Un projet insensé, mais mené à bien. Pendant 37 ans, Robert Laliberté a photographié sa petite-nièce à chacun de ses anniversaires, de sa naissance jusqu’à aujourd’hui. Au fil des portraits se dessine le passage du temps, celui d’une enfant qui devient adolescente, puis adulte. Une traversée des années aussi fascinante qu’émouvante.
Émouvante, car celles et ceux qui connaissent le talent de Robert Laliberté retrouveront dans ces images le regard bienveillant du photographe, empreint de douceur et de tendresse. Mais aussi la complicité qui s’est tissée au fil des ans entre Sarah et son oncle.
« La complicité est venue avec le temps, témoigne Robert Laliberté. Quand Sarah était jeune, elle vivait ce moment comme un jeu. Puis, à l’adolescence, face aux changements que connaissait son corps, elle s’est demandé si elle souhaitait continuer. C’est peut-être là que la complicité est née, lorsqu’elle a compris le projet que je souhaitais mener, mais aussi pris conscience que j’étais véritablement un photographe et que cette démarche dépassait la simple photo souvenir. »
Tout reposait sur la confiance entre l’artiste et son modèle, une confiance qui a perduré jusqu’au dernier cliché, où Sarah apparaît avec son premier enfant dans les bras. Une image qui referme la boucle, comme si le temps, après avoir façonné une vie sous l’œil du photographe, venait lui-même signer le portrait final.
Beaucoup d’entre nous ont suivi le travail de Robert Laliberté, qui a signé pendant de nombreuses années les couvertures de Fugues. Au fil de sa longue carrière, ses nombreuses expositions nous ont permis de découvrir l’étendue de son talent, toujours marqué par un regard singulier. Dans ses portraits s’installe une véritable rencontre, presque amoureuse, entre le photographe et ses sujets. Une confiance profonde qui donne naissance à une forme d’osmose entre celui qui regarde et celui qui se laisse regarder.
« Je n’ai jamais cherché à provoquer lorsque je fais du portrait. Au contraire, j’essaie toujours de faire en sorte que la personne soit le plus à l’aise possible et qu’elle se reconnaisse lorsqu’elle voit les épreuves, explique Robert Laliberté. J’ai toujours adopté cette démarche, que je photographie des personnes âgées, des hommes nus ou des couples d’hommes nus. Il fallait que ce que j’avais vu et ressenti se retrouve dans l’image. Il fallait qu’il y ait une rencontre réelle, authentique. C’est peut-être pour cela que j’ai souvent privilégié les séries consacrées à un seul modèle : pour ressentir véritablement une connexion. »
Le choix des photos
Trente-sept portraits, comme autant d’instantanés d’une vie, racontent 37 années de l’existence de Sarah. Ils témoignent de son évolution, de la petite fille au regard espiègle à l’adolescente plus réservée, en quête d’elle-même, puis à la jeune femme qui prend sa place dans le monde adulte, jusqu’à devenir mère à son tour.
Pour constituer l’album, Sarah et Robert Laliberté ont choisi ensemble les clichés qui allaient retracer ce parcours. Une sélection qui n’a pas été sans discussions.
« Nous avons eu des discussions parce que nous n’étions pas toujours d’accord. Même si j’avais la possibilité d’imposer mon choix, je tenais à ce que Sarah participe pleinement à cette sélection. Jacqueline H. Stoneberger, qui signe la préface du livre, a également été consultée pour finaliser le choix des 37 portraits. »
Au-delà de la chronique intime d’une vie, ce projet photographique raconte ainsi une histoire de confiance, de transmission et de liens familiaux. Il rappelle que photographier quelqu’un pendant près de quatre décennies, ce n’est pas seulement saisir les transformations d’un visage : c’est aussi témoigner de ce qui demeure, malgré les années, dans le regard que l’on porte sur l’autre.
INFOS | DEVENIR SARAH un livre de photos par Robert Laliberté, sera lancé le 14 novembre et vendu à La Livrerie, 1289, rue Ontario à Montréal.