Dimanche, 17 octobre 2021
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    Faut qu’on se parle, Gabriel Nadeau-Dubois! — Entrevue

    C’est dans la cuisine de Fugues que nous avons reçu Gabriel Nadeau-Dubois pour une assemblée. Oups ! Non, une entrevue. Le jeune candidat pour Québec solidaire, peut-être élu au moment d’écrire ces lignes, dans la circonscription de Gouin en remplacement de Françoise David, a donc décidé de se lancer dans l’arène politique. Quelques années de réflexion et une grande tournée québécoise à la rencontre des citoyennes dans le cadre de «Faut qu’on se parle» l’ont convaincu de faire le saut.

    Déception pour certains d’entre vous, et pour tous ceux qui me demandaient si nous oserions lui poser la question, Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire, n’est pas gai. Il s’amuse d’ailleurs de cette rumeur persistante. Mais au-delà de l’aspect privé, c’est à celui qui veut changer les choses et les faire autrement que nous consacrerons l’ensemble de notre rencontre.

    Cette rumeur sur le fait que vous seriez gai…
    Elle date depuis 2012 avec le mouvement des carrés rouges, où je donnais beaucoup d’entrevues à la télé. Et comme les principaux diffuseurs se trouvent dans le Village, je m’y retrouvais avec des amies simplement pour aller dîner ou prendre un café. Je pense que cela a alimenté la rumeur, et je vois qu’elle perdure encore. Mais non, je ne suis pas gai. J’ajoute que cela ne me gêne pas non plus que l’on pense que je le sois.

    En allant à la rencontre des Québécois-es à travers les assemblées de cuisine de Faut qu’on se parle, est-ce que parmi les préoccupations des gens que vous avez rencontrées, les questions LGBTQ ont été abordées ou encore les questions autour de la procréation et de l’adoption pour les couples de même sexe ?
    Non, d’une part parce que les préoccupations des personnes rencontrées tournaient autour d’enjeux plus généraux comme l’éducation, l’environnement, la démocratie. Les enjeux qui touchaient la diversité culturelle, la diversité LGBTQ ressortaient moins dans les discussions. D’autres part, je pense que, peut-être, la formule de 10 à 25 personnes réunies et qui discutent entre elles ne permettaient pas d’aborder des questions comme celles-ci parce que pour encore beaucoup, ces sont des sujets sensibles et délicats à aborder en groupe. Mais j’émets en fait une explication qui demanderait à être vérifiée.

    Dans cette tournée québécoise, n’aviez-vous pas l’impression de vous adresser à des convaincus ?
    C’était effectivement le danger mais j’ai été très vitre rassuré. Le plus étonnant, c’était de voir que l’on ne parle pas beaucoup au quotidien de politique en famille, entre collègues, entre amis. Et au cours de ces rencontres, certains découvraient que leur meilleur ami, leur collègue ou même leur conjoint-e ne partageait pas les mêmes analyses sur certains sujets. Et il y avait des personnes de tous les horizons, que ce soit en termes d’âge, d’allégeance politique ou encore de classe sociale.

    Est-ce à raccrocher avec le désengagement plus général de la population vis-à-vis de la politique ?
    Oui, et c’est un désengagement dangereux, moins les partis politiques ou les élu-es sont à l’écoute de la population, moins la population va s’intéresser à ce qu’ils font. C’est une spirale de désengagement qui fait le lit du populisme. La population semble de plus en plus impuissante à infléchir le cours des choses et ne fait plus confiance en la classe politique. Il faut briser ce cercle vicieux mais je n’ai pas de réponses toutes faites. Mais selon ma courte et intense expérience, il faut ouvrir des espaces pour que l’on se parle mais aussi pour écouter la population, une façon de se réapproprier la conversation démocratique. Mais ces lieux manquent, et ce ne sont pas les réseaux sociaux qui favorisent une plus grande participation démocratique.

    Se lancer en politique représente aussi un défi pour garder la confiance de celles et ceux qui nous ont élu ?
    C’est le parti et les règles de démocratie qu’il s’est fixé qui sont à mon avis le meilleur garde-fou contre toutes les dérives. Je ne pense pas qu’un homme ou une femme politique doive être jugée sur ses valeurs individuelles comme on le voit trop aujourd’hui. Je suis à Québec Solidaire qui est farouchement démocratique et dont les membres ont un fort contrôle sur les porte-paroles. C’est ça le meilleur garde-fou bien plus que les vertus de Manon Massé, Amir Khadir ou de moi-même. On ne parle très peu dans les médias du fonctionnement démocratique ou non des partis en braquant le projecteur seulement sur le caractère ou la personnalité d’une ou d’un élu-e, d’une ou d’un ministre. Il faut dépersonnaliser les situations.

