Vendredi, 17 avril 2026
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    Puerto Vallarta sous tension : la communauté LGBTQ+ québécoise retient son souffle

    Destination soleil prisée des voyageurs LGBTQ+ du Québec (et du reste de l’Amérique du Nord), Puerto Vallarta traverse des heures d’incertitude après une flambée de violence survenue dimanche dans l’État de Jalisco. Si aucun élément n’indique que la communauté queer ait été ciblée, les images de fumée noire, de voitures incendiées et d’aéroport paralysé ont ébranlé le sentiment de sécurité qui faisait de cette ville la « capitale gaie du Mexique ».

    Une journée de chaos
    Les violences ont éclaté à la suite d’une opération militaire ayant mené à la mort de Nemesio « El Mencho » Oseguera Cervantes, chef du cartel de l’état de Jalisco, l’un des plus puissants au pays. Rapidement, des représailles ont secoué plusieurs secteurs de l’État, y compris Puerto Vallarta.

    En fin de matinée dimanche, des colonnes de fumée noire se sont élevées autour de la baie de Banderas, transformant l’iconique carte postale tropicale en paysage d’émeute. Des barrages routiers auraient été érigés et des véhicules incendiés.

    Jimmy Martin, producteur d’événements américain de 42 ans, installé à Puerto Vallarta depuis 2020, décrivait dimanche soir l’atmosphère surréaliste de la ville : « Ça ressemblait au film The Purge », confie-t-il, évoquant ce thriller dystopique où toute forme de crime devient permise pendant 12 heures. « On avait l’impression que les services d’urgence n’existaient plus. Personne ne venait. »

    Une sirène d’alerte de la protection civile, diffusée en espagnol, a ordonné aux résidents de rester à l’intérieur et de verrouiller leurs portes. Dans la Zona Romántica — cœur de la vie nocturne LGBTQ+ — les rues se sont rapidement vidées. Des témoins parlent d’hommes à moto fracassant des vitrines et lançant des sacs noirs dans des commerces pour y mettre le feu.

    « On a entendu des explosions, puis le fracas des vitres. De la fumée partout », raconte Denis, un Québécois gais à la retraite qui passe  5 mois par année là-bas. Selon lui, ni camions de pompiers ni voitures de police n’étaient «visibles pendant plusieurs heures dans les secteurs touristiques habituellement bien surveillés.»

    Aéroport paralysé et voyageurs coincés
    La violence a rapidement provoqué le chaos dans les transports. Des barrages routiers et des perturbations sécuritaires ont entraîné des annulations massives de vols à l’aéroport international de Puerto Vallarta. Des transporteurs majeurs, dont Air Canada et Air Transat ont suspendu temporairement leurs liaisons.

    Plus de 5 000 Canadiens (dont au moins un tiers de Québécois) se trouveraient actuellement dans la région. Les autorités consulaires recommandent aux voyageurs de rester sur place, d’éviter les déplacements non essentiels et de suivre les médias locaux.

    Sur le terrain, taxis, Uber et autobus se faisaient rares lundi. Certains résidents ont rationné leurs provisions, attendant la réouverture partielle de petites épiceries de quartier. En fin d’après-midi dimanche, un hélicoptère militaire aurait survolé la ville à basse altitude. Puis un silence tendu s’est installé.

    « C’est pire que pendant la COVID », explique Claude — un Lavalois qui habituellement 3 à 4 mois de vacances par année dans la Zona Romantica et qui se trouvait aussi à Puerto Vallarta quand la pandémie s’est déclarée en mars 2020 —, évoquant non pas l’isolement, mais la peur palpable dans les rues désertes. Il est néanmoins convaincu que cela va passer.

    Une destination LGBTQ+ majeure
    La ville génèrerait entre 30 et 40 % de son activité touristique grâce aux voyageurs LGBTQ+, soit près de 17 milliards de pesos en 2023 (environ 1,3 milliard de dollars canadiens). Des milliers de Canadiens — dont un nombre important de Québécois — y séjournent chaque année, plusieurs pour de longs séjours hivernaux.

    Puerto Vallarta attire la clientèle queer depuis les années 1960, notamment après que les visites discrètes d’Elizabeth Taylor et Richard Burton eurent attiré l’attention internationale sur ce village côtier alors paisible. La communauté LGBTQ+ s’est progressivement enracinée dans la Zona Romántica.

    Dans les années 1990, une descente policière dans un bar gai a catalysé un mouvement local pour les droits civiques, consolidant la réputation de la ville comme refuge et lieu d’affirmation.

    La destination est devenue encore plus populaire auprès des voyageurs LGBTQ+ canadiens au cours des dernières années. De nombreux Canadiens LGBTQ+ choisissent Puerto Vallarta plutôt que la Floride, évoquant un climat politique jugé plus hostile aux minorités sexuelles dans certaines régions des États-Unis.

    Pour l’instant, rien ne suggère que les cartels aient ciblé la communauté ou les commerces LGBTQ+ de la Zona Romántica. Aucune des personnes contactées pour ce reportage ne prévoit quitter la ville à court terme. Mais ils reconnaissent tous que, pour l’instant, l’image festive et de refuge de Puerto Vallarta est assombrie.

    Pour la communauté LGBTQ+ québécoise, très attachée à ce coin du Pacifique mexicain, l’heure est à la prudence — et à l’espoir que la ville retrouve rapidement son équilibre. Pour l’instant, l’incertitude domine.

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