Mercredi, 22 avril 2026
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    Sky Gilbert et sa muse Gavin Crawford

    Les légendes canadiennes du spectacle, Sky Gilbert et Gavin Crawford,  remontent sur scène à Montréal pour la première mondiale de la nouvelle pièce de Gilbert, Witness for the Persecution, présentée au Théâtre Sainte-Catherine du 21 au 23 mai. 

    Bien plus qu’une simple relecture divertissante du célèbre drame judiciaire Witness for the Prosecution, mettant en vedette Marlene Dietrich et Charles Laughton, Witness for the Persecution est aussi une forme de règlement de comptes pour Sky Gilbert, figure queer provocatrice, aujourd’hui âgé de 73 ans. Dans la pièce, il appelle sa mère, Pat Gilbert, à la barre pour témoigner en sa faveur. La véritable Pat est décédée il y a 11 ans, et la femme sur scène qui prétend être sa mère — et qui ressemble, agit et parle comme Marlene Dietrich dans l’adaptation cinématographique de la pièce d’Agatha Christie — est interprétée par Gavin Crawford.

    Cofondateur et directeur artistique du mythique Buddies in Bad Times Theatre de Toronto de 1979 à 1997, Sky Gilbert est poète, romancier, dramaturge, cinéaste et metteur en scène. Son alter ego drag, Jane, est aussi intrépide que lui. Gilbert possède aujourd’hui un condo à Montréal, où il enseigne à l’École nationale de théâtre du Canada.  Humoriste acclamé, animateur radio et vedette de la télévision canadienne, Gavin Crawford a remporté de nombreux prix, dont deux prestigieux Dora Mavor Moore Awards pour ses rôles dans des pièces de Gilbert : le rôle principal dans The Situationists en 2011 et celui d’une femme (Viola) dans A Few Brittle Leaves en 2013.  Witness for the Persecution réunit à nouveau Gilbert et sa célèbre muse Crawford. Les deux artistes ont répondu à quelques questions pour présenter la pièce.

    Sky, pourquoi cette pièce maintenant ?
    Sky Gilbert : J’ai tellement écrit sur ma mère — et Gavin l’a déjà incarnée — mais je me suis rendu compte que je n’avais jamais vraiment écrit sur la façon dont elle m’avait freiné ou affecté émotionnellement. Autrement dit, même si je l’aimais profondément, elle a rendu très difficile pour moi d’aimer quelqu’un d’autre, parce que notre relation était trop parfaite. Et je dis ça de manière un peu critique, ironique.

    Gavin Crawford : Ma mère et moi étions assez proches. C’est peut-être une question de génération, mais, quand on a la chance d’avoir une mère très soutenante et qu’on est gai — surtout dans les années 70 et 80, où c’était plus difficile — elles peuvent surcompenser, parce qu’elles craignent que le monde ne vous aime pas. Alors, elles vous offrent un amour inconditionnel. Ma mère était très protectrice. Elle me disait : « Je te trouve parfait tel que tu es. Je me fiche de ce que les autres pensent. Tu peux tout faire. » C’est merveilleux, mais ça peut aussi être un peu étouffant. Dans mon cas, c’était surtout positif.

    Gavin Crawford

    Peut-on blâmer ses parents ?
    Sky Gilbert : Je ne blâme pas mes parents. J’attribue certains aspects de ma personnalité à ma relation avec eux, mais je ne les accuse pas. Ils faisaient de leur mieux.

    Gavin Crawford : Moi, je les blâme pour tout ! (Rires.) Mon incapacité à serrer les gens dans mes bras. Je blâme mon père de m’avoir empêché d’aller à Yale, où j’avais été accepté ! Il m’a dit : « Tu iras à l’Université de l’Alberta. » Finalement, j’ai obtenu une bourse pour l’Université de la Colombie-Britannique. J’avais été accepté dans des universités américaines, mais je n’ai pas été autorisé à y aller. Donc, oui, un peu, je les blâme. Mais, en vieillissant, on réalise qu’on ne peut pas vraiment blâmer qui que ce soit : on fait avec les cartes qu’on nous donne.

    Sky Gilbert : Je pense qu’il y a des bons garçons et des mauvais garçons, je présume, mais je crois qu’on est tous les deux de bons garçons — même si ça ne veut pas dire qu’on est toujours sages. Moi, je ne me suis rebellé qu’à 30 ans !

    Gavin Crawford : C’est pareil pour moi. J’étais même un peu protecteur envers ma mère. Mes parents sont restés ensemble, mais elle parlait toujours comme si elle était sur le point de divorcer. Ils n’avaient rien en commun : elle aimait les galeries d’art et la ville, lui, il était dentiste à la campagne, chasseur et pêcheur. Je me suis dit : « Je vais t’emmener à New York, je vais te montrer le monde. » Je ne voulais pas la décevoir… même si je l’ai parfois fait en jouant dans les pièces de Sky !

    Sky Gilbert : (Rires.) Évidemment !

    Gavin Crawford : Dans une pièce, je lui disais : « Il y a une scène où je suis nu et je rampe sur scène, mais ne t’inquiète pas, ça ne dure pas longtemps… et la pièce est excellente ! »

    Sky Gilbert : Il parle de I Have AIDS! où, dans une scène célèbre — du moins pour nous — son anus « tombait » pendant qu’il disait des choses assez drôles !

    Gavin Crawford : À son crédit, elle venait à toutes mes pièces. Elle disait toujours : « Tu étais formidable ! », peu importe ce qu’elle en pensait vraiment.

    Que ressentez-vous à l’idée de jouer à Montréal ?
    Gavin Crawford : Je suis ravi ! J’adore venir à Montréal, surtout l’été. Sans vouloir critiquer Toronto… Montréal fait tout mieux. C’est une ambiance. Une très belle ambiance.

    Sky Gilbert : Ça nous fait du bien, cette culture un peu latine. Ça nous détend. Je suis en train de m’installer ici tranquillement, donc ça s’inscrit là-dedans. Et j’espère aussi faire des spectacles plus intimes, de type cabaret.

    Gavin Crawford : Sky trempe son orteil dans la scène montréalaise… et moi, je joue l’orteil !

    Gavin, travailler avec Sky, c’est comment ?
    Gavin Crawford : J’adore travailler avec lui. Ça fait depuis mes 24 ans.

    Sky Gilbert : Je l’ai découvert ! Dans un caniveau mormon !

    Gavin Crawford : On a une éthique de travail similaire et une vraie complicité. Il me dirige facilement, et je réagis bien à ses indications. Il parle comme j’aime qu’un metteur en scène parle : pas en énigmes. Et il écrit des rôles qui sont amusants à jouer. L’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté cette pièce, c’est : à quelle fréquence vais-je avoir l’occasion d’incarner une version de Marlene Dietrich ?

    Sky, on peut dire que Gavin est ta muse ?
    Sky Gilbert : Absolument ! Il l’est depuis des années. J’écris pour lui. Je ne sais pas qui d’autre pourrait jouer ces rôles.

    INFOS | Witness for the Persecution, avec Gavin Crawford et Sky Gilbert, est présenté au Théâtre Sainte-Catherine du 21 au 23 mai.
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