Mercredi, 22 avril 2026
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    Engagement et militantisme

    Dès que ce thème a été choisi pour le 500e numéro de Fugues, la différence entre engagement et militantisme s’est imposée. Les deux termes évoquent des ressemblances, mais aussi des différences, et ne peuvent être considérés comme synonymes.

    Lors des entrevues effectuées, chacun y allait de sa définition, installant de façon très subjective des barrières entre militantisme et engagement. L’engagement revenait le plus souvent pour définir les actions et les gestes que l’on posait. Il était préféré au mot militantisme, qui suscite beaucoup plus de réserves. On l’associe très souvent à une façon d’être et d’agir beaucoup plus radicale, voire associée à la violence.

    En revanche, un point commun se retrouvait entre toutes les personnes rencontrées : la nécessité et le désir d’agir pour les autres. Héritage d’un vieux fond de catholicisme, pourrait-on penser. Peut-être ? Mais peut-être aussi la prise de conscience que nous sommes toustes lié·es comme êtres humains, que nous ne pouvons exister qu’ensemble, soucieux du bien commun de chacun·e. Après tout, chacun y allant de sa définition, je peux aussi me risquer avec la mienne. Dans mon livre, le militantisme consiste à poser collectivement des gestes concrets pour obtenir des changements, des améliorations, des réparations. Généralement à l’intérieur d’une structure, comme un parti politique ou un syndicat. L’engagement relève plus, pour moi, d’une posture dans la vie et ne dépend pas seulement de l’appartenance à un groupe constitué.

    Cela implique des actions, bien évidemment, mais au quotidien. D’être plus sensible aux autres dès que je sors de chez moi. En caricaturant à peine, comme d’aider une personne en difficulté à traverser la rue, jouer de l’entraide avec les voisins, faire de la solidarité un mode de vie, et peut-être aussi, s’il le faut, « militer ». Je ne rêve pas. Je suis distrait, souvent enfermé dans mes pensées, et parfois je peux donner le sentiment d’être ailleurs.

    Mais, tout du moins, j’essaie d’être un peu plus présent à ce qui se passe autour de moi. J’essaie en tout cas de faire de mon mieux, sachant que ma distraction est grande, que je suis capable de me soustraire de la réalité à tout moment.

    Tranche de vie…
    Aux alentours de 18 ans, j’ai fait ma sortie du placard et ai quitté — et parfois été exclu — de mouvements d’extrême gauche. Le choix de me tourner vers des groupes LGBTQ a été simple. Si l’on parlait du féminisme, des malades dans les hôpitaux psychiatriques, des conditions de vie des prisonniers, ou encore des conscrits dans l’armée, sans oublier la défense du monde ouvrier et paysan, les homosexuel·les étaient de facto rejeté·es, des dégénéré·es, purs produits de la classe dominante bourgeoise, selon les dires de mes camarades de lutte devenus mes juges. J’ai donc coché la case « militant homosexuel » pendant des années, et même dans mes premières années au Québec.

    Mais le suis-je toujours ? La question demeure aujourd’hui. Est-ce qu’en écrivant pour Fugues depuis maintenant plus de 30 ans, je peux encore me dire militant ? Le choix, au départ, l’était : j’ai choisi de travailler au plus proche des communautés 2SLGBTQ+. Je m’étais commis comme journaliste dans une revue gaie en France, je pouvais faire le même saut au Québec. Ou suis-je plutôt un journaliste « engagé » ? Je n’ai pas la réponse.

    Mais ce que je sais, au fond de moi, c’est que le militant n’a pas déposé les armes. Je porte un regard critique sur le monde qui m’entoure et tente de ne pas me laisser berner, aussi bien par les théories de la bien-pensance que par leur cortège de clichés. Je ressens l’inquiétude face aux reculs auxquels on assiste, ici comme ailleurs, et me désole qu’une voix plus militante, mieux organisée, et bien plus visible et audible ne se manifeste pas plus.

    Des élections s’en viennent cet automne. Indépendamment des partis qui se présenteront, serons-nous capables d’arriver avec un cahier de doléances reflétant les défis et les enjeux de nos communautés ? Serons-nous capables d’exiger que les candidat·es s’engagent sur des propositions nous touchant ? Ou préférera-t-on le statu quo actuel, genre : ce n’est pas très bon, mais ce n’est pas très mauvais non plus… et s’en contenter ?

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