Samedi, 2 juillet 2022
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    Militer, c’est bien plus que sortir dans la rue

    À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des femmes, j’avais envie de souligner le travail de femmes d’exception en plus de réfléchir à cette Journée qui, selon moi, est toujours autant d’actualité. Également appelée Journée internationale des droits des femmes dans certains pays comme la France, cette Journée vient mettre de l’avant la lutte pour les droits des femmes afin de réduire les inégalités par rapport aux hommes.

    Plus qu’une question de nomenclature, cette Journée représente davantage que sortir dans la rue pour manifester son mécontentement ou exprimer son existence. Plus encore, c’est l’occasion de constater tout le travail accompli depuis des lustres et d’honorer nos militantes, peu importe leur façon de militer. Écrire, réfléchir et souligner le travail des femmes au sein de cette chronique est, pour moi, une prise de parole, une forme de militantisme. Ce que plusieurs femmes courageuses ont fait bien avant moi. Prendre la plume est, à mon avis, une façon plus efficace — certes intellectuellement parlant — de manifester son accord ou son désaccord avec les normes sociales.

    Bien sûr, il fut un temps où investir l’espace public était nécessaire pour les femmes, ce qui se traduisait par des manifestations dans la rue, mais je me demande si, au-delà de la « liberté d’expression » que cela procurait sur le coup, ça a vraiment changé les choses. Peut-être très certainement sur la durée, annexée au travail dans l’ombre (rapports, interventions, etc.), car depuis des décennies — contrairement à ces camionneurs qui pensent poser un acte pionnier et révolutionnaire — les femmes résistent et descendent dans la rue. Cependant s’il y a une chose que ces femmes ont probablement apprise bien avant ces camionneurs — symboles chouchous du patriarcat (bien qu’il y ait une minorité de femmes au sein du corps de travail) — c’est que les manifestations ont leurs limites et que les femmes (comme les étudiants, d’ailleurs) sont rapidement tassées de la voie publique, ou du moins rarement le moteur de changements durables. Manifester est un droit qui, à lui seul, change rarement les droits. Je ne dis pas ça sans que mes pieds aient foulé le sol.

    Pour avoir déjà manifesté en lien avec la cause féministe et LGBTQ+, j’ai toujours eu l’impression que j’exprimais mon mécontentement ou mon appui à une cause, sans pour autant que la manifestation soit en elle-même une source réelle de changements de mœurs ou de législations. À mon sens, il faudrait être réellement naïf ou faire partie des privilégiés de la société pour penser obtenir un changement législatif durable après seulement une manifestation. C’est probablement ce que les militantes féministes des années 1960 et 1970 ont appris avant nous. Et si changement rapide il y a, c’est parce qu’il concerne des privilégiés de notre société capitaliste et patriarcale. Pas nécessairement parce que leur cause est plus honorable ou parce qu’ils crient plus fort, mais parce que leur voix compte davantage. Point. Jusqu’à aujourd’hui, la voix des femmes n’a jamais pesé très lourd dans la balance.

    Si vous trouvez mon discours radical, il suffit de demander à des militantes actives depuis plusieurs années pour faire le constat. Connue pour son militantisme féministe et LGBTQI+ depuis plus d’une décennie, la journaliste française Alice Coffin raconte, dans son (controversé) ouvrage Le génie lesbien, ses actions militantes au sein du collectif féministe La Barbe.

    « En France, il y a une délégitimation du militantisme, c’est-à-dire qu’en tant qu’activiste, on n’est pas reconnu comme des personnes », confiait-elle au magazine Fugues en 2021. Nous pourrions ajouter que le fait d’être femme ajoute une couche de délégitimation. Certes, elle prendra les armes, par le biais de la littérature, afin d’être écoutée. Et ce, à l’âge de 41 ans, comme une certaine Simone de Beauvoir qui publiait l’incontournable Le deuxième sexe en 1949. D’ailleurs, Coffin femmes de la diversité sexuelle, sont malheureusement toujours d’actualité. C’est un peu le même constat que fera la chanteuse américaine Melissa Etheridge. Si être une femme lesbienne out qui chante ses états d’âme en s’accompagnant à la guitare est déjà un acte pionnier dans les années 1990, militer pour ses convictions et les clamer haut et fort est d’autant plus courageux. Elle utilisera d’ailleurs sa voix pour « militer » contre la tuerie d’Orlando, une des nombreuses actions qu’elle posera au cours de sa carrière en utilisant son outil premier : la musique. À chaque artiste son arme ! Sappho avait ses poèmes, bien que peu de traces subsistent…

    De Thérèse Casgrain à Manon Massé, des femmes d’envergure ont pris la parole sur la scène politique québécoise pour signaler leur mécontentement vis-à-vis du système patriarcal afin de faire changer les choses. Sans parler de toutes celles qui travaillent dans l’ombre dans le milieu communautaire et dans divers secteurs en venant en aide aux victimes du patriarcat. D’ailleurs, l’un ne va pas sans l’autre, si l’on pense à des artistes engagées comme la cinéaste indépendante Sophie Bissonnette, qui prend sa caméra pour dénoncer et témoigner de nos luttes. Ainsi avec ses documentaires sur la condition des femmes, réalisés entre 1978 et 2020, la cinéaste offre un vibrant témoignage des luttes féministes menées par les Québécoises : « Je suis venue au cinéma, portée par deux émotions fortes : la passion et la colère », exprime-t-elle lors d’une rétrospective à la Cinémathèque québécoise en 2020. Exploiter une émotion, un talent et travailler pour gagner en notoriété dans l’espace public est d’ailleurs tout aussi applicable dans le sport.

    Pensons à l’équipe féminine de hockey du Canada qui s’illustre à chaque passage aux jeux Olympiques, alors qu’elle n’obtient que le huitième des miettes de la reconnaissance médiatique et financière des Canadiens, une équipe de hockey masculine qui ne fait que cumuler les défaites (et les millions). Injuste n’est-ce pas ? Vous pensez qu’il suffit d’investir la rue pour que tout cela change ? Bien sûr que non. Oui, investir la rue permet de manifester son mécontentement, de se défouler. Mais après un temps, après des décennies, voire des siècles d’injustices, cela parait vain. Néanmoins, il suffit de regarder les différentes créations des femmes à travers les écrits, les musiques, les films, les peintures, les groupes communautaires et sociaux, les structures féministes, les visions politiques, etc. pour constater à quel point elles ont réellement investi l’espace public dans le but d’en faire une société plus juste et équitable. Bonne Journée internationale des femmes à celles et ceux qui les aiment et qui luttent pour leurs droits !

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