et de préciser ma pensée. J’avais envie de chercher ce que je voulais dire par rapport à ce que j’avais entendu dans Rue Duplessis et à cette idée de transfuge de classe. Moi, j’ai l’impression d’avoir fait un pas de côté. Je ne peux pas dire que je me suis élevé par rapport à ma famille. À l’aube de la mi-quarantaine, je remarque que mes parents ont fait des choix différents. Je ne peux pas dire que les miens étaient meilleurs, mais seulement plus près de ce que je voulais faire.
As-tu écrit Michelin et Michelines dans des contextes similaires?
Michel-Maxime Legault : Michelin, je l’ai pondu en deux semaines. C’était quelque chose que j’avais mûri depuis des années. J’ai envoyé le texte à une maison d’édition qui l’a voulu tout de suite. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Dans le cas de Michelines, j’ai commencé avec le personnage de ma tante, qui entrevoyait sa mort en disant qu’elle n’avait pas mené la vie qu’elle voulait avoir. Je lui ai demandé quel genre de mort elle aimerait. On a organisé ses funérailles ensemble dans un moment de délire complet. Ça lui a donné l’impression de pouvoir choisir quelque chose dans sa vie. C’est ça que je voulais écrire.
Donc, tu n’existais pas dans la première version?
Michel-Maxime Legault : Non, et ma mère non plus. Peu après, j’ai fait une version avec trois, puis cinq Michelines, mais ça ressemblait à une version cheap de la pièce Albertine, en cinq temps. Finalement, mon éditrice m’a dit qu’on avait besoin de la continuité de Michelin pour plonger dans Michelines. J’ai tout recommencé en comparant ma tante et ma mère, qui vivaient dans deux mondes, même si elles avaient le même prénom, les cheveux auburn, les sourcils dessinés et des vies qu’elles n’avaient pas nécessairement choisies. Je réalise que les deux m’ont influencé.
Est-ce que la réaction de ta famille te préoccupe?
Michel-Maxime Legault : Oui et non. Avant de leur remettre leur copie, j’ai eu un petit vertige. Je me suis demandé s’ils allaient comprendre que, contrairement à Michelin, où tout s’est passé pour vrai, je me suis permis d’ajouter de la fiction cette fois-ci. J’ai mélangé ma tante, une amie et d’autres femmes dans cette Micheline-là, pour illustrer un pan de société plus large. Je me souviens qu’en lisant Michelin, une de mes sœurs m’avait dit qu’elle n’était vraiment pas de bonne humeur, avant de m’entendre livrer le texte. En le lisant, elle trouvait que le ton manquait d’amour. Au fond, ça dépend de la façon dont elle le lisait et de ce qui l’habitait. Les membres de ma famille, je les aime d’amour.

Tu expliques clairement ce que tu adores de ta famille, tout en évoquant le jugement
intrafamilial, le manque d’introspection de tes parents et le manque de tact de ta mère. Est-ce un hommage critique?
Michel-Maxime Legault : Oui, mais en même temps, je me critique moi-même. Comme je me pose beaucoup de questions, j’ai parfois l’impression d’être moins heureux. Quand j’arrive chez mes parents avec un baril de poulet frit Kentucky et des gâteaux, la vie est belle, ils sont heureux, et je trouve ça inspirant, le bonheur simple. En les aimant, je questionne certaines affaires. Et en les critiquant, je les aime encore plus.
Dans l’histoire, un homme est surpris dans une aventure homosexuelle et sa famille éclate. Quand tu penses aux hommes comme lui, qu’est-ce qui te vient en tête?
Michel-Maxime Legault : L’histoire de mon amie Denise, morte d’un cancer dernièrement.
À sa mort, sa fille a fait le ménage de sa maison et elle a trouvé une lettre de son père, qui était parti du jour au lendemain avec un homme. Dans la lettre, il dit qu’il l’aime, qu’il sera toujours là pour elle et il l’invite à lui écrire, mais sa mère avait caché cette lettre et sa fille l’a trouvée 35 ou 40 ans plus tard. Je pense à la blessure de l’enfant et de la femme qui venait de se faire laisser. Ça fait beaucoup de dommages collatéraux. Tout ça parce que la société n’acceptait pas vraiment l’homosexualité.
Tu explores la notion des rêves non réalisés et des talents non exploités, spécialement avec ta tante. Dirais-tu qu’elle est une toile inachevée que tu essaies de terminer avec ce texte?
Michel-Maxime Legault : Au-delà de ça, ma tante et ma mère sont des parties de moi. Je suis toujours derrière les personnages à dire des choses que j’ai envie de dire parce que, souvent, on ne se permet pas d’exploiter nos talents, parce que la société nous dit que le milieu artistique est trop instable. On nous met beaucoup de bâtons dans les roues, encore aujourd’hui. Donc, je m’exprime à travers elles et j’essaie de terminer ce qu’elle n’a pas vécu, spécialement à la fin du texte.
À quoi aurons-nous droit chez Duceppe quand tu vas présenter la pièce dans le concept des 5 à 7?
Michel-Maxime Legault : On ne sera pas dans la grande salle, mais dans les coulisses du théâtre, avec une jauge de 100 places. C’est très intime. Ce n’est pas une lecture, mais bien une pièce de théâtre. Je vais jouer avec Frédérike Bédard, qui va interpréter ma tante et les Michelines. J’ai demandé le soutien d’une nouvelle metteure en scène, Marie-Hélène Gendreau — directrice artistique du Théâtre du Bic, où j’ai offert les premières représentations en août —, qui est de ma génération et qui connaît ces Michelines-là. Le prochain volet sera Michel : ça va parler des hommes moustachus et bedonnants qui ont été voués au silence pendant si longtemps.
Tu viens d’ailleurs de passer trois mois en Europe pour l’écrire. Qu’est-ce qui t’a amené là-bas?
Michel-Maxime Legault : L’an dernier, je suis allé au Festival du livre à Paris et j’ai participé à une table ronde. À la fin, deux dames avec une petite canne sont venues me voir : j’imaginais deux agricultrices qui me diraient qu’elles avaient vécu dans un milieu similaire à celui évoqué dans Michelin. Finalement, elles m’ont dit avoir adoré mon énergie et vouloir m’inviter trois mois au Festival America. L’événement dure trois jours en septembre et porte sur des auteurs américains, mais chaque année, l’organisation invite un auteur en dehors du festival pour venir écrire. Ça a permis une grande introspection. Je me suis coupé de presque tout. Je n’ai pas invité mon chum. Je voulais trois mois pour créer. J’ai été un ermite. Ça m’a apporté une profondeur dont j’avais besoin.
INFOS | À VOIR : Michelines. Texte : Michel-Maxime Legault. Mise en scène : Marie-Hélène Gendreau. Avec Frédérike Bédard et Michel-Maxime Legault. Du 8 au 25 septembre 2026, à 17 h 30, dans une ormule 5 à 7 Duceppe. Dans les coulisses du Théâtre Jean-Duceppe, Place des Arts, Montréal.
À LIRE : Michelines, de Michel-Maxime Legault, Les Éditions du Quartz. Prix :22 $. En librairie

