Vendredi, 17 avril 2026
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    Une cour d’appel américaine confirme l’exclusion des personnes vivant avec le VIH de l’armée

    Une cour d’appel fédérale américaine a confirmé, le 18 février dernier, l’interdiction faite aux personnes vivant avec le VIH de s’enrôler dans l’armée des États-Unis. Cette décision marque un recul important par rapport à un jugement de première instance rendu en 2024 et relance le débat sur la persistance de la sérophobie au sein des institutions publiques.

    Dans un arrêt unanime, la United States Court of Appeals for the Fourth Circuit, basée à Richmond en Virginie, a estimé que la politique du Pentagone excluant les recrues séropositives demeure légalement valable. En vigueur depuis 1991, cette règle empêche toujours les personnes vivant avec le VIH de s’engager, même lorsqu’elles sont asymptomatiques et sous traitement efficace.

    Un revers en appel
    L’affaire, connue sous le nom Wilkins v. Hegseth, avait été intentée par trois personnes vivant avec le VIH. Toutes suivaient un traitement antirétroviral, présentaient une charge virale indétectable et ne manifestaient aucun symptôme. Appuyés notamment par l’organisation LGBTQ+ Lambda Legal, les plaignants soutenaient que les avancées médicales rendaient cette exclusion à la fois obsolète et discriminatoire.

    En première instance, une juge fédérale de Virginie leur avait donné raison en 2024, estimant que l’interdiction portait atteinte à leurs droits constitutionnels et contredisait les besoins de recrutement des forces armées américaines.

    La cour d’appel en a toutefois décidé autrement. Sans nier les progrès scientifiques, elle a rappelé que les tribunaux américains accordent traditionnellement une large marge de manœuvre aux autorités militaires. Selon les juges, les considérations opérationnelles, logistiques et budgétaires invoquées par le département de la Défense relèvent d’un « jugement militaire raisonnable » lié à la mission des forces armées.

    Le Pentagone a notamment mis de l’avant le coût annuel du traitement — évalué jusqu’à 20 000 dollars américains par personne — ainsi que les contraintes potentielles liées à des déploiements dans des zones où l’accès aux soins ne serait pas garanti.

    La science ignorée?
    Pour les organisations de défense des droits civiques, la décision fait abstraction de l’état actuel des connaissances médicales. Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), la vaste majorité des personnes vivant avec le VIH qui suivent un traitement efficace atteignent une charge virale indétectable. Ce principe, résumé par la formule « U = U » (Undetectable = Untransmittable), signifie qu’une personne dont la charge virale est indétectable ne transmet pas le virus lors de relations sexuelles.

    Les plaignants faisaient valoir qu’ils étaient pleinement aptes à servir, à être déployés et à remplir les fonctions exigées, sans risque pour leurs collègues. Pour leurs avocats, maintenir une interdiction générale revient à s’appuyer sur des représentations dépassées du VIH plutôt que sur des données scientifiques actuelles.

    À la suite de ce revers en appel, les groupes impliqués ont indiqué envisager un recours devant la Cour suprême des États-Unis.

    Une stigmatisation persistante

    Au-delà du dossier juridique, la décision soulève des enjeux plus larges pour les communautés LGBTQIA+. Historiquement associée à la stigmatisation des hommes gais et des personnes queer, l’infection par le VIH continue, dans plusieurs pays, de servir de motif d’exclusion dans l’armée, certains emplois ou encore dans des politiques migratoires.

    Pour plusieurs observateurs, le jugement du 18 février envoie un signal préoccupant. En validant l’exclusion de personnes dont l’état de santé est stabilisé et médicalement contrôlé, il risque d’entretenir la sérophobie et de freiner les efforts de déstigmatisation menés depuis des décennies.

    Dans un contexte international où les droits LGBTQIA+ font l’objet de débats récurrents et parfois de reculs, la décision de la cour d’appel américaine rappelle que les avancées ne sont jamais acquises. Pour les personnes vivant avec le VIH, y compris au sein des démocraties occidentales, la pleine reconnaissance de l’égalité demeure un combat d’actualité.

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