Directeur général de RÉZO
Te considères-tu comme militant·e, ou simplement comme quelqu’un qui agit pour sa communauté?
Alexandre Dumont Blais : À travers mon parcours communautaire à RÉZO, amorcé à la fin de 2011, j’ai constaté que le militantisme peut — et doit — prendre plusieurs formes : dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans les médias, lors d’événements, auprès des bailleurs de fonds ou encore dans les rencontres avec des partenaires. Dans cette optique, je dirais que je milite de différentes façons, auprès de diverses instances, notamment pour renforcer l’accès aux soins et améliorer leur adaptabilité aux réalités des communautés, mais aussi pour faire entendre la voix des personnes marginalisées que nous desservons.
Selon toi, pourquoi l’engagement communautaire reste-t-il important aujourd’hui?
Sans l’implication des communautés, sans cette approche du « par et pour », sans la valorisation des savoirs et des vécus expérientiels dans notre quotidien, le tissu social sonnerait faux. S’engager, c’est d’abord un acte personnel, mais c’est aussi un geste tourné vers sa communauté, vers son soutien et sa pérennité. Dans le contexte actuel, où la haine et la désinformation prennent de l’ampleur, l’engagement communautaire constitue un rempart essentiel.
Quelles luttes te semblent les plus urgentes pour la communauté LGBTQ+ actuellement?
Alexandre Dumont Blais : Plusieurs luttes urgentes se superposent, et il est difficile de les hiérarchiser tant les besoins sont grands dans un contexte d’instabilité politique. Cela dit, le maintien de nos acquis me semble fondamental. Si les bases s’effritent, il devient difficile de construire quoi que ce soit. Le sous-financement chronique de la prévention et des missions des organismes communautaires en diversité sexuelle et de genre met ces acquis en péril et fragilise des services essentiels, notamment pour les jeunes et les personnes les plus vulnérables. La prévention du VIH — incluant un accès rapide et gratuit à des stratégies clés comme la PrEP — demeure au cœur de mes préoccupations.
Qu’est-ce qui te donne espoir quand tu regardes les nouvelles générations queer?
Alexandre Dumont Blais : J’observe chez les jeunes une capacité à s’affirmer plus tôt,
à prendre la parole et à revendiquer avec créativité. Les approches sont plus fluides, les modes de pensée sont remis en question, et les visions proposées sont souvent plus décomplexées. C’est extrêmement énergisant.
Si tu devais résumer en une phrase pourquoi il faut encore s’engager aujourd’hui, que dirais-tu?
Alexandre Dumont Blais : Si on ne s’engage pas, personne ne le fera à notre place. Il faut aussi le faire pour celles et ceux qui ont lutté avant nous, parfois au prix de leur vie. Refusons de rester dans l’angle mort : avançons ensemble, au cœur de nos luttes, avec rage ou avec douceur, mais toujours dans la solidarité.

