Mercredi, 29 juin 2022
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    Balayer dans notre propre cour

    Lors du colloque organisé par Diversité.02 en février dernier sur les violences entre hommes, gais, bisexuels, trans et queer, je m’interrogeais sur ce qui pouvait pousser l’« homme » quelle que soit sa catégorie d’appartenance, à s’en prendre à son conjoint. Ce type de comportement était-il dû à une simple reproduction des comportements masculins hétérosexuels encore trop tolérés, voire valorisés ? Ou devait-on y voir des raisons liées entre autres au statut de minoritaires dans nos sociétés?


    Je n’ai pas de réponses, seulement quelques hypothèses, qui s’écrasent comme la vague sur la plage, faute d’études — qui existent peut-être — mais qui sont alors restées confidentielles.
    Le colloque de Diversité.02 a eu au moins le mérite de mettre le projecteur sur ces questions. Bien sûr, on y a parlé aussi de toutes les violences et autres agressions intracommunautaires et de celles, parfois plus insidieuses, de la part des intervenant.e.s et des professionnel.le.s de la santé. Comme toujours, quand il est question de violence et de violence sexuelle, les données les plus accessibles proviennent des victimes, de celles qui osent aller chercher de l’aide ou encore de celles qui portent plainte, sachant qu’elles seront peut-être amenées à se confronter à une violence institutionnalisée de la part des autorités policières et judiciaires.

    Mais qu’en est-il de l’homme violent abuseur, qu’il soit gai, bi, trans ou queer ? Bien sûr, celui qui frappe son conjoint ou qui tient des propos transphobes sur son voisin ne s’en vantera pas publiquement ni même viendra témoigner dans un colloque. Jamais on n’entendra ce genre de propos devant un groupe ou une caméra : « Bonjour, je m’appelle Machin, et j’ai souvent frappé ou maltraité les différents conjoints avec lesquels j’ai vécu ».

    Bien sûr, il existe de vieux clichés provenant du discours hétéronormatif et qui ont été intégrés par beaucoup d’entre nous avec comme présupposé que, par essence, un homme GBTQ ne peut-être violent, autrement dit qu’il n’a pas en lui ce qu’il faut par définition pour se comporter comme un homme cisgenre et hétérosexuel. Cette idée fait partie de la palette de clichés autour de ces sous-hommes ou faux hommes, gentils, craintifs, bien élevés, propres sur lui.

    Enfin, le spectre de la violence conjugale est très large et, quelle que soit sa forme, elle peut causer des dégâts sur celui qui la subit. Elle va des petites remarques négatives, mais continuelles, ce qu’on appelle dans le jargon du travail social les microagressions, jusqu’aux coups et aux viols. Chaque fois, il s’agit d’une prise de pouvoir et de contrôle, qui n’a rien à voir avec un quelconque dérapage accidentel dans une relation amoureuse.

    Fort de ce constat et sur le modèle des organismes qui viennent en aide aux femmes abusées et violentées, les organismes comme REZO proposent des formations adressées aux intervenant.e.s afin de leur donner les outils pour être à même de mieux aider un GBTQ en
    situation d’abus et de lui apporter des solutions pour sortir d’une relation toxique de façon à ce que le conjoint victime soit de nouveau en sécurité.

    Mais la question reste la même : qu’en est-il de l’homme GBTQ violent ? Est-ce que cela ne tient pas aussi à une forme de négation d’une réalité qui ternirait l’image de nos communautés ? Il y a des victimes, on s’en occupe, mais on n’amène pas la réflexion sur un autre plan : celui de toutes les formes d’intolérances envers nos pairs dans nos communautés, qui peuvent mener à des actes de violence.

    Il est difficile de rejoindre les conjoints violents, de tenter de les aider et de leur faire comprendre que la violence n’est jamais une solution, mais une spirale infernale, car il y a un manque d’informations et de sensibilisation auprès de nos communautés pour prévenir de tels comportements. Il serait important de donner accès à une liste de ressources où ces GBTQ violents pourraient, eux aussi, tenter de changer leurs comportements et peut-être ainsi découvrir ce qui les amènent à agir dans ces extrémités.

    Deux constats s’imposent. Le premier est que nous avons tendance dans nos communautés à venir en aide de façon individuelle, dans ce cas-ci en se préoccupant de chaque victime. Comme si la violence conjugale entre conjoints de même sexe était exceptionnelle. Aucune campagne, même publicitaire, ne fait état de cette réalité. Le colloque animé depuis Saguenay sur « Mieux prévenir et contrer les violences sexuelles chez les hommes gais, bisexuels, trans et queers » constitue la toute première intervention de l’universitaire Valérie Roy sur ce sujet, qui ciblait la violence dans les relations intimes et amoureuses chez les populations LGBTQ2E+. Le reste du colloque abordait la violence des hommes GBTQ, mais extracommunautaire. Que ce soit la petite violence symbolique banale dans les relations quoti-diennes avec l’administration, avec le système de santé, dans le milieu du travail, etc., ou encore celle, plus tragique, qui survient dans les attaques physiques faites par des hommes hétérosexuels ou qui pensent l’être.

    Le second constat est que, par stratégie et par peur de présenter une image négative de nos communautés, nous concentrons nos interventions de sensibilisation et d’éducation en direction du grand public, perçu comme étant très majoritairement hétérosexuel. Il est vrai que le système de financement des programmes demande que ceux-ci s’adressent à la population en général et non à des groupes précis, mais ceci a pour résultat et conséquences que nous avons délaissé l’information et la sensibilisation à l’intérieur de nos propres communautés.

    Il en va de même pour bien d’autres sujets. On fait comme si nos communautés étaient à l’aise avec les personnes trans, avec les personnes qui se définissent comme queer, avec le sexisme, le racisme, l’âgisme, etc. Le discours politiquement correct défendu par les organismes communautaires tend à laisser croire à une hégémonie de nos communautés sur de grandes questions qui nous touchent toustes et qui peuvent générer une violence intracommunautaire qu’on ne veut pas voir.

    En somme, cette acceptation et cette intégration totales que nous nous évertuons de faire comprendre à la population en général pour ainsi éviter le rejet, la discrimination et la violence, il faudrait de toute évidence appliquer cette même médecine à l’intérieur de nos communautés.

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