Vendredi, 3 Décembre 2021
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    En Pologne, fatigués et effrayés, les migrants se cachent aux confins de l’Union européenne

    Les mains tremblantes de peur et de fatigue, Hadi, un Irakien de 19 ans, se prépare à passer une nuit dans le froid d’une forêt du sud-est de la Pologne, juste après avoir franchi la frontière de l’Union européenne à partir du Bélarus.

    Rencontré par des journalistes de l’AFP jeudi 30 septembre, à quelques kilomètres de la frontière, le jeune homme raconte qu’il fait ce même parcours pour la troisième fois, après avoir été renvoyé à deux reprises au Bélarus par les garde-frontières polonais.

    Hadi, l’un des milliers de migrant·es, pour la plupart originaires du Moyen-Orient, qui ont franchi ou tenté de franchir cette frontière longue de 400 kilomètres depuis août, déclare que les gardes lui avaient dit de ne plus revenir.

    Jeudi, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, devait se rendre à Varsovie pour discuter de la question avec le ministre polonais de l’Intérieur.

    Ils nous ont repoussés et nous ont dit : « Ne revenez plus ici. Retournez au Bélarus ! », raconte Hadi, un chapeau rose portant l’inscription « LOVED » sur la tête. « Je suis fatigué et inquiet  », confie-t-il, grelottant dans son sac de couchage posé à même le sol, dans un endroit entouré d’arbustes pour se cacher des garde-frontières.

    Hadi reste là avec deux amis irakiens, Ali et Ameer, qui ont fait le voyage avec lui. Ali porte un bandana multicolore et a des tatouages sur le cou, Ameer, une casquette de baseball à paillettes. Tous trois sont issus de la communauté LGBTI+ irakienne. Ils disent avoir fui l’Irak parce qu’ils étaient harcelés après avoir manifesté en faveur des droits LGBTI+.

    « Quelques mois après les manifestations, ils ont commencé à nous menacer », insiste Hadi, ajoutant qu’il a vécu « pendant une année entière dans la clandestinité » en Irak.

    Lois européennes
    L’Union européenne soupçonne le Bélarus d’être à l’origine de l’afflux de réfugié·es, en guise de représailles contre les sanctions européennes, mais Minsk en rejette la responsabilité sur les pays occidentaux.

    La Pologne a envoyé des milliers de soldats à la frontière, érigé une clôture de fils barbelés et instauré un état d’urgence de trois mois le long de la zone frontalière, qui en exclut l’accès aux journalistes et aux organisations humanitaires.

    Des ONG, dont Amnesty International, ont accusé le gouvernement d’empêcher les migrant·es de présenter leurs demandes d’asile et de les forcer à retraverser la frontière. Interrogé sur ces refoulements la semaine dernière, le vice-ministre de l’Intérieur, Maciej Wasik, s’est contenté de dire que la Pologne utilisait « tous les moyens légaux » pour protéger sa frontière.

    Coincé·es entre les gardes polonais d’un côté et les Bélarusses de l’autre, de nombreux·ses migrant·es se sont retrouvé·es pris·es dans un tragique va-et-vient à travers les épaisses forêts de la région.

    Cinq personnes sont mortes jusqu’à présent.

    Le gouvernement polonais veut que la législation soit modifiée afin de permettre aux agents frontaliers d’ignorer plus facilement les demandes d’asile et de renvoyer les migrant·es, ceux-ci n’agissant pour le moment qu’en application d’un simple arrêté du ministère de l’Intérieur.

    La commissaire Johansson a déclaré que la législation actuellement en discussion au Parlement polonais soulevait d’emblée « plusieurs interrogations » et a appelé à la « transparence dans la protection des frontières extérieures de l’UE ».

    « Nous ne sommes pas de la police »
    Au fin fond de cette forêt de la région de Chelm, une ville située à une vingtaine de kilomètres de la frontière, les jeunes Irakiens expliquent qu’ils ont communiqué leur position aux ONG à l’aide de leur téléphone.

    Ils ont été retrouvés par des représentants du groupe de défense des droits humains Homo Faber, qui ont fait un long trajet en voiture sur une route forestière cahoteuse et une marche aux flambeaux. « Protection internationale !  » ont crié Anna Dabrowska et Piotr Skrzypczak, chargé·es de leur fournir de la nourriture et des vêtements, en cherchant les migrants.

    Après avoir trouvé les trois Irakiens, Anna Dabrowska a lancé : « Nous ne sommes pas de la police. Ne vous inquiétez pas !  ». Et Piotr Skrzypczak d’ajouter : « Vous êtes en Pologne !  »

    Les militant·es leur ont offert une assistance juridique, proposant de déposer en leur nom une requête directement auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme pour qu’ils puissent rester sur le territoire polonais.

    Selon les garde-frontières, plus de 8 200 migrant·es ont été empêché·es d’entrer en Pologne depuis début août. Mille deux cents autres ont réussi à la traverser et se trouvent actuellement en détention.

    Interrogée sur le nombre des migrant·es qu’elle a pu aider, Anna Dabrowska répond qu’il est « difficile de donner un chiffre car ce sont souvent les mêmes personnes qui tentent de traverser, encore et encore ». « Ces gens sont renvoyés au Bélarus et ils essaient à nouveau d’entrer en Pologne, alors on les voit pour une deuxième fois, une troisième, une quatrième… »

    Avec l’AFP 

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