Mardi, 28 septembre 2021
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    Homo Sapienne, du roman à la scène

    Le 29 septembre prochain, à la 5e salle de la PDA, dans le cadre du 24e festival international de littérature, sera présentée la pièce Homo Sapienne, adaptation du roman de Niviaq Korneliussen, décrite par The New Yorker comme la «nouvelle étoile du Nord». Homo Sapienne raconte la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. On y aborde notamment le lesbianisme, la transsexualité, les tabous, l’exclusion, les préjugés, comme les peurs y étant associées. Entrevue avec le metteur en scène Éric Jean, sur une œuvre coup de cœur.

    Qu’est-ce qui vous a séduit à la lecture de l’œuvre au point de vouloir l’adapter pour la scène? 
    J’ai eu un véritable coup de foudre pour l’écriture de Niviaq, très singulière, authentique, originale et contemporaine. Ces cinq personnages, d’une grande humanité, sont beaux avec tous leurs travers et questionnements. Je me suis dit: pourquoi ne pas essayer de leur donner vie sur scène, par la voix des comédiens. La langue est très musicale et l’entendre sur une scène, c’est ce qui m’a donné envie de l’adapter. 

    Le roman est composé de cinq chapitres, tous inspirés d’une chanson rock. Vous avez déjà dit «aimer les œuvres hybrides». Est-ce que la mise en lecture offrira un métissage? 
    Absolument. Je suis friand de cette idée de mélanger les différentes bulles artistiques. Je l’ai fait beaucoup avec la danse, la chanson, la littérature et là, c’est l’occasion de vraiment créer un objet d’art intéressant. Je pars de la littérature, qui devient un objet théâtral, car incarné sur scène avec des acteurs. Les chansons sont tellement importantes dans le roman, ce sont les points d’ancrage des personnages, alors il fallait que le spectateur ait accès aux chansons. 

    Vous n’en êtes pas à votre première adaptation, on se rappellera Testament de Vickie Gendreau. Pour Homo Sapienne, premier livre d’une jeune écrivaine inuite, quels furent les défis de porter cette œuvre littéraire à la scène? 
    On a toujours envie de donner un souffle à la pièce, sans dénaturer le roman (qui ne manque pas de souffle en soit). Que le spectateur ait le même ressenti qu’à la lecture. En même temps, au théâtre, on a besoin d’action sur scène. La parole peut être une action, mais on a des corps sur une scène, alors le personnage doit exister dans le corps de l’acteur, s’adresser aux autres. 

    Dans Homo Sapienne, la thématique homosexuelle est très présente. Dans la littérature comme au théâtre est-ce, selon vous, encore trop peu abordé? 
    Je trouve que la thématique en lien avec l’orientation sexuelle et la définition d’un être humain par sa sexualité est de ces sujets qu’on a encore à creuser. Il y a encore du chemin à faire. Je dirais que le roman parle beaucoup de l’acceptation et de l’émancipation à travers la sexualité. Niviaq l’aborde d’une façon très directe et ça me plait beaucoup, car on peut avoir cette tendance au théâtre à être très frontal, souvent plus qu’en littérature. 

    Parmi la distribution figure Soleil Launière, d’Héritage autochtone. Vu le sujet traité (et on se rappellera les controverses liées à la distribution de SLAV et Kanata) était-ce important pour vous d’avoir une personne d’origine autochtone? Bien avant ce qui est arrivé avec ces pièces, nous travaillions déjà sur Homo Sapienne  et pour moi c’était important depuis le début. Ce que j’aime dans le roman de Niviaq – elle est groenlandaise, donc inuit – c’est qu’il parle de cinq jeunes au Groenland, mais a un caractère universel. C’est pour ça qu’il connait autant de succès et fut traduit en sept langues. Ça dépasse l’origine. Bien sûr, il y a des enjeux liés aux Premières Nations, mais ce n’est pas que ça, c’est beaucoup plus large. Pour la distribution, on m’avait parlé de Soleil. Je cherchais une comédienne professionnelle qui pouvait aussi chanter. J’ai eu un coup de cœur. Je ne cacherai pas que j’ai cherché à intégrer plus d’acteurs d’origine autochtone, mais je n’ai pas trouvé ce que je voulais, au niveau du caractère des personnages. Je suis allé vers des gens comme Jade-Mariuka Robitaille (Québécoise-Roumaine), ou encore Étienne Lou (Québécois-Chinois), car pour moi ça apportait quelque chose de plus. Cela dit, par la musique, j’ai décidé d’inclure la chanteuse d’origine autochtone Kiki Harper, qui interprétera les chansons de la pièce. Sans oublier l’écrivaine-poète Marie-Andrée Gill avec qui j’ai adapté de la pièce. 

    D’ailleurs, l’acteur Étienne Lou est un ancien participant au stage Horizons Diversité, de l’École nationale de théâtre du Canada, où vous enseignez. Aussi, vous avez été directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous, où à votre initiative, en collaboration avec l’organisme Diversité artistique Montréal, le Théâtre accueille depuis 2014 les Auditions de la diversité afin de faire connaître les comédiens québécois issus de l’immigration. Pour revenir sur le sujet chaud de cet été, quel est votre point de vue sur l’inclusion des diversités au théâtre?
    J’ai trouvé que c’était un débat essentiel. Sans être prétentieux, ça fait longtemps que je travaille avec des gens qui viennent d’un peu partout et je suis allé faire des mises en scène au Mexique alors que je ne parlais pas espagnol. Ç’a toujours été naturel pour moi, depuis que je fais de la mise en scène (1999). C’est un plus, qui enrichit les productions et me fait découvrir autre chose. Par contre, il ne faut pas que ce soit forcé, pour répondre à des quotas ou obtenir des subventions. Il ne faut pas le faire de manière hypocrite, mais être nourri d’un intérêt réel.   

    HOMOSAPIENNE  Texte: Niviaq Korneliussen (La Peuplade, 2017). Adaptation et mise en lecture: Éric Jean. Distribution: Sophie Desmarais, Soleil Launière, Étienne Lou, Jade-Mariuka Robitaille, Émilie Gilbert. www.festival-fil.qc.ca

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