Un prêtre est accusé d’en avoir tué un second. L’affaire semble cousue de fil blanc car le meurtre a eu lieu pendant une messe, sous les yeux de toute la congrégation, et personne ne remet donc en question sa culpabilité. Le détective Benoit Blanc est cependant d’un tout autre avis!
Dans le premier opus, « Knives Out » (À couteaux tirés), le décès d’un riche patriarche mettait au jour un réseau de mensonges familiaux, alors que dans le second,« Glass Onion », des nouveaux riches, réunis sur une île privée, se trouvait confronté à un meurtre. Ce nouvel opus explore à nouveau les bienpensants de ce monde, mais en le posant sur l’autel dogmatique de la religion.
En effet, l’Église Notre-Dame-de-la-Perpétuelle-Fortitude cache une ou plusieurs vipères en son sein ainsi que ce qui semble être un mystère de la chambre close. Si, comme le soutient Benoit Blanc (Daniel Craig), l’aspirant-prêtre Jud Duplenticy (Josh O’Connor) est innocent, alors comment peut-on expliquer la mort de Monseigneur Jefferson Wicks (Josh Brolin, délicieux de turpitude)? Après tout, au moment du meurtre, celui-ci se trouvait seul dans l’alcôve attenante à l’autel.
Les suspects ne manquent cependant pas, car Wicks dirigeait ses fidèles avec une main de fer dans un gant de titane, n’hésitant pas à les humilier ou à les réprimander publiquement, tout en leur soufflant à l’oreille les nombreux secrets qu’il détient à leur sujet. Est-ce qu’il aurait tenté une manipulation de trop qui aurait fait déborder un calice déjà trop plein?

Pourrait-il s’agir de Martha Delacroix (Glenn Close), dont la ferveur religieuse paraît suspecte, ou de son compagnon Samson Holt (Thomas Haden Church), le factotum du presbytère, qui semble un tantinet trop dévoué. Le docteur Nat Sharp (Jeremy Renner), qui semble réduit à l’état larvaire depuis le départ de sa femme, ou l’avocate Vera Draven (Kerry Washington), qui a tout sacrifié pour les autres, ne manquent également pas de motivations. À moins que ce ne soit Cy Draven (Daryl McCormack) qui rêve de devenir l’idole du parti Républicain et est prêt à utiliser les plus basses ficelles de l’âme humaine pour parvenir à ses fins (son discours est à la fosi hilarant et d’une consternante lucidité pragmatique).
Benoit Blanc n’est pas sans éprouver un léger inconfort à mener son enquête au sein de l’Église : athée assumé et en couple avec un autre homme, sa vision rationnelle du monde se heurte à une institution fondée sur des croyances, des superstitions et des jeux de manipulation. Les dialogues regorgent ainsi de piques jubilatoires et souvent hilarantes, où il tourne en dérision plusieurs dogmes. Il souligne notamment l’intolérance et l’homophobie omniprésente, tout en pointant du doigt la façon dont l’architecture des églises est pensée pour susciter des émotions spécifiques chez les croyants et ainsi mieux les manipuler.

Le scénario s’amuse à tourner en dérision certains aspects trompeurs des religions, notamment à travers une porte de Lazare, un mécanisme qui permet d’ouvrir un tombeau de l’intérieur lorsqu’on craint d’y être enterré vivant, qui fait ici office de métaphore ingénieuse pour illustrer la création de certains mythes fondateurs. Le film s’amuse également à déconstruire les codes traditionnels du roman policier, en multipliant les clins d’œil à des œuvres emblématiques du genre. Par exemple, les vingt premières minutes font écho au « Murder of Roger Ackroyd » (Le meurtre de Roger Ackroyd) d’Agatha Christie, tandis que les explications autour du crime en chambre close reprennent fidèlement des hypothèses énoncées dans le roman « The Hollow Man » (Trois cercueils se refermeront) de John Dickson Carr. L’intrigue, particulièrement astucieuse et bien construite, dévoile à chaque révélation une nouvelle énigme, rendant le mystère toujours plus complexe et captivant.
On peut sans doute regretter les hésitations du détective à révéler l’identité du coupable puisque ses justifications s’éloignent de la rigueur cartésienne dont il fait habituellement montre. Néanmoins, cela ne diminue en rien le plaisir de plonger dans une enquête mouvementée, où les principaux codes du roman policier sont brillamment mis en valeur. Le film nous révèle également un détail amusant: il s’avère que Benoit Blanc est amateur de comédies musicales… ou du moins d’une en particulier.
INFO | Le film « Wake Up Dead Man: une histoire à couteaux tirés » est disponible sur Netflix, en anglais et dans un excellent doublage français réalisé au Québec.








