Samedi, 1 octobre 2022
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    Le mariage accessible pour tous à Taïwan, sauf pour les couples de même sexe transnationaux

    Le troisième anniversaire de la légalisation du mariage gay à Taïwan cette semaine a un goût amer pour Vincent Chuang, qui, lui, ne peut toujours pas épouser son compagnon étranger.

    À l’avant-garde du mouvement pour les droits LGBT en Asie, Taïwan a été pionnier dans la région en légalisant les unions entre personnes de même sexe le 17 mai 2019. Mais les couples binationaux ne peuvent se marier que si le pays d’origine du compagnon étranger reconnaît le mariage homosexuel. Pour les militants LGBT, il s’agit d’une discrimination pour les couples transnationaux et cela les oblige souvent à vivre leur relation à distance, particulièrement en période de pandémie.

    Vincent Chuang, un enseignant de 36 ans, n’a pas pu voir son partenaire philippin Andrew Espera pendant deux ans. «Nous sommes deux personnes qui s’aiment et qui veulent être ensemble. Nous ne demandons rien d’extravagant, seulement ce simple droit», explique-t-il. Leur idylle a commencé aux Philippines il y a six ans. «Il était chef cuisinier dans la chambre d’hôte où je séjournais. Ca a été le coup de foudre», se rappelle M. Chuang. Avec la fermeture de Taïwan pour se protéger de la pandémie, le couple a dû se contenter d’une relation à distance, Andrew enseignant à son partenaire sa langue, le tagalog, et la cuisine, par écrans interposés, tout en essayant par tous les moyens de se retrouver.

    Environ 500 couples concernés
    Ils ont failli baisser les bras, mais Andrew a finalement obtenu un visa étudiant et ils se sont retrouvés cette semaine. «Nous prions pour que Taïwan puisse nous accepter, accepter notre relation et nous autorise à être des partenaires légaux, même si mon pays n’a pas encore légalisé le mariage de même sexe», explique Andrew, 31 ans

    Selon l’Alliance taïwanaise pour la promotion des droits à l’union civile, quelque 470 couples homosexuels transnationaux souhaitent actuellement se marier mais ne le peuvent pas. Cette association a lancé plusieurs procédures judiciaires pour faire lever cette restriction, dont trois ont obtenu satisfaction. Mais les décisions des tribunaux ne s’appliquent qu’aux couples en question. Ceux qui veulent obtenir le même droit doivent se lancer dans une bataille judiciaire de longue haleine.

    Le gouvernement taïwanais «s’enorgueillit souvent d’être le premier en Asie» à légaliser le mariage homosexuel, souligne le secrétaire général de l’Alliance, Chien Chih-chieh. «Mais il y a une lacune évidente qui doit être corrigée». La dernière fois que Lee Wei-cheng a vu son compagnon birman, c’était à la grande marche de la fierté en 2019, où 200 000 personnes avaient fêté la légalisation du mariage homosexuel. Puis la pandémie a éclaté en 2020, suivie du coup d’État en Birmanie un an plus tard.

    Il ne se passe pas un jour sans que Wei-cheng, un fonctionnaire de 31 ans, s’inquiète pour la sécurité de son compagnon, qui est de l’ethnie Karen, celle-là même qui a constitué un groupe armé opposé à la junte au pouvoir. «Nous espérons vivre ensemble à Taïwan et nous pensions que nous marier serait le meilleur moyen, mais nous ne pouvons toujours pas le faire», explique-t-il.

    Visa étudiant
    «Nous sommes séparés depuis trois ans et nous nous sentons tellement impuissants. En tant que Taïwanais, je devrais avoir le droit d’épouser qui je veux, mais je suis privé de ce droit, de la liberté de mariage». Tan Bee Guat, une Malaisienne, vit à Taipei depuis six ans grâce à un visa étudiant qui lui permet de rester avec sa compagne Lai Kai-li, mais, sans mariage légal, l’avenir du couple reste incertain. «J’étais heureuse et j’avais de l’espoir quand Taïwan a légalisé le mariage gay, parce que c’est impensable en Malaisie», souligne Bee Guat dans leur appartement.

    Si le visa étudiant leur permet de vivre ensemble, il n’autorise la Malaisienne à travailler que 20 heures par semaine, ce qui oblige le couple à se reposer sur les revenus de Kai-li, éditrice indépendante. «Je perds foi et je suis fatiguée. J’ai déjà plus de 40 ans et je n’ai pas de carrière, je n’ai pas d’argent», soupire Bee Guat. Elles veulent continuer à se mobiliser pour obtenir une pleine égalité des droits. «Nous sommes traitées de façon différente à cause de notre orientation sexuelle», souligne Kai-li. «C’est de la discrimination».

    Rédaction avec AFP

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