    Certes, mais on est dans une société où l’image est importante et où il est difficile de ne pas tomber dans le vedettariat. Vous le savez bien depuis 2012 et cela a contribué à vous faire connaître à l’échelle de la province ?
    Bien sûr que je suis bien placé pour le savoir pour m’être retrouvé partout alors que j’avais 21 ans. C’est pour cela que j’ai voulu prendre quelques années en retrait, pour faire le point et réfléchir à ce que je souhaitais faire. Mais je pense qu’il faut arrêter de regarder la politique comme un combat de coqs. Je dis de coqs parce que ce sont encore majoritairement des hommes même si cela commence à changer. Et cela nous empêche de voir les véritables enjeux. Et si l’on admire, ou du tout du moins, on reconnaît l’intégrité de Françoise David, de Manon Massé ou d’Amir Khadir, c’est parce qu’ils sont aussi dans un parti démocratique intègre, qui les protègent de toutes dérives d’apparaître comme des sauveurs, ou que tout repose sur leurs épaules,

    Revenons aux enjeux LGBTQ et au Village…
    Disons-le tout de suite, je ne suis pas un expert en la matière, même si, vous vous en doutez, je suis très sensible à tout ce qui touche l’égalité, le respect des droits de la personne ou encore à la lutte contre toute discrimination qu’elle touche l’orientation sexuelle et l’identité de genre, ou encore, le sexe l’âge, l’origine, la condition sociale…

    Le Village et toute la question de l’itinérance ?
    Bien sûr que je connais la situation mais je tiens à rappeler que c’est une question qui relève aussi bien de l’arrondissement que de la ville mais aussi des gouvernements provincial et fédéral L’augmentation des inégalités sociales, on la retrouve partout. Si l’on ne s’attaque pas à la pauvreté, à un meilleur système de santé et plus particulièrement en santé mentale, ou encore au logement social, ou encore à l’éducation et à la prévention, les personnes itinérantes continueront de se retrouver au cœur des grandes villes. Montréal ne fait pas exception. Les études en santé démontrent par exemple que la prévention permet de faire des économies en santé, en sécurité publique, et en système judiciaire. Mais les partis traditionnels ne regardent qu’à courte vue, pour des raisons le plus souvent électoralistes.. Et il y a aussi l’urgence, le maintenant, comment venir en aide à cette population dans ce contexte là et avec un manque de ressources clairement identifié par de nombreuses recherches. Et les organismes communautaires sur le terrain font un travail remarquable et pas reconnu.

    Belle transition pour que nous abordions la question des organismes communautaires et plus spécifiquement les organismes communautaires LGBTQ qui doivent faire des pieds et des mains pour survivre.
    Je ne connais pas spécifiquement les besoins et les enjeux auxquels sont confrontés les groupes communautaires LGBTQ mais je pense qu’ils sont semblables à tous les organismes communautaires au Québec. Dans mes rencontres à travers le Québec, j’ai pu me rendre compte de la situation précaire de beaucoup d’entre eux qui, par manque de moyens, ont tendance à se replier sur leur mission la plus basique aux dépens d’autres parties de leur mission toute aussi importante, comme l’éducation populaire, ou encore la défense des droits. Et pourtant ces organismes continuent de faire un travail exceptionnel, mais c’est un travail invisible dans l’espace public et médiatique. On ne se rend pas compte combien les organismes communautaires font économiser une somme importante à nos gouvernements, par le travail de bénévoles, et avec des employés pas trop chers payés, combien ils participent à réduire des problèmes sociaux, et surtout combien ils représentent un filet social indispensables aujourd’hui. Et pourtant, ils restent invisibles dans l’espace public, et ils n’ont pas la reconnaissance et les ressources qu’ils mériteraient.

    Est-ce Gabriel Nadeau-Dubois, élu ou simple citoyen, sera de Fierté Montréal 2017, et surtout sera de la journée communautaire ?
    Québec Solidaire aura un kiosque comme chaque année et bien entendu j’y ferai un tour surement en compagnie de Manon Massé.

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