Mercredi, 7 Décembre 2022
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    Combien de réfugié.e.s LGBTQ ukrainien.ne.s arrivé.e.s au Québec ? Zéro. Peut-on commencer à agir ?

    Dans une chronique précédente, j’évoquais notre impuissance à venir en aide aux personnes LGBTQ à travers le monde, qui ne bénéficient d’aucune sécurité et doivent vivre dans la clandestinité et la peur. Bien sûr, nous témoignons via les réseaux sociaux dès que nous sommes mis au courant d’une arrestation, d’un meurtre, d’un viol dans tel ou tel pays, tout en sachant le peu de poids que cela représente auprès des autorités, des gouvernements. Et sûrement en déplorant de ne pouvoir en faire un tout petit peu plus.


    La crise humanitaire en Ukraine repose la même question : qu’en est-il des personnes LGBTQ qui quittent l’Ukraine ? Sont-elles prises en compte par les gouvernements des différents pays qui ont décidé d’ouvrir leurs portes aux déplacé.e.s de guerre ? Je parle de l’Ukraine, mais je pourrais tout aussi bien parler de tous les pays où des populations tentent de fuir, pour des raisons semblables ou différentes, les terres où elles se trouvent en danger. Que l’on pense à l’Afghanistan, au Yémen, la liste serait bien longue.
     
    Le Canada est une terre d’accueil. On peut faire une demande d’asile en arrivant sur le sol canadien de façon légale ou non (chemin Roxham) ou même depuis l’étranger à partir d’un bureau de l’Agence des services frontaliers du Canada. Il est aussi possible, en tant que citoyen.ne canadien.ne, d’organiser un parrainage pour une ou plusieurs personnes. Il existe donc des outils, que l’on peut certes critiquer, mais qui sont à notre disposition pour faire notre part. Ainsi, en 2017, le groupe canadien Rainbow Railroad a réussi à faire venir une trentaine de jeunes Tchétchènes gais, de la même façon qu’ils ont depuis permis l’arrivée de Syrien.ne.s et, plus récemment, d’Afghan.ne.s LGBTQ. L’organisme a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral pour réaliser ce « sauvetage » humanitaire.
     
    En cherchant à savoir ce que nous faisons, au Québec, aussi bien du côté communautaire que du gouvernement, pour trouver des solutions et contribuer à cet accueil humanitaire, ma déception fut grande.
     
    Je me suis d’abord tourné vers le Conseil québécois LGBT, instance qui fédère de nombreux groupes LGBTQ et qui est un interlocuteur privilégié du gouvernement québécois, parce qu’il porte les dossiers chauds qui conduisent généralement à la mise sur pied de programmes et de services. J’ai alors tenté de joindre une personne responsable et j’ai reçu la réponse que voici de la part de la directrice générale : « Nous avons pris ton message. Je ne me sens pas nécessairement la mieux placée pour parler des réfugié-e.s qui arrivent. Toutefois, on a plusieurs organismes membres ou alliés, qui ont une plus grande expérience terrain là-dessus. » Une réponse claire, qui témoigne bien du fait que le dossier des réfugié.e.s ne constitue pas une priorité. Il n’y avait même pas un embryon de réflexion sur ce qui pourrait être fait. La courte réponse était suivie d’un nombre d’organismes LGBTQ pancanadiens voués à cette problématique, tous hors Québec, à une exception près, le groupe québécois AGIR Montréal (Action LGBTQIA+ avec les ImmigrantEs et Réfugiés).
     
    J’ai donc contacté AGIR et après avoir expliqué en détail ce que je souhaitais obtenir comme informations, là aussi, la réponse est tombée par courriel et m’a laissé dubitatif : « Bonjour. Mon collègue a partagé vos informations pour faire le suivi de l’appel téléphonique. Il semble que vous ayez des questions sur les enjeux des réfugié.e.s LGBTQ+ ? Pouvez-vous nous faire part de vos besoins et nous verrons si nous pouvons répondre à vos demandes. » Comme si la conversation que j’avais eue avec un membre de l’organisme n’avait jamais eu lieu.
     
    Soulignons tout de même que dans les deux réponses reçues, aucun commentaire n’a démontré une quelconque sensibilité, ni de compassion à l’égard des Ukrainien.ne.s LGBTQ à la recherche d’un pays d’accueil. À défaut de pouvoir agir, il aurait au moins été sage de faire preuve d’un peu plus d’empathie en témoignant de la préoccupation d’organismes qui œuvrent pour le bien-être et la protection de toustes.

    Force est de constater qu’il n’y a aucune structure au Québec pour venir en aide aux réfugié.e.s LGBTQ afin qu’ils et elles s’installent au Québec, ni pour les accompagner dans leurs démarches administratives en lien avec l’immigration, ni pour leur offrir du soutien dans leur intégration à la société québécoise. Je l’ai déjà écrit, mais il est souvent difficile pour un.e transgenre, une lesbienne ou un gai de se tourner vers sa communauté d’origine installée ici, ou encore de frapper à la porte des organismes reconnus dédiés aux communautés culturelles. La plupart ont déjà été confrontés à des épisodes traumatisants, ont vécu dans une semi-clandestinité et surtout n’ont jamais beaucoup parlé de leur orientation sexuelle à des tiers. Le fossé est immense. Mais tout porte à croire que le Québec et le milieu communautaire LGBTQ n’offrent pas ces types de services et ne se sentent pas interpellés comme le sont d’autres provinces telles la Colombie-Britannique ou l’Ontario. L’accueil structuré des réfugié.e.s LGBTQ au Québec n’existe tout simplement pas. Quant à envisager des parrainages collectifs, humanitaires ou autres, nous en sommes à des années-lumière.
     
    La première objection que l’on m’a faite quand j’ai abordé la question avec des personnes qui ont œuvré dans le communautaire était à l’effet que cet enjeu des réfugié.e.s relevait de la juridiction fédérale et non provinciale. Mais à ce que je sache, le Québec fait encore partie du Canada. Et puis il existe aussi des programmes du ministère de l’Immigration du Québec, comme celui intitulé « Immigration humanitaire », qui pourrait déjà être une porte d’entrée pour envisager des parrainages.
     
    En fait, il s’agit d’une décision politique qui est entre les mains du communautaire LGBTQ québécois en vue de mettre en place une structure dont la mission serait, d’une part, de faciliter l’arrivée de réfugié.e.s LGBTQ et, d’autre part, de veiller à leur installation dans leur nouvelle vie par un accompagnement approprié. Une structure qui s’occuperait de faire toutes les représentations politiques aussi bien pour recevoir l’aide financière nécessaire, que pour faire pression sur le gouvernement québécois afin qu’il soit non seulement plus sensible, mais aussi plus actif.

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