Jeudi, 18 août 2022
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    Les temps changent, avec nous, malgré nous, et parfois sans nous. Le mot d’ordre reste donc l’adaptation. Une adaptation rapide, compte tenu des bouleversements à venir qui demanderont des réponses urgentes. À une échelle macroscopique vient en tête le réchauffement climatique. Sur une planète plus près de chez nous, on peut penser au système de santé, qui est en soins palliatifs depuis plus de trois décennies. Et les solutions proposées par les gouvernements successifs ont aggravé l’état du malade. À croire que les ministres de la Santé étaient des apprentis sorciers.  

    Un vœu pour l’année prochaine : cessons d’être malade, cessons de vieillir (là, j’achète), nous aurons trouvé la meilleure façon de désengorger les services d’urgence. Et, pour tou.te.s les inquiet.ète.s et les anxieux.ses de la terre – dont je suis –, sucez des antidépresseurs et des anxiolytiques, qui devraient être en vente libre sachant qu’il faut patienter des mois avant d’avoir un rendez-vous avec un psychologue ou un psychothérapeute.

    Les élections municipales sont passées, les promesses ont encore une fois été bien listées. Nous sommes écouté.e.s, entendu.e.s, notre voix est importante, comme notre priorité d’appel dans les administrations. On est là pour nous, mais dans la mesure où nous nous ne sommes pas pressé.e.s. Les nids de poule ont encore un bel avenir et les fabricants de cônes orange peuvent se frotter les mains : la demande ne va pas en diminuant. On espère l’électrification de tous les transports en commun, et peut-être aussi tous les taxis, et que les zones vertes –- humides ou pas –- ne soient pas squattées par un autre de ces promoteurs jouant à celui qui aura la plus haute tour d’habitations de la ville.

    Le centre-ville est devenu une réserve pour l’itinérance. Les plus optimistes y verront une forme d’intégration de la diversité. Depuis plus de 20 ans que je suis l’actualité municipale, les élu.e.s que j’ai rencontré.e.s avaient toujours  dans leurs cartons une solution pour venir en aide à cette population précaire, souffrant de multiples problématiques. Comme pour le système de santé, les efforts fournis par les différent.e.s responsables municipaux.les sont à peine perceptibles. Je ne remets pas en cause la bonne volonté de chacun, mais force est de constater que les plus démuni.e.s sont encore laissé.e.s à elles- et eux-mêmes. Il est vrai qu’elles et ils ne votent pas. Pourtant, on souhaiterait que des efforts tangibles et des sommes suffisantes soient investies pour déterminer avec elle les besoins de cette population délaissée, oubliée et dérangeante, et y remédier à court, moyen et long termes. Sinon délimiter des zones protégées comme des parcs à chien, y installer des tentes et y enfermer tou.te.s celles et ceux qui perturbent notre petit confort et viennent malmener la quiète indifférence qui nous rassure.

    À la décharge des élu.e.s, les défis sont complexes et ne peuvent se régler d’un coup de baguette magique. Certain.e.s doivent se coucher avec de sérieuses migraines. Mais rappelons que personne ne les a obligé.e.s à briguer des mandats ou à accepter un poste ministériel. Elles et ils doivent composer, négocier avec des catégories de la population dont les intérêts sont parfois difficilement conciliables et qui nuisent au bien commun, qui demanderaient à ce que chacun des groupes d’intérêt ne travaille pas que pour son propre bénéfice et celui de ses membres. Un peu plus d’ouverture, un peu plus de démonstration de solidarité apporteraient un vent de fraicheur et redonneraient peut-être confiance à la population, secoueraient son indifférence tellement évidente aujourd’hui lors des consultations électorales.
     
    Si on descend dans l’échelle des défis qui nous occupent, impossible de ne pas penser au sort des communautés. LGBTQ+ On peut s’étonner du recul tel que proposé par le gouvernement Legault dans certaines modifications proposées par le projet de loi 2 sur la modernisation du droit de la famille qui prévoit de nouveau l’exigence de chirurgies de réassignation pour que des personnes puissent obtenir le changement de mention de sexe – une obligation qui avait été retirée après une longue lutte en 2015. Le projet de loi est porté par le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette, aussi responsable du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Comprend qui peut la formulation de ce texte qui ne tient compte ni des dernières avancées de la recherche, ni des souhaits des premier.ère.s intéressé.e.s En somme, les acquis ne semblent jamais garantis et peuvent à tout moment être remis en question. Si elles et ils sont nombreux à tenir compte des besoins particuliers de nos communautés, on sait aussi que rien n’est définitivement acquis et que l’on doit faire preuve de vigilance. Vigilance doublement accrue quand, sans avoir besoin de longue-vue, on regarde ce qui se passe à l’étranger. Dans de nombreux pays, ce n’est pas le drapeau arc-en-ciel qui se lève, mais bien un drapeau noir.
     
    On pourrait ajouter à la liste les communautés autochtones. Entre la découverte des cimetières improvisés des pensionnats et le manque d’accès à l’eau potable de nombreux villages, on sait qu’il y a encore du chemin à faire. Même si, heureusement, leurs voix semblent un peu plus compter aujourd’hui; même si on ne détourne plus le regard de celles et ceux qui ont été piétiné.e.s pendant des siècles. Il était grandement temps.
     
    Mais on ne baisse pas les bras. On s’est habitués à porter le condom buccal et nasal (le masque), et tant mieux, car le jour n’est pas venu où on pourra le considérer comme un artéfact témoin d’un passé lointain. On continue à faire pression, à être attentifs, à réagir et à résister dans la mesure de ses moyens.
     
    Par mes fonctions, je m’occupe plus des «affaires» non pas «indiennes» mais LGBTQ+. J’ai donc une petite connaissance du milieu communautaire qui ne doit pas être mieux logé, ni plus mal logé, que d’autres milieux communautaires. Mais mes centres d’intérêt ne se limitent pas à la défense de ces communautés. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas de grandes ou de petites causes, simplement des causes tout court, qu’elles concernent l’ensemble de l’humanité comme les changements climatiques, une partie de la population comme celles des femmes (19 féminicides cette année au Québec pour être au plus près de chez nous), celle des autochtones, celle des plus démunie.e.s de la société parmi lesquel.le.s on retrouve des ainé.e.s toutes orientation sexuelle et identité de genre confondues, et que les plus grands changements ne viennent que de l’engagement des principaux intéressé.e.s soutenu.e.s par des élu.e.s qui sont réellement à l’écoute et ne se présentent pas comme des sauveurs.  
     
    Voilà ce que je souhaite pour l’année 2022 : pas l’arrivée d’un Messie mais que chacun.e se remonte les manches, n’attende pas qu’on leur propose des solutions, mais fasse partie de la solution. En somme qu’on soit moins indifférent face au sort de nos congénères, et qu’on ne s’enferme pas dans nos petites réussites qui font partie des «plaisirs vains», avec la gloire et l’immortalité qu’y met Épicure.
     
    Bonnes fêtes de fin d’année et mes vœux que nous soyons ensemble l’an prochain.

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