Jeudi, 16 avril 2026
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    L’Angleterre lance une campagne de vaccination contre la gonorrhée

    Pour enrayer une hausse des cas de gonorrhée, l’Angleterre lance une campagne de vaccination pour les hommes gays et bi. Mais l’efficacité du vaccin utilisé est largement remise en cause par les chercheurs français. 

    Dès le mois d’août, le service de santé publique britannique déploiera une campagne de vaccination contre la gonorrhée (également appelée gonococcie, blennorragie, “chaude-pisse” ou “chtouille”), en ciblant les hommes gays et bisexuels vivant en Angleterre, rapporte la BBC. Malgré l’augmentation spectaculaire des cas de cette infection sexuellement transmissible (IST), plusieurs spécialistes de la santé publique en France remettent en cause la pertinence de cette stratégie, en raison de l’efficacité jugée limitée du vaccin utilisé.

    Le vaccin en question, le 4CMenB (commercialisé sous le nom Bexsero), est obligatoire en France pour les nourrissons depuis janvier. Il a été conçu pour prévenir les infections dues au méningocoque B, responsable de certaines méningites parfois mortelles. Bien que cette bactérie soit génétiquement proche du gonocoque (à l’origine de la gonorrhée), le vaccin n’a pas été spécifiquement développé contre cette IST.

    « Les Anglais sont allés trop vite…» déplore le Pr Jean-Michel Molina. «Nous avons montré que ce vaccin n’avait pas d’efficacité ! Personne d’autre ne le recommande ». Le chercheur a coordonné une étude menée par l’ANRS–Maladies infectieuses émergentes (agence publique auparavant spécialisée sur le VIH), qui a conclu à une efficacité limitée du vaccin et recommandé plutôt un usage préventif de la doxycycline (DOXY PEP), un antibiotique.

    Une efficacité jugée “modérée”
    La biologiste et épidémiologiste Dominique Costagliola partage cette prudence : « À mon avis, la mesure britannique n’est pas utile. Le vaccin contre le méningocoque B n’a pas fait la preuve de son efficacité, et l’argumentaire repose uniquement sur des données observationnelles. »

    Une méta-analyse publiée en juillet 2024 dans le Journal of Infectious Diseases évoque en effet une efficacité “modérée” contre la gonorrhée, évaluée entre 23 % et 47 % selon les études analysées.

    Du côté britannique, l’Imperial College London, cité par la BBC, estime que la campagne pourrait prévenir environ 100 000 infections et permettre d’économiser 8 millions de livres sterling (environ 9,5 millions d’euros) sur les dix prochaines années.

    Une IST en forte progression
    Les autorités sanitaires britanniques justifient cette décision par l’augmentation alarmante des cas de gonorrhée : 85 000 cas ont été recensés au Royaume-Uni en 2023, soit trois fois plus qu’en 2012. En France aussi, la situation évolue rapidement : les diagnostics en secteur privé ont bondi de 55 % entre 2021 et 2023, atteignant environ 33 300 cas, en incluant les dépistages réalisés dans les Cegidd (centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic).

    Problème supplémentaire : la résistance croissante du gonocoque aux antibiotiques, qui inquiète les autorités sanitaires. Faute de traitements efficaces à long terme, les stratégies de prévention vaccinale ou prophylactique deviennent un enjeu crucial pour tenter d’enrayer la propagation de l’infection.

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