Une infection encore méconnue pourrait bien être en train de se propager discrètement au sein de certaines communautés : le trichophyton mentagrophytes de type VII (TMVII). À mi-chemin entre une infection cutanée et une infection transmissible sexuellement (ITS), cette forme particulière de teigne soulève des inquiétudes chez plusieurs spécialistes, notamment en raison du manque de dépistage et de données disponibles.
L’histoire de Vasilios Papapitsios, militant en santé sexuelle en Caroline du Sud, illustre bien les zones d’ombre entourant ce phénomène émergent. Après avoir remarqué une éruption cutanée inhabituelle sur les fesses en mars, il s’est présenté dans une clinique en suspectant une nouvelle ITS fongique. « Ils ne savaient même pas de quoi je parlais », raconte-t-il. Son médecin a dû faire des recherches sur place.
Une infection encore mal connue
Le TMVII est une sous-catégorie de teigne, une infection fongique généralement bénigne. Mais contrairement aux formes plus courantes — comme le pied d’athlète ou le « jock itch » — celle-ci peut évoluer vers des lésions douloureuses, des plaques squameuses et des irritations persistantes autour des organes génitaux, des fesses ou parfois du visage.
Identifiée pour la première fois en France en 2021, elle a été signalée aux États-Unis en 2024. Depuis, plusieurs cas ont été recensés, dont un regroupement notable à Minneapolis en 2025.
Autre particularité : le TMVII ne répond pas aux traitements antifongiques topiques classiques. Il nécessite généralement des médicaments oraux comme la terbinafine ou l’itraconazole, parfois combinés à des traitements locaux.
Une transmission multiple, pas seulement sexuelle
Bien que souvent classée parmi les ITS, l’infection ne se limite pas aux contacts sexuels. Elle peut aussi se transmettre par simple contact peau à peau ou par le partage d’objets comme des serviettes ou des draps.
Le délai d’incubation — entre l’exposition et l’apparition des symptômes — est estimé à deux à trois semaines. Un facteur qui complique la détection : les tests peuvent prendre plusieurs semaines supplémentaires avant de confirmer un diagnostic, laissant ainsi du temps à l’infection de se propager.
Pour l’épidémiologiste Tom Carpino, affilié à l’Université Duke, cette combinaison de facteurs est préoccupante : « On pourrait faire face à une épidémie importante qui passe sous le radar », prévient-il.
Des communautés particulièrement concernées
Jusqu’à présent, la majorité des cas documentés concernent des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Cette réalité soulève des inquiétudes quant à une possible répétition de schémas déjà observés dans la gestion d’autres crises sanitaires touchant les communautés queer.
Plusieurs experts rappellent que les autorités américaines ont historiquement tardé à réagir face à des maladies affectant disproportionnellement les minorités sexuelles, ce qui pourrait expliquer en partie le manque actuel d’infrastructures de dépistage.
Symptômes à surveiller
Parmi les signes qui devraient inciter à consulter :
- éruption cutanée persistante et irritante
- plaques squameuses ou zones surélevées
- lésions douloureuses ou remplies de pus
- propagation de l’éruption à d’autres parties du corps
- absence d’amélioration malgré un traitement antifongique classique
Face à ces symptômes, les spécialistes recommandent de consulter rapidement un·e professionnel·le de la santé plutôt que d’autodiagnostiquer la condition.
Prévention et réduction des risques
En attendant des directives plus claires des autorités sanitaires, certaines mesures simples peuvent limiter les risques :
- éviter de partager serviettes et literie
- limiter les contacts avec une personne présentant des symptômes actifs
- informer ses partenaires en cas de suspicion ou de diagnostic
- intégrer le dépistage du TMVII dans les tests réguliers d’ITS
Des initiatives communautaires émergent déjà pour combler le manque d’information. « On communique comme on l’a toujours fait dans la communauté queer : en comptant les un·e·s sur les autres », souligne Papapitsios.
Un enjeu de santé publique en devenir
Si le TMVII demeure traitable, son émergence rappelle l’importance d’un accès rapide à l’information, au dépistage et aux soins. Elle met aussi en lumière des enjeux récurrents : invisibilisation, lenteur institutionnelle et nécessité d’une réponse adaptée aux réalités des communautés concernées.
Pour les experts, une chose est claire : mieux comprendre cette infection — et investir dans les outils pour la détecter — sera essentiel pour éviter qu’elle ne devienne une crise de santé publique plus large.

