Mardi, 3 février 2026
• • •
    Publicité
    AccueilCultureLivresLa mise à mort du Tétras lyre

    La mise à mort du Tétras lyre

    Pierre, un tout jeune garçon, se fait initier à la chasse par son père alors que, de tempérament rêveur, il souhaiterait simplement observer la beauté des montagnes et la coucher du soleil sur son carnet à dessins. Au fil du temps et des excursions, il prend conscience que, tant pour son père que pour lui-même, il n’est que source de déception.

    Le bédéiste David Combet met en scène une histoire où la pratique de la chasse et l’imposition des codes traditionnels de virilité, incarnés par un père persuadé d’agir pour le bien de son fils, servent de reflet à un affrontement entre valeurs et générations. Cette fracture se cristallise pleinement lorsque Pierre, toujours poussé par son père, doit tuer un Tétras lyre (un coq de bruyère) qu’il contemplait pourtant avec admiration.

    Le récit oscille entre le présent et plusieurs périodes clés de sa jeunesse qui hantent sa
    mémoire : de l’innocence du « Manuel des castors juniors » qu’il dévore pour devenir un parfait petit scout, jusqu’aux premiers émois devant le torse nu de Tom Welling, le Superman de la série Smallville.

    Parallèlement, il est confronté au discours de son père, parsemé de blagues de pédés. Ce parcours le mène progressivement à la construction de sa vision de la masculinité et du type d’hommes vers qui porte son désir. Un désir qui se concentre, aujourd’hui, sur Simon Chevalier, un artiste accompli incarnant l’idéal qu’il poursuit : un homme qui s’impose avec assurance dans le milieu des arts, où il domine tranquillement tous ceux qui l’entourent. Il se perd rapidement dans cette adoration jusqu’au moment où l’illusion se brise et qu’il réalise que son parcours artistique et ses désirs ne sont en réalité que le miroir d’un modèle imposé par son père.

    Au-delà d’un récit prenant, la bande dessinée se démarque par une esthétique visuelle remarquable : elle joue sur des couleurs tantôt froides, tantôt chaudes, et propose des cadrages immersifs qui accentuent la tension du récit. Les illustrations alternent entre de larges panoramas et des détails très précis, mettant en valeur à la fois la majesté des paysages et la vulnérabilité des personnages. Certaines planches sont particulièrement marquantes, comme cette double page (166-167) composée d’une mosaïque des parties du corps de Simon, qui attisent le regard de Pierre. Un véritable chef-d’œuvre visuel.

    INFOS | La mise à mort du Tétras lyre / David Combet. Paris : Glénat, 2025, 282 p.

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Livres

    Publicité