Vendredi, 3 Décembre 2021
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    Victor Pilon, vivre pleinement l’absurdité de la vie

    Pendant 30 jours, 6 jours par semaine et 7 heures par jour, Victor Pilon déplacera à l’aide d’une pelle 50 tonnes de sable. Un marathon pour l’artiste qui pour la première fois se mettra en scène. L’absurdité de cette performance nous saute aux yeux. Et c’est déjà une entrée dans ce voyage sans destination,  sans but qui recommencera chaque jour. Une métaphore mais aussi une quête à travers l’absurdité de la vie et qu’il faut absolument vivre.


    Bien sûr, dans ce recommencement du geste inutile au départ, le titre de la performance de Victor Pilon, Sisyphe : performance marathon, vient secouer le mythe en nous, des souvenirs peut-être de lecture. Et pour les plus curieux, on trouvera l’écho d’un ouvrage essentiel, Le mythe de Sisyphe d’Albert Camus et de la philosophie de l’absurde. «Ce livre me poursuit depuis plus de trente ans, explique Victor Pilon, avec ce qui me semble le plus important, c’est que Camus pose la seule question unique et essentielle pour chaque être humain, c’est ce que nous faisons sur terre».

    En fait, c’est la question première sur laquelle se fonde toute la philosophie. Mais bien sûr, on la met de côté. Et pourtant l’absurdité de ce monde, on l’accepte ou on la nie. On la nie en la recouvrant d’une raison supérieure, une religion par exemple, qui donnerait un sens à notre vie, et surtout de l’espoir pour continuer. L’autre pôle serait une conscience de cette absurdité qui ne comporterait ni sens, ni espoir après la mort. Ce qui pourrait ne nous donner que deux portes de sorties : croire ou se suicider.

    Pour Camus, il n’y a qu’à choisir de vivre cette absurdité, et transformer cette défaite annoncée en victoire par la révolte, la passion et l’amour, sans attendre de récompenses futures plus grandes que celles que nous recevons au quotidien et ce, quelle que soit l’expérience que nous faisons.
     
    Grand détour – un peu lapidaire – par l’œuvre de Camus, mais qui sous-tend la démarche de Victor Pilon dans son processus apparemment insensé. «Vivre l’absurde parce qu’il n’y a pas à attendre une profonde signification, continue Victor Lapidaire, et donc je vais me mettre dans une situation de vulnérabilité, pour la première fois en public, moi qui ai toujours travaillé en arrière-scène, et aller dans cette mise à nu, chercher à être vrai et authentique». Et quand Victor Pilon est interrogé sur le travail physique qu’implique pendant des jours le déplacement des tonnes de sable, l’artiste répond qu’il s’est entrainé durant des semaines.

    Et si le découragement, l’épuisement le gagnent, avec humilité, il pensera à Sylvain, son conjoint décédé en 2017, le grand amour de sa vie pendant plus de 20 ans. «C’est suite à ce grand vide que la lecture de Camus m’a aidé et c’est le souvenir de Sylvain et de ce que nous avons été l’un pour l’autre qui m’a décidé à entreprendre une forme de quête de moi-même, qui m’a poussé à tirer de ce néant de sens l’énergie de vivre.»


    INFOS | Sisyphe : performance marathon, de Victor Pilon
    Stade Olympique, du 28 septembre au 27 octobre 2021, spectacle gratuit.
    4dart.com 

